LE PACTE
Allions-nous tous deux, veux-tu, hors de la Femme Un piège rit toujours dans le naissant Avril, Et ce pacte, crois-moi, n'a rien de puéril Puisqu'il nous permettra d'instituer notre âme.
Ami, donne ta main. Moi loyal et toi sûr, Jurons non pas de rester sottement chastes, Mais, simplement, solitaires enthousiastes, Sans Elle de gravir les degrés de l'azur.
D'Elle nous ne dirons aucun mal. Tant candide, Après tout voulant plaire elle fait son destin. Et sa robe entr'ouverte à ta prunelle avide La consacre d'un but ennobli par l'instinct.
Mais n'oublions, ami, qu'elle reste étrangère Au pays où l'éther configure un saphir. Accueille cette enfant et sa grâce légère Comme ton front se baigne en le jeune zéphyr
Ou comme une prêtresse à Toeil plein de ténèbre Oui t'apporte en ses bras l'odorante stupeur Des arums enfiévrés que son rite célèbre Sur l'autel rougeoyant d'une lourde vapeur.
Respire donc la gerbe, et révère un mensonge Sacerdotal aussi. Mais connais que le dieu Ailleurs nous attend, dans le site où le pur songe Enjoint un juste exil aux héros de l'adieu.
Là sans temple, sans fleurs, sans autel et sans Irùne, Sur le roc où ne croît que l'austère laurier 'Viens, nous nous tresserons chacun notre couronne Et notre chant couplé s'écoulera prier.
Liés ainsi tous deux dans la fierté virile D'une amitié qui brille au cœur d'un diamant, Nos esprits alTranchis de l'impudeur stérile Parcourront les portiques clairs du firmament
Et vers nos fronts laurés par des vertus illustres D'avoir orné d'un sens nouveau l'antique Mal, Un archange porteur du chrême baptismal S'avancera le long des célestes balustres.