SABBAT
A Jean de Bonnefon.
Or ayant pris d'un jeune enfant bouilli la graisse Mêlée à l'aconit, la berle et l'adragant, De la nuque au talon et du ventre à la fesse Elle s'oint tout le corps du maléfique onguent.
Le chaudron bout encore. A la vitre une cliouette Cogne du bec : « N'oublions d'oindre le balai, Marmonne-l-elle. Emen-Hétan ! Me voici prête. » Et le chat à l'œil vert qui rôde à son mollet
Lui saute sur l'épaule. Emen-Hétan ! En route ! Le balai conjuré franchit l'âtre d'un saut, Et les cheveux au vent, la sorcière à l'écoute Galope dans la nuit où brille le Verseau.
« Maître, je vous salue ! O prince Leonhard, Grand bouc omnipotent, exaucez ma prière ! Accordez jouissance à la chaleur qui m'ard Et souffrez-moi baisant votre auguste derrière ! »
L'œil luisant et folâtre, le genou plié, Et la chandelle noire en main selon le rite, Elle honore le diable, et lui, tant supplié, Daigne lui tendre son postérieur inclyte-
Puis dos à dos chacun, des cuisses brandillanis, Ils dansent en foulant aux pieds la sainte Hostie, Ils offrent au démon de frais nombrils d'enfants Et leur bouche vomit l'ordure empuantie.
Enfin pour le souper les maudits attablés Festoient en blasphémant le saint nom des archanges. Servis par des crapauds de velours affublés El portant à leur cou des sonnettes étranges.
Mais la fête soudain se mue en désarroi : Le cri de Chantecler perce l'aube encor grise. Lors chaque femelle enfourche son palefroi, Redoutant du soleil la vermeille surprise.
Et s'enfuyanl aux quatre coins de rhorizoïi La bande épouvantée, ainsi qu'un vol d'orfraies Disparaît, tandis que, magnifique oraison, Le jour pur et béni revient dorer les haies.