HISTORIETTE
A Paiil-Ilijacinlhe Loijson.
Déjà ma nourrice me parlait d'elle
« Elle est belle, si belle,
El si tu n'es pas sag-e
Jamais tu ne verras son visage. «
— Dis, nourrice, comment est-il
Son visage ?
— Il est nacré comme un nuage
D'Avril.
Elle est coiffée
De soleil.
Elle est attiffée
D'une robe vermeille.
— Nourrice, c'est une fée, N'est-ce pas ? Est-elle méchante ?
Que dit-elle ?
— Rien. Elle chante
Et sa chanson vous enchante, Et déjà rien qu'à la voir On rit de joie et d'espoir.
— Ah ! quand pourrai-je la voir Et entendre sa chanson ?
— Plus tard, mon petit, plus tard.
Quand tu seras grand garçon.
Heureusement j'ai grandi.
Et ma mère aussi m'a dit :
« Tu la verras sûrement Un jour en te promenant. »
Et depuis lors par la plaine.
Par les monts et par les bois Je vais, d'elle l'âme pleine, Et jamais je ne la vois.
IGl LE TEMPLE SANS IDOLES
Je prête l'oreille aux voix
De la forêt bruissante
Où tout frissonne et tout chante,
Et jamais ne l'aperçois.
Morgane, Mab, Yveline,
Liliane ou Mélusine,
Que ne m'a-t-on dit son nom !
J'appelle et l'écho dit : non.
Nul plus que moi ne fut sage
Et j'ignore son visage...
Un jour, après des années, Enfin je l'ai rencontrée, Seule, assise à la lisière D'une forêt... la lumière L'avait coiffée de soleil.
Et ses joues étaient nacrées, Sa robe était de vermeil.
Elle chantait une chanson Douce comme l'horizon.
Elle, c'était elle enlin !
« C'est toi que je cherche, viens. »
Elle me suivit, rieuse...
Mais en la regardant bien,
O chose mystérieuse,
Je vis qu'elle était tout autre:
Sa robe était sombre et pauvre,
Ses yeux ternes, ses joues creuses.
Et, le soleil étant mort,
Ses cheveux n'étaient plus d'or.
El c'était sans doute une autre.
Pourtant sa chanson tellement
Me fit le cœur véhément
Que je sentis ma destinée
Avec celle-là marcher du même pas.
Et voilà comment je l'ai trouvée, Et comment je l'ai gardée, Celle que je ne cherchais pas.