PÉTRARQUE
Sache ceci : longtemps le cœur gorgé de fiel,
J'ai maudit ta vertu
Et l'irréprochable statut
Que tu m'imposes. Et j'ai supplié le ciel
D'affliger de quelque ulcère vorace
Ta belle face,
Afin que l'horreur te protège
Et pour avoir au moins la certitude
Que nul rival n'aurait le privilège
Que ta sagesse à mon encontre élude.
Or j'ai subi l'assaut des songes fous
Que fomente la nocturne carence,
Et sous la toison chaude de démence
Le succube est venu écarter mes genoux.
Et mes narines ont respiré Fambre
Du jeune corps absent suscité dans la chambre
Par les cassolettes du rêve,
Et mon trouble s'est dressé comme un glaive
Contre moi-même.
Mais depuis lors le Temps a usé le blasphème
Sur ma lèvre peu sage, et maintenant
La voici moins avide de baisers,
Et mon désir n'est plus le lieutenant
Des sens inapaisés.
Et je t'admets incorruptible
Telle qu'une statue placée au carrefour
De deux routes, où solitaire et impassible
Je me suis arrêté à la chute du jour.