Arrêté du 2* ventôse. Archives départementales
des détenus qu'un matelas et une paillasse, deux paires de draps, six chemises, six mouchoirs, six paires de bas, et qu'il ne sera laissé aux femmes que le strict nécessaire dans cette proportion ;
« Arrête que le procès- verbal contiendra tant ce qui leur sera enlevé que ce qui leur sera laissé ; que les objets qui leur seront enlevés seront portés dans leurs maisons respectives, où ils seront mis sous les scellés pour leur être remis dans le cas où le Comité de sûreté générale prononcerait leur élargissement, ou leur être définitivement enlevés dans le cas contraire ;
« Et que tous les comestibles qui se trouveront dans lesdites maisons seront saisis pour être distribués aux orphelins et aux orphelines ;
« Arrête que copie du présent arrêté sera envoyée sur-lechamp au conseil général de la commune d'Arras pour que les commissaires que nommera ledit conseil général se trouvent, à trois heures précises, à l'administration du district, et que copie du présent arrêté sera envoyée au représentant du peuple Joseph Le Bon. »
On s'occupa d'abord de dépouiller les détenus. — «Le 18 ventôse (8 mars), vers cinq heures du soir, dit un prisonnier de l'Abbatiale ', nous entendîmes des évolutions militaires en face de la maison; les portes s'ouvrirent, et on commanda à la troupe de charger ses armes. Des affîdés de Le Bon présidaient cet appareil militaire... Tout à coup, on nous insinue cet ordre terrible : Que les hommes passent d'un côté, et les femmes de l'autre !... Alors la troupe se divisa en deux pelotons, l'un pour garder les hommes, et l'autre pour empêcher les femmes de les approcher.
« Les prisonniers croyaient que leur dernière heure était venue... Les commissaires se contentèrent de les] dépouiller
1. Les Angoisses de la mort, par Poirier et Montgey, de Dunkerque.
■ — 233 — de leurs papiers. Cette opération dura environ trois heures ; quand elle fut terminée, Gélestin Lefetz « obligea tout le monde de rester dans les cours, s'empara de toutes les. issues, y posa des gardes et leur tint ce langage : « Sentinelles, si un de ces b s'avance pour entrer, f lui la
baïonnette au travers du ventre ».
« Cet ordre féroce n'avait pour objet que d'exercer d'autres fouilles dans les chambres et d'en enlever le vin et les autres provisions qui s'y trouvaient. Pendant ce temps, nous restâmes dans la cour au nombre de trois cents personnes, sans autre siège pour nous asseoir que les marches du perron. La visite intérieure se prolongea jusqu'au lendemain, sept heures du matin.
« Le lendemain à pareille heure, même marche militaire, même commandement. — Lefetz, toujours à la tète, fit avancer un des hommes, lui demanda ses boucles, sa montre, son portefeuille, son numéraire. Il les dépouilla tous successivement... On mit ces objets dans des paniers à bras auxquels on attacha une mauvaise bande de papier... On fit de même aux femmes... Lefetz, ne pouvant passer une seconde nuit, chargea deux autres commissaires d'enlever le reste de nos dépouilles... Ils prirent tous nos effets, disposèrent d'une partie de nos literies, déchirèrent le peu de livres dont on nous permettait l'usage et apposèrent le scellé sur tout ce qui fermait à clef. Nos représentations ne reçurent d'autre réponse que la vaine promesse de nous remettre à chacun six chemises, six mouchoirs et six paires de bas. — Cette scène dura juqu'au lendemain au matin, et les détenus furent de nouveau exposés à l'intempérie de la saison... »
Quelques jours se passèrent pendant lesquels on procéda à des visites semblables dans les autres prisons : on fouilla les détenus, on leur fit remettre leur portefeuille, leur argent, leurs bijoux; on mit les scellés sur les« malles, garde-robes, cassettes, armoires, secrétaires et paquets », saisis dans les
— Méprisons '. Quand les commissaires eurent (terminé cette opération, ils s'occupèrent de la translation des prisonniers et de la séparation des hommes d'avec les femmes, en commençant par l'Abbatiale et l'HÔteMMeu.
« À peine étions-nous revenus à nous-mêmes que nous vîmes entrer pêle-mêle à l'Abbatiale volontaires et commissaires suivis d'une foule de voitures et de porteurs ; la caisse bat ; les militaires se rangent en bataille ; les geôliers enjoignent aux hommes seulement de descendre sur-lechamp dans une cour particulière. Les femmes éperdues paraissent de toutes parts aux fenêtres et nous crient d une voix entrecoupée que déjà on leur a signifié Tordre défaire leur paquet et qu'on leur donne une demi-heure pour être rendues à la Providence. En vain elles nous appellent pour les aider dans leur déménagement; en vain elles demandent à faire leurs derniers adieux à leurs pères, à leurs époux, à leurs enfants ; on les repousse en notre présence avec la bayonnette.
« A la Providence, maison destinée depuis longtemps à ne renfermer que des folles et des prostituées, on entasse les femmes les unes sur les autres au nombre de cinq cents. le local pouvait à peine en tenir trois cents. »
Les détenus de l'Abbatiale, après avoir attendu trois jours Tordre du départ, furent conduits à THôtel-Dieu sous l'escorte d'une garde nombreuse, au son du tambour, et réunis aux ex-nobles dépouillés comme eux-, ils virent bientôt arriver les prisonniers enfermés aux Orphelines 2 .Un grand
1 . Tous les objets mobiliers saisis furent transportés dans la maison du chanoine Boistel. — L'inventaire en fut fait du 5 germinal au 15 prairial. Les procès-verbaux déposés aux archives prouvent que les détenus forent dépooiMés de tout ce qu'ils possédaient.
2, La maison des Orphelines renfermait à elle seule 259 prisonniers, savoir : 25 militaires, 5 femmes, 4 condamnés, 10 prévenus de délits ou de malversations, 59 suspects on prévenus d'opinions retigiewes, 156 Ad-