‹ Le temple sans idoles; poèmesChapitre 53 sur 81 · NOCTURNE · texte numérisé non relu

NOCTURNE

A Eugène Monforl,

Nuit subtile, nuit ingénue, Enfin te voici revenue...

Que tu m'as rejoint lentement !

Je te guettais, fidèle amant, Pour, après la fièvre diurne, Goûter ton baiser taciturne.

Mon cœur meurtri, mon faible cœur Hait le jour stupide et vainqueur, Le jour, ses rumeurs et ses râles.

Mais ô tes douceurs vespérales, Ton silence fier et profond.

Ton ombre chaste où tout se fond !

Approche-toi, ma vierge sage :

Laisse tomber de ton corsage

La fleur stellaire aux parfums lourds.

Défais ta robe de velours

Et de ton balcon de nuées

Fais vers ton amant exigeant

Ruisseler les ondes d'argent

De tes torsades dénouées.

Pour oublier les lendemains.

Prends mon front dans tes pâles mains

Humides de fraîcheur lunaire,

O reine de l'Imaginaire,

Et parmi tes doigts constellés

Laisse mes baisers exilés

Dans le nuage où tu nous voiles

Cueillir l'arôme des étoiles.

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