LES BROUILLARDS
Brouillards qui hantez les campagnes vers le soir,
Mante lourde de songe humide
Que la ténèbre traîne avec son nonchaloir
Au ras de la route livide
En se glissant le long du taillis noir....
Brouillards qui surgissez des pavés dans les villes,
Voilant Toeil aux aguets des réverbères,
Draperies de mystère
Qui cachez les maisons et leurs drames serviles
Le long des boulevards déserts,
Et qui parmi les terrains vagues
Roulez vos blanches et silencieuses vagues...
Brouillards aussi qui montez de mon âme
A travers les fissures de ma raison,
Frôlant les murs de la prison
Où mes idées tissent leur trame,
Brouillards, ô vous, seule réalité,
Uniques matrices de formes.
Fluides subtils et leur ductilité,
Qui mourez dévorés par la lumière énorme,
Quoi reste-t-il quand la Clarté
Menteuse, informe, et monstrueusement morne
Triomphe et vous absorbe en sa stérile haleine ?