‹ Le temple sans idoles; poèmesChapitre 59 sur 81 · PROMENADE AUX ALYSCAMPS · texte numérisé non relu

PROMENADE AUX ALYSCAMPS

A Jean Royère,

Les sépulcres déserts — toute vie en allée, Puisque les restes morts c'est encor de la vie — Dressent pour des absents la triomphale allée De silence, par maints tacites pleurs suivie.

Un lunaire frisson ondoie au front des arbres, Éclairant le passé conté par les ramures, Mais le mutisme enclos sous les parois de marbre Consacre l'aboli malgré leurs frais murmures.

Ces âmes ont dormi pour l'éveil d'autres êtres Qu'un souvenir enfoui mêlerait d'amertume. Seul un désespoir beau des douleurs qu'il pénètre Tolère le néant où sa gloire l'inhume.

Funèbres lits peuplés d'une angoisse en poussière, La ténèbre vous drape autour de vos mémoires Et ne laisse parlant qu'un signe sur la pierre, Enigme pour survivre aux défuntes victoires.

Mais au creux d'un cercueil sommeille le miracle, Et si ton âme veut s'y coucher toute nue, Peut-être que l'amour éveillera l'oracle Dont le temps cimenta la bouche méconnue.

Arles, 1906.

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