‹ Le temple sans idoles; poèmesChapitre 66 sur 81 · LES FOUS · texte numérisé non relu

LES FOUS

En la tristesse éparse au long des froides cours Derrière les barreaux de la maison maudite Chacun d'eux absorbé par son rêve médite, Éternellement seul au fd des mornes jours.

Tel chevauche emporté par un vent de victoire Sur l'hippogriffe ailé parmi le ciel sanglant, Et les clameurs des blessés couronnent sa gloire Du diadème d'or légué par Tamerlan.j

Tel autre semble épier la prmielle avidej Des compagnons rivés à son damnable sort, Et compte sans relâche un fabuleux trésor, Les yeux ardents fixés sur sa cassette vide.

Celui-ci, jeune et fier, souriant à l'azur, Voit vers lui s'avancer en robe d'hyacinthe La prêtresse d'Endor à la chasteté sainte. Et qui brûle pour lui d'un sentiment impur.

Cet autre, grimaçant debout contre les grilles, S'y cramponne en poussant un affreux g-rognement, Et pleure les vastes forêts où librement Il s'ébattait avec ses frères les gorilles.

Celui-là respirant la majesté suprême, Plaint ces cerveaux fumeux où ne luit qu'un tison Et songe que lui seul, puisqu'il est Dieu lui-même, Pourrait, s'il le voulait, leur rendre la raison.

Ainsi chacun d'entre eux, caressant sa chimère, Ignore le cachot qui mure son esprit.

Et ne souffre que de la tangible barrière Où le monde à jamais l'enferme et le proscrit.

Sommes-nous donc moins fous quand, flattant notre song< Nous nous croyons conçus pour un vaste destin, Sans nous apercevoir de l'éternel mensonge Où nous tient séquestrés un invisible instinct?

Mais, pareils aux démen'S ignorant leur manie, Nous ne souffrons que des bornes de l'Univers, Et nous maudissons Dieu de ce qu'il nous dénie Le pouvoir de franchir les domaines offerts.

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