‹ Le temple sans idoles; poèmesChapitre 69 sur 81 · PÉTRARQUE · texte numérisé non relu

PÉTRARQUE

Sache ceci : longtemps le cœur gorgé de fiel,

J'ai maudit ta vertu

Et l'irréprochable statut

Que tu m'imposes. Et j'ai supplié le ciel

D'affliger de quelque ulcère vorace

Ta belle face,

Afin que l'horreur te protège

Et pour avoir au moins la certitude

Que nul rival n'aurait le privilège

Que ta sagesse à mon encontre élude.

Or j'ai subi l'assaut des songes fous

Que fomente la nocturne carence,

Et sous la toison chaude de démence

Le succube est venu écarter mes genoux.

Et mes narines ont respiré Fambre

Du jeune corps absent suscité dans la chambre

Par les cassolettes du rêve,

Et mon trouble s'est dressé comme un glaive

Contre moi-même.

Mais depuis lors le Temps a usé le blasphème

Sur ma lèvre peu sage, et maintenant

La voici moins avide de baisers,

Et mon désir n'est plus le lieutenant

Des sens inapaisés.

Et je t'admets incorruptible

Telle qu'une statue placée au carrefour

De deux routes, où solitaire et impassible

Je me suis arrêté à la chute du jour.

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