‹ Le Terreur dans le Pas-de-Calais et dans le Nord Histoire de Joseph Le BonChapitre 117 sur 185 · Procès, t. I, p · texte numérisé non relu

Procès, t. I, p

On tenait sur la place de la Révolution le marché aux poissons. — Trois arrêtés du Conseil général de la commune et du département relatifs à la police de la guillotine doivent trouver place dans cette histoire de cannibales :

Conseil général de la commune. Séance du 22 ventôse : « L'exécuteur des :U gements criminels n'a pas le soin de nettoyer la guillotine chaque fois qu'il fait une exécution. Dans les chaleurs de l'été, il fera très-malsain sur la place, si on ne prend pas des mesures à ce sujet. L'assemblée arrête que *' exécuteur sera tenu de nettoyer la guillotine chaque fois qu'il fera une exécution, en jetant de l'eau et en la balayant. Elle arrête en outre qu'il sera fait un tonneau pour recevoir le sang, qu'il sera également tenu de faire vider aussitôt après l'exécution ».

Séance du 24 ventôse : « On propose , par mesure de bien général, d'inviter l'accusateur public de faire faire plusieurs paniers doublés de toile cirée pour transporter ceux que Ton guillotinerait au cimetière aussitôt après l'exécution, ainsi qu'une charrette qui servirait à les y conduire, motivée sur ce que les corps restant sous la guillotine, lpsang qui s'en épanche pourrait occasionner le mauvais air et causer des maladies ».

Le 25 ventôse, les administrateurs du département, « d'après les observations de Pierre Outerdebanque, exécuteur des jugements criminels, charge un de ses membres de surveiller les opérations qui sont nécessaires à la guillotine et de se concerter avec la municipalité pour que le sang des conspirateurs no oorroDpkpe pas l'air pur que. .tout républicain doit respirer ».

•tuné comte de Bé thune, fat la première victime immolée par le jury de Le Bon. — Marie-Ernestine-Françoise de Béthune, veuve de Charles-Gabriel-Baymond de Modène (65 ans), habitait Tarascon; arrivée à Arras pour y voir son frère, "elle fut arrêtée comme ex-noble, le 30 pluviôse, avec Eugène, Aldegonde et Joséphine de Béthune, ses neveu et nièces. Le procès-verbal du comité de surveillance constate qu'on ne trouva sur elle rien de suspect ; mais dans le portefeuille de M. de Béthune on avait saisi une lettre sans date, sans signature et sans adresse, dans laquelle on l'engageait « à faire émigrer ses chevaux de carrosse ». L'écrivain ajoutait, en parlant des jeunes gens de Pénin qui avaient exigé qu'un de leurs camarades, quoique malade, rejoignît son bataillon: « Ce sont donc des lionceaux, ces jeunes gens de Pénin? » Le 14 ventôse (4 mars), Le Bon fit procéder à l'interrogatoire de M me de Béthune :

« Darthé et Àsselin, administrateurs du département du Pas-de-Calais, sont requis de faire amener pardevant eux la sœur du nommé Béthune-Pénin, détenue à Arras. Ils l'interrogeront sur les instructions qu'ils ont reçues du représentant du peuple ».

Les commissaires interrogèrent M me de Modène « sur-lechamp, six heures du soir ». M me de Modène leur déclara qu'elle avait écrit la lettre incriminée; qu'elle avait adressé cette lettre à son frère, à Steenworde; mais que le conseil donné par elle de faire émigrer des chevaux était une « pure plaisanterie ». En fait, les deux chevaux de carrosse de M. de Béthune n'étaient pas sortis d' Arras : l'un était mort à l'écurie, l'autre s'y trouvait encore.

Le 15 ventôse, Le Bon renvoya à l'accusateur public le procès-verbal tenu par les commissaires :

« Vu l'interrogatoire ci-dessus et pièces jointes, arrête que la nommée Ernestine-Françoise de Béthune, prévenue d'avoir conseillé des émigrations et d'avoir traité les pa-

triotes de lionceaux dans one lettre infâme, sera, dans les vingt-quatre heures, traduite au tribunal révolutionnaire '. »

M me de Modène, aussi inutilement que son frère, songea à disputer sa vie; elle choisit pour défenseur le citoyen Lefran ; elle récusa, parmi les jurés, Asselin et Darthé, comme étant ses dénonciateurs et ayant prononcé rémigration de son frère , Planés et Dartus, comme ayant fait partie du jury qui avait statué sur le sort de M. de Béthune lors de son acquittement. Le tribunal admit les récusations ; mais, à l'unanimité, le jury déclara M mo de Modène coupable de « complicité d'émigration ».

Trois jours après, Le Bon écrivit au Comité de salut public : « Avant-hier, la sœur du ci-devant comte de Béthune a éternué dans le sac ; elle était prévenue d'avoir conseillé l'émigration de chevaux et d'avoir traité de lionceaux les patriotes 2 ». On voit que Le Bon n'usait d'aucun déguisement dans les renseignements qu'il donnait à ses patrons.

Les 21 et 22 ventôse (1 1 et 12 mars), le tribunal acquitta un ci-devant juge de Bapaume, Savary, prévenu de « distraction de fer au château d'Achiet-le-Petit dont il gardait les scellés » ; Charles Caboche, sur qui le comité de surveillance avait saisi une chanson contre-révolutionnaire : « Pont-Neuf sm l'air de la Lanterne »; J.-B. Badollier, cidevant curé de Saint-Venant et vicaire épiscopal, qui « avait voulu par ses propos propager le royalisme », et Nicolas Labalette, accusé « d'outrages envers le maire d'Ablain ».

Les pouvoirs de Le Bon, aux termes de l'arrêté du 1 1 ventôse, s'appliquaient d'une manière spéciale au Pas-de-Calais et lui permettaient cependant « de suivre ses opérations dans les départements environnants ». Il profita de cette

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