‹ Le temple sans idoles; poèmesChapitre 65 sur 81 · LE CORTÈGE · texte numérisé non relu

LE CORTÈGE

A Af"*^ Jane Catulle Mendès.

Parmi l'azur d'un ciel encor givré de neige, Le long des prés en fleur s'avançait le cortège.

Un glas tintait au loin, frôle et menu sanglot. Et le champ sous la brise ondoyait comme un flot.

Derrière le cercueil marmonnait un vieux prêtre. Qui donc est mort? une jeune fille peut-être?

C'est triste de mourir sans avoir su l'amour. La fille que j'aimais est morte l'autre jour.

Tous les gens du village, en passant à la file. Me regardaient d'un air étrangement hostile.

A la fin l'un me dit : « Vous ne savez donc pas Quelle est celle que nous emportons de ce pas ? »

Et se penchant, tout bas, il me glisse à l'oreille Un nom, qui dans mon cœur nul écho ne réveille.

Le groupe noir pieusement s'en est allé, Et sur le blanc chemin je demeure esseulé.

Le ciel heureux sourit à la prairie en fête. Et moi je suis parti sans retourner la tête.

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