‹ Le Terreur dans le Pas-de-Calais et dans le Nord Histoire de Joseph Le BonChapitre 122 sur 185 · Greffe d'Amiens · texte numérisé non relu

Greffe d'Amiens

déclaration de ces meubles et effets à la municipalité dudit Souciiez, il était atteint par les lois portées contre les complices d'émigrés, arrêta que Fruleux serait sur-le-champ mis en arrestation et que le présent arrêté serait envoyé à Le Bon ».

Les commissaires chargés d'emprisonner M. Fruleux apposèrent les scellés sur ses papiers et le conduisirent à l'Hôtel-Dieu. Le 25 ventôse (15 mars), Le Bon le recommanda à l'accUsateur public :

« Vu le procès-verbal de scellés chez Fruleux, rue des Portes-Gochères à Arras ; vu le portrait de l'infâme Capet trouvé dans les papiers dudit Fruleux ; vu une grande collection de l'infernal, abominable et contre-révolutionnaire Journal dit de la Cour et de la Ville, faite par ledit Fruleux ; vu enfin l'écrit horriblement séditieux, intitulé : F Ombre de Juvénal ou Tableau des crimes du XVIII e siècle, également trouvé chez ledit Fruleux;

« Considérant que cette masse d'ouvrages dirigés et contre les patriotes, et contre la représentation nationale, et contre les principes mêmes de la Révolution, n'aurait jamais dû trouver d'acheteurs que parmi les scélérats de Goblentz ;

« Considérant que Fruleux a contribué pour sa part à leur dissémination en France ; arrête qu'à la diligence de l'accusateur public , il sera, dans les vingt-quatre heures, traduit au tribunal révolutionnaire l . »

L'acte d'accusation fut calqué sur cet arrêté ; le jury s'inclina, et Fruleux de Souchez fut condamné à mort, comme coupable de « manœuvres et intelligences avec les ennemis de la France » (Code pénal de 1791, 2* partie, l 1 * section du titre I er , article 4). Le tribunal ordonna qu'avant l'exécution « les portraits et les écrits fussent brûlés devant la guillotine ».

1, Greffe d'Amieus.

28 ventôse (18 mars). — Charles- Ou dard- Joseph, marquis de Cooronnel de Barastre, seigneur de Velu, avait entrée aux États. Âgé de 74 aûs et infirme, il avait quitté depuis quelques années son château de Velu pour venir à Arras se faire donner les soins qu'exigeait son grand âge. Il vivait fort retiré dans une chambre «de l'auberge du Petit-Saint- Martin, lorsqu'un jour, le 8 avril 1793, pendant qu'il recevait de trois occupeurs le payement de ses fermages, il eut l'imprudence de leur dire, tout en causant au coin du feu, que « dans le cas d'invasion du territoire français par des troupes ennemies, il fallait bien recevoir les Autrichiens, qui ne leur feraient aucun mal ; qu'il ne leur fallait rien dire ; qu'ils agiraient de même qu'on les traiterait » . Un des auditeurs, fermier à Bertincoart, rapporta immédiatement ce propos à l'accusateur public. Demuliez envoya la dénonciation au comité de surveillance : M. de Gouronnel fut arrêté. Néanmoins, après examen, le département le fit élargir.

M. de Couronnel croyait avoir échappé au péril, lorsque, le 19 vendémiaire (10 octobre) onl'arrêta de nouveau comme parent d'émigré et on l'emprisonna à l'Hôtel-Dieu, puis, le 27 ventôse, à la prison des Baudets. La dénonciation faite au mois d'avril 1793 fut tirée des cartons du comité* Sur le réquisitoire de Demuliez, le tribunal révolutionnaire trouva, dans les paroles que nous avons citées textuellement, des « manœuvres et intelligences avec les ennemis de la France », et malgré les moyens de défense présentés par Leducq, il condamna le marquis de Gouronnel à la peine de mort.

Ce n'étaient pas ces vains propos qui perdaient M. de Gouronnel; son véritable crime, c'était sa richesse. On avait su qu'il avait en sa possession des sommes considérables ; on l'avait interrogé sur le lieu où il les avait cachées, mais il s'était refusé à toute explication. On avait aussi inutile-

ment questionné à ce sujet le procureur Courtois, homme d'affaires de M. de Couronnel. Courtois avait été un moment dépositaire de l'argent convoité, mais il l'avait remis à son client qui l'avait alors confié àJ.-B. Dauchez, ancien avocat au Conseil d'Artois. L'existence de ce nouveau dépôt fut soupçonnée : après la condamnation du marquis de Couronnel, on appela J.-B. Dauchez en chambre du Conseil. On peut juger de l'embarras de Dauchez placé entre son devoir comme dépositaire, le danger de se perdre lui-même par ses dénégations et la crainte de compromettre le procureur Courtois déjà mis en arrestation. Dauchez usa du seul moyen que les périls de la situation lui parussent comporter ; il fit connaître à Demuliez et à Le Blond, commissaires nommés par Le Bon « à effet de faire toutes les recherches nécessaires pour le recouvrement des biens meubles et effets, or et argent du guillotiné Couronnel dit Yélu »,une partie des valeurs déposées entre ses mains ; il réussit à soustraire à leurs investigations une somme assez forte qu'il rendit plus tard aux enfants de la victime.

Joseph Le Bon mit à profit cette découverte -, il consacra l'argent de M. de Couronnel à octroyer aux patriotes nécessiteux, soi-disant incapables de travail, un salaire de vingtdeux sous et demi qui devint en réalité la prime des habitués du club, du tribunal révolutionnaire et des exécutions :

« Soixante-dix-neuf mille cinq cent trente-trois livres dix-huit sols, cachés en différents endroits; ont été découverts après la mort du guillotiné Velu, dit Couronnel, lequel laisse à la Bépublique environ soixaute mille livres de rente.

« Tout ce numéraire sera échangé contre des assignats chez le receveur du district d'Ârras ; et attendu que l'on est redevable de cette découverte au zèle toujours actif des sans-culottes de cette commune et à la terreur salutaire qu'ils

savent inspirer aux confidents des gros aristocrates; attendu que cette commune est dénuée de ressources pcïur subvenir aux besoins d'une multitude de vieillards pauvres et de patriotes estropiés, Joseph Le Bon arrête que ladite somme de soixante-dix-neuf mille cinq cent trente-trois livres dix-huit sols restera déposée entre les mains du receveur du district d'Arras et que, sur mandat dudit district, il en sera tiré, chaque décade, jusqu'à ce que les circonstances permettent à la Convention nationale de réaliser entièrement ses promesses envers les malheureux, la partie nécessaire pour que chaque pauvre, hors d'état de travailler par grand âge ou ses infirmités, reçoive chaque jour la valeur d'une journée de travail, et ses enfants au-dessous de dix ans, chacun le quart d'une journée.

« La même mesure sera prise proportionnellement par le représentant du peuple, dans les communes du Pas-de-Calais qui feront connaître les trésors cachés, laissés par nos ennemis.

« Les individus qui déjà reçoivent d'autres secours de la République n'auront droit à ceux dont il s'agit que jusqu'à due concurrence.

« Le conseil général de la commune d'Arras formera l'état le plus exact des individus ayant droit à ces secours, avec leurs noms, prénoms, âge, section, numéro de domicile.

« L'administration du district d'Arras veillera à l'exécution du présent arrêté, recevra et vérifiera, chaque décade, les comptes du conseil général de la commune et en adressera un double au représentant du peuple * . »

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