‹ Le Terreur dans le Pas-de-Calais et dans le Nord Histoire de Joseph Le BonChapitre 10 sur 185 · Archives départementales · texte numérisé non relu

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six voix ; en conséquence il se trouva nommé curé de Neu^ ville-Vitasse ».

Le Bon, donnée tte réélection assurait le triomphe, était retourné à Neuville ; il écrivit à Guffroy, devenu son proteo* teur :

« Frère, la municipalité doit vous instruire aujourd'hui de l'état de ses affaires et des miennes. La position est des plus critiques; soyez-en bien convaincu. Ainsi, avisez promptement aux moyens de prévenir de grands maux.

« Nul doute que si les municipaux paraissent à Tilloy, ils y seront condamnés. Magnier s'est essayé sur ma personne ; il ne s'arrêtera pas en si beau chemin, voyant surtout que ses prévarications restent impunies. Mais si la municipalité perd une cause aussi juste, si le sieur Le Bas a le droit de forcer les portes des armoires de la sacristie quand il le voudra, je renonce pour jamais à Neuville, et je crains bien que mon départ ne soit le signal d'une émeute terrible. Déjà hier j'ai eu peine à calmer les esprits ; l'indignation était à son comble, et des voix confuses menaçaient de la lanterne le crocheteur réfractaire.

« Je ne vois qu'un arrêté du département qui puisse assurer la tranquillité, en ordonnant au sieur Le Bas de s'éloigner dès aujourd'hui de Neuville. Demain, il sera trop tard; car demain la municipalité sera condamnée ; demain, je donnerai ma démission, ainsi que les officiers municipaux, et je vous laisse à penser ce que deviendra une commune privée tout à la fois des chefs et du pasteur en qui repose sa confiance.

« Le porteur de cette lettre a ordre de ne point revenir sans vos dépêches, c'est-à-dire sans des moyens efficaces. Bonjour.

« Joseph Le Bon, curé de Neuville- Vitasse. »

« P. -S. — Je prends possession aujourd'hui ; j'ai trouvé hier, à mon arrivée, une lettre épiscopale des plus honnêtes ;

■ — 38 — ie vous l'envoie, à condition qu'elle me reviendra avec votre paquet '. »

La lettre écrite par la municipalité é^it évidemment dictée par Le Bon lui-même :

« Monsieur, nous pensions être absolument débarrassés du sieur Le Bas, et voilà qu'aujourd'hui il nous cite à comparaître lundi par-devant le juge de paix du canton de Rœux.

« La lettre que vous nous avez écrite, Monsieur, nous donne lieu d'attendre de vous toutes les lumières et tout l'appui dont nous avons besoin dans la circonstance. Devonsnous obéir à la citation avant que le district ne nous ait renvoyés à un tribunal quelconque ; que faut-il dire ? que faut-il faire ? Parlez et nous exécuterons ; mais songez qu'il y va du sort de toute une communauté.

« Nous vous certifions de nouveau la vérité des faits énoncés dans la lettre de M. Le Bon que vous avez sans doute encore entre les mains.

« Si, d'après ces faits, les autorités supérieures ne soutiennent pas la démarche qu'ils nous ont conseillée, Neuville- Vitasse est perdu sans ressource. Vous connaissez notre attachement pour le pasteur actuel. On a été à même d'en juger dimanche dernier.

« Ce brave citoyen n'a consenti à rentrer parmi nous qu'en voyant le district disposé à le venger des prévaricateurs de Tilloi; pour peu que l'administration se rendorme, il tient sa démission prête, et nous l'imiterons sur-le-champ, afin de n'avoir point à répondre des malheurs qui en seront la suite inévitable.

« Oui, nous le répétons, Monsieur, si M. Le Bon nous

quitte, le village sera ensanglanté ; et certainement M. Le

Bon nous quittera comme nous quitterons nous-mêmes la

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