NOCTURNE
A Eugène Monforl,
Nuit subtile, nuit ingénue, Enfin te voici revenue...
Que tu m'as rejoint lentement !
Je te guettais, fidèle amant, Pour, après la fièvre diurne, Goûter ton baiser taciturne.
Mon cœur meurtri, mon faible cœur Hait le jour stupide et vainqueur, Le jour, ses rumeurs et ses râles.
Mais ô tes douceurs vespérales, Ton silence fier et profond.
Ton ombre chaste où tout se fond !
Approche-toi, ma vierge sage :
Laisse tomber de ton corsage
La fleur stellaire aux parfums lourds.
Défais ta robe de velours
Et de ton balcon de nuées
Fais vers ton amant exigeant
Ruisseler les ondes d'argent
De tes torsades dénouées.
Pour oublier les lendemains.
Prends mon front dans tes pâles mains
Humides de fraîcheur lunaire,
O reine de l'Imaginaire,
Et parmi tes doigts constellés
Laisse mes baisers exilés
Dans le nuage où tu nous voiles
Cueillir l'arôme des étoiles.