‹ Le temple sans idoles; poèmesChapitre 70 sur 81 · FRÈRE DE LA MORT · texte numérisé non relu

FRÈRE DE LA MORT

0 frère de la Mort, mais frère aussi du Rêve !

Entrevoir, est-ce avoir dormi ?

Les ombres du Réel m'avaient jeté parmi

La forêt en éveil odorante de sève...

Vert encensoir aux doigts du jeune vent

Joueur,

Mais grave aussi près du fronton de l'acropole.

Et de la terre s'élevant

L'hymne rieur et tout frissonnant de fraîcheur

Montait vers la coupole

Translucide des feuilles nouvelles.

Et toute la jeunesse avec son beau bruit d'ailes

Heurtait aux parois d'émeraude des vitraux...

Droite au pied d'un bouleau,

Quelle est cette blancheur immobile et muette

Dont la nacre se mêle à l'argent des arceaux?

D'où vient la sagesse inquiète

De son regard vers moi tendu ?

Sous mes fébriles doigts éperdus

Pennet5-moi, prêtresse que j'aime —

Depuis si longtemps (je le sens) —

De te tresser un diadème

Avec ces fleurs d'or et de sang

Qui jonchent ta sublime église...

M'as-tu parlé ? Ou l'ombre qu'irise

Ce rai de soleil

Joua-t-elle auprès de ta bouche ?

Oh ! prends pitié de mon sommeil...

Il me fallut tant de lassitude farouche

Pour frustrer mes membres du fier effort.

... Ne crains rien : mon bras fraternel et fort

Te conduira virginale vers ta couche.

Ah quel silence !

Entrevoir, entrevoir...

Seul prix d'une âme en marche vers le soir.

Feuillée auguste, ô coupole d'espoir

A mon front qui s'élance Vers le mystère transparu par les nervures, L'exil du réveil va-t-il m'en exclure I...

Car la prêtresse, où la forêt vivante se prolonge, Me regarde toujours avec ses yeux de songe.

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