‹ Le temple sans idoles; poèmesChapitre 54 sur 81 · EAU-FORTE · texte numérisé non relu

EAU-FORTE

A Charles Daranlière.

Cravachant le dos des nuées Le vent chevauche comme un fou, Casse les branches dénuées Et galope sans savoir où.

Les feuilles mortes se pourchassent :

On dirait le bruissement De nonnes qui prient et jacassent En suivant un enterrement.

Le long d'un mur lépreux et terne Un corps se balance, tordu.

Est-ce l'ombre de la lanterne ?

Est-ce un homme qui s'est pendu ?

Dans le taillis la nuit s'amasse Et frissonne d'étranges voix.

La lune risque une grimace Sur la cime noire des bois.

Au haut du rempart en ruine Se dresse le donjon disjoint Qui semble à travers la bruine Guetter, la pertuisane au poing.

Quelle est cette vieille hagarde

Qui s'approche en claquant des dents ?

Si c'est la Mort, je la regarde

En face avec des yeux ardents :

« Vieille, ma bien-aimée est morte !

Pourquoi donc as-tu tant tardé ?

Près d'elle je veux qu'on me porte Dans un cercueil de plomb soudé

Pour ne plus entendre personne Me plaindre d'avoir tant souffert. »

La vieille se tait... Minuit sonne A la grosse horloge de fer.

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