‹ Le temple sans idoles; poèmesChapitre 55 sur 81 · FÊTE · texte numérisé non relu

FÊTE

A Gustave Kahn.

Parmi les coupes d'argent L'or amoncelé des grappes Mêle à maint regard changeant L'éclat damassé des nappes.

Et dans l'orgueil de la sève S'écroulent sanglants les fruits Pour la luxure qu'achève L'accablement de la nuit.

Les facettes des carafes Gemment les torches en feu, Et le parfum des cheveux Glisse aux chairs qui se dégrafent.

La nacre des mains volages Où saigne- un cruel rubis Fomente en désirs subits Le délire des images. L'oeil aux coupes des seins nus Dévore l'ardeur gonflée Vers les grands lits inconnus Qui dressent leur mausolée.

Et dans la nuit de cristal Le secret essor des hommes Aspire au piège fatal Parmi l'air chargé d'arômes, Tandis qu'invisible et fier Comme le vent de la mer Le Mensonge au front de gloire Incline son sceptre en fleurs Vers ses sœurs aux yeux rieurs Pour leurs lèvres de victoire.

Page 1