Les Angoisses de la mort, p
appelait l'attention dn représentant '. Ce tribunal, en l'absence de Le Bon, n'avait pas osé mettre en pratique l'arrêté du 25 pluviôse : il avait continué de suivre les règles de procédure tracées par la loi.
Le 28 pluviôse (16 février), il avait condamné à mort un jeune prêtre, Théophile Yalain (25 ans), né à Évin et domicilié à Douai, et Angélique Yalain, sa sœur, couseuse de bas (21 ans), tous deux prévenus de distribution de faux assignats.
Un maître d'école d'Àrras, Pierre Cuisinier, arrêté le 21 frimaire par le comité de surveillance, était accusé d'avoir composé « un sonnet conçu en termes propres à provoquer le rétablissement de la royauté et d'avoir donné à ses écoliers des devoirs contre-révolutionnaires. Cuisinier déclara « qu'il n'était point poète; il avait, à la vérité, copié le sonnet incriminé, parce que la versification lui en avait paru belle; s'il avait su faire des vers ,* il en aurait fait la paro^ die ».On admit ces explications, et on maintint l'instituteur en arrestation comme suspect (1 er ventôse-20 février).
François Doliet, imprimeur, ancien président du district de Boulogne destitué par Dumont, et Jacques Blanquart de la Barrière , procureur-syndic près de la même admi. nistration, étaient prévenus de « correspondance nuisible avec les émigrés ». Ils obtinrent un sursis pour l'interprétation de la loi. Ce sursis ne devait pas empêcher Blanquart de succomber bientôt sous une accusation nouvelle.
Contrairement à la loi de frimaire , le département avait
1. Le 27 pluviôse, Le Bon avait écrit à André Dumont, en mission dans la Somme : « Tu peux m'envoyer tout prévenu quelconque, dès que tu y joindras les pièces propres à commencer l'information, car de suite je les livre au tribunal. Tu me parles d'une première lettre à ce sujet ; je n'en ai pas reçu. » (Greffe d'Amiens.)
Dumont, dans le Mémoire justificatif qu'il publia après la mort de Le Bon {Compte-rendu, etc., p. 144) a reproduit celle lettre en en supprimant la dernière phrase.
continué à connaître des faits d'émigration. Les 2 et 13 ventôse, il déclara émigrés deux chasseurs du 1 7 e , Jean- Baptiste Gocquel (27 ans) et François Glabaud (28 ans), qui avaient suivi Dumouriez en Belgique et étaient rentrés en '- France après un mois de service à l'étranger. Gocquel et Clabaud furent condamnés à mort (2 et 14 ventôse-22 février et 4 mars).
Le jury d'accusation de Boulogne avait renvoyé au tribunal deux cultivateurs de Colembert et de Longfossé, Antoine et Louis Watel, prévenus d'outrages envers le maire de Montagne, ci-devant Saint-Martin : ils furent acquittés (16 ventôse).
Un délit semblable était imputé à Devillers et à Delattre, cultivateurs à Ablain-lez-Montagne, ci-devant Saint-Nazaire. Un jour de fête civique, le maire de cette commune, ayant convoqué les habitants dans la ci-devant église, lenr avait fait un discours patriotique : « Ceux qui assistent à la messe des prêtres, avait-il dit, assistent à la messe de bêtes noires et farouches ». A ces mots, un grand tumulte avait éclaté dans l'auditoire, et l'orateur avait été expulsé de l'église. — Le tribunal renvoya les prévenus comme ayant agi sans mauvaise intention (17 ventôse- 7 mars).
A la même audience, sur les réquisitions de l'accusateur public, le tribunal mit en liberté Rosalie Caron, femme Lobry, de Lillers, compromise dans l'affaire de M. de Béthune et suspecte de correspondance avec des prêtres déportés.
La première période de l'histoire du tribunal révolutionnaire finit à cette date. Depuis le 3 juillet 1793 jusqu'au 17 ventôse an II (7 mars 1794), ce tribunal, jugeant sans jury, avait prononcé quarante-sept condamnations à mort, sur lesquelles dix-sept, encourues par des émigrés, étaient la conséquence nécessaire des arrêtés prononcés par le département ; il avait acquitté d'autre part quarante-et-un accu-
ses. Désormais, nojjs entrons dans uue nouvelle période; Les condamnations proponcées par \e ji^ry se succéderont wec une^fifr^y^nte progre^ion, et Ja peine appliquée sera presque .twjonrs la mort.
Joseph Le Jtonjarrtya qnw le .tiendrait, jojir par jour, au courant de tout ce qui se ferait au tribunal, qjie les juges ne chômeraient pas le décadi et que les jprés recevraient un salaire :
««îte . greffier, dn tribunal révolutionnaire sé^nt à Arras $ftt très^pjçes&én^nt jsqitfs v d'ftnvoyer jour par jour au rep^SWitant ^u peuple l t ^tat de^ jugements rendus par ledit tribunal ; et dans le cas où ledit tribunal passerait un jour #tns[jqger,!rétet;négî|tif aur<a liep. ftussi exactement. » (Arrêté du ij6 ventpeerr- P nw?s).
« Co^idér^t que les cpn^pirateurs ne se reposent pas le/dé^adi, arrête qqe le tribunal Révolutionnaire sera aussi *ctif qu'en*. >» (Arrêté du 23 venjtfse).
« A dater de ce jour (1 er germinal), chaque juré du tribunal révolutionnaire £é#nt à Àrras, s'il n'est pas de cette dernière commune, aura pour indemnité chaque jour douze francs l ».
Pour répondre anx vues du représentant, le tribunal réglementa ainsi son organisation intérieure.
« Considérant qu'il est intéressant pour l'ordre et l'accélération des affaires criminelles et révolutionnaires que la besogne soit répartie entre tons les juges, pour que la responsabilité ne soit point illusoire et qu'on ne puisse se renvoyer mutuellement sa faute ou sa négligence, le tribunal criminel et révolutionnaire du Pas-de-Calais arrête :
« Les affaires seront divisées en trois parties : districts d'Àrras et de Bapaume ; districts de Boulogne, Montreuil et Saint-Pol; districts de Calais, Saint-Omer et Béthune. .« Dans les vingt-quatre heures, chaque juge fera son 1. Procès, t. h, p. 133, et Greffe d'Amiens.
rapport, en assemblée, des affaires qui lui sont réparties.
« Le tribunal s'assemblera à dix heures.
« Un juge par décade sera commis aux interrogatoires et autres besognes.
<c Chaque juge est responsable de sa faute ou de sa négligence *. »
L'échafand, que Ton dressait auparavant sur k place delà Liberté (Petite-Place), fut transporté sur la place de la Révolution (place de la Comédie). Près de la guillotine, on installa une galerie pour les spectateurs et une buvette où Ton Tendait des rafraîchissements 3 .
La justice révolutionnaire n'avait plus qu'à suivre le cours qui lui était tracé.
Le 19 ventôse (9 mars), M me de Modène, so&ur de J'infor-