FRÈRE DE LA MORT
0 frère de la Mort, mais frère aussi du Rêve !
Entrevoir, est-ce avoir dormi ?
Les ombres du Réel m'avaient jeté parmi
La forêt en éveil odorante de sève...
Vert encensoir aux doigts du jeune vent
Joueur,
Mais grave aussi près du fronton de l'acropole.
Et de la terre s'élevant
L'hymne rieur et tout frissonnant de fraîcheur
Montait vers la coupole
Translucide des feuilles nouvelles.
Et toute la jeunesse avec son beau bruit d'ailes
Heurtait aux parois d'émeraude des vitraux...
Droite au pied d'un bouleau,
Quelle est cette blancheur immobile et muette
Dont la nacre se mêle à l'argent des arceaux?
D'où vient la sagesse inquiète
De son regard vers moi tendu ?
Sous mes fébriles doigts éperdus
Pennet5-moi, prêtresse que j'aime —
Depuis si longtemps (je le sens) —
De te tresser un diadème
Avec ces fleurs d'or et de sang
Qui jonchent ta sublime église...
M'as-tu parlé ? Ou l'ombre qu'irise
Ce rai de soleil
Joua-t-elle auprès de ta bouche ?
Oh ! prends pitié de mon sommeil...
Il me fallut tant de lassitude farouche
Pour frustrer mes membres du fier effort.
... Ne crains rien : mon bras fraternel et fort
Te conduira virginale vers ta couche.
Ah quel silence !
Entrevoir, entrevoir...
Seul prix d'une âme en marche vers le soir.
Feuillée auguste, ô coupole d'espoir
A mon front qui s'élance Vers le mystère transparu par les nervures, L'exil du réveil va-t-il m'en exclure I...
Car la prêtresse, où la forêt vivante se prolonge, Me regarde toujours avec ses yeux de songe.