‹ Le temple sans idoles; poèmesChapitre 58 sur 81 · LES BROUILLARDS · texte numérisé non relu

LES BROUILLARDS

Brouillards qui hantez les campagnes vers le soir,

Mante lourde de songe humide

Que la ténèbre traîne avec son nonchaloir

Au ras de la route livide

En se glissant le long du taillis noir....

Brouillards qui surgissez des pavés dans les villes,

Voilant Toeil aux aguets des réverbères,

Draperies de mystère

Qui cachez les maisons et leurs drames serviles

Le long des boulevards déserts,

Et qui parmi les terrains vagues

Roulez vos blanches et silencieuses vagues...

Brouillards aussi qui montez de mon âme

A travers les fissures de ma raison,

Frôlant les murs de la prison

Où mes idées tissent leur trame,

Brouillards, ô vous, seule réalité,

Uniques matrices de formes.

Fluides subtils et leur ductilité,

Qui mourez dévorés par la lumière énorme,

Quoi reste-t-il quand la Clarté

Menteuse, informe, et monstrueusement morne

Triomphe et vous absorbe en sa stérile haleine ?

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