LE MAUVAIS COMÉDIEN
A Francis de Croissel.
J'aime, et je cherche en moi des mots pour me traduire
Je dis précisément ceux qu'il ne faudrait point.
A la fine Lysis, qu'il me plairait séduire,
Je montre mon amour comme on montre le poing.
Si belle est Cœlia, que je veux par ma lyre, Bornant ma chaste ardeur au rôle de témoin, Perpétuer un corps impeccable à ce point : Mais Cœlia préfère un plus grossier délire.
A l'une je mens mal ; à l'autre j'en dis trop. Celle-ci me croit faible, et cette autre un bourreau : Chacune méconnaît l'esprit qu'en moi je porte.
Quant à moi je maudis le sort immérité
Qui me fit, m'accordant une âme fière et forte,
Le mauvais comédien de. ma sincérité.