LAUDES A LA COURTISANE
Vierge à la débauche immolée, Pleine de grâce calculée, 0 Vierge trois fois maculée, Je te salue.
De l'éphèbe initiatrice Et du veuf la consolatrice.
Très hospitalière matrice, Je te salue.
0 bienfaisante et toujours pure, Toi qui laves chaque souillure, Toi qui ne peux Olre parjure, Je te salue.
Par ton charme et par tes arômes Tu fomentes l'ardeur des hommes Et tu les rends moins économes.
Je te salue.
Et tu maintiens, sublime office, Par ton fard et ton vénéfice En nous le goût de l'artifice.
Je te salue.
Le pleutre, le cuistre et le rustre Près de toi s'évertuent au lustre Pour que ion amour les illustre.
Je te salue.
Et quand tu passes dans ta robe Où ton sexe occlus se dérobe, Tu ferais un voleur d'un probe.
Je te salue.
Par toi la folie et le crime Persistent, et le mal ranime Cet univers peu ma3'nanime.
Je te salue.
Dans le creuset de la luxure Tu fais, o noble créature, Fondre l'argent de source impure.
Je te salue.
Ton baiser vengeur et lubrique Punit le forban qui trafique, Le magistrat qui prévarique.
Je te salue.
L'escroquerie et la lésine Apportent dans ton officine Le fruit secret de leur rapine.
Je te salue.
Ainsi, grâce à ton entremise, S'écroule et se désorganise Ce monde plein de cafardise.
Je te salue.
Instrument do justice occulte, Tu fais place nelte au vrai culte, Et seul l'imbécile t'insulte...
Et c'est pourquoi je te salue Épée à la lame impollue, Lame aux vengeances dévolue,
Et je dis, malgré la huée Qui te poursuit, proslituée :
C'est Dieu qui t'a instituée.
Je te salue.