‹ Le temple sans idoles; poèmesChapitre 72 sur 81 · LE MIROIR · texte numérisé non relu

LE MIROIR

Ce vétusté miroir, je l'ai toujours connu. Quand ma mère, au matin, d'une main tracassière Savonnait mon museau barbouillé de poussière, J'aimais y sourire à mon visage ingénu.

Je voulus conserver ce miroir de l'enfance. Il était simple, avec son cadre d'acajou ; Mais il avait le reflet riche d'un bijou, La pureté d'un lac, l'éclat de l'évidence.

Toujours il conserva cette fidélité D'un ami qui jamais ne consent aux mensonges. Quand j'y mirai plus tard mes espoirs et mes songes, Il me restitua mon visage exalté.

Puis quand je sus l'amour, la vie et leur coutume,

De mes âpres soucis spectateur lumineux,

Le miroir refléta mon regard soupçonneux

Et les plis de mon front touché par l'amertume.

Un soir pourtant, hanté d'un remords singulier Et sentant sur mes traits une pâleur de crime, Je voulus, comme on se penche sur un abîme. Confronter mon visage au miroir familier.

Mais un cri jaillit de mon âme polluée :

Dans l'éclair du flambeau qui tremblait en ma maia

J'aperçus que, terni d'une froide buée,

Lac d'ombre, le miroir ne reflétait plus rien.

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