‹ Le Terreur dans le Pas-de-Calais et dans le Nord Histoire de Joseph Le BonChapitre 135 sur 185 · e Censure, P. J # , n · texte numérisé non relu

e Censure, P. J # , n

GilletetRochette, que la République tuait, crièrent jusque sous le couteau : « Vive la République ! » — Rochette laissait à l'hôpital un enfant de sept ans que le district fit con. duire à la maison de l'Égalité. Gillet avait cru pouvoir disposer de sa montre et de sa houppelande en faveur d'un hussard, détenu avec lui aux Orphelines. Le district fit saisir ces objets et ordonna qu'à l'avenir, aussitôt qu'un prisonnier serait condamné à mort, le conseil général de la commune ferait apposer le scellé sur les meubles et effets qu'il délaisserait.

11 germinal (31 mars). — Louis-Marie-Joseph Liger (45 ans), avocat ati Conseil d'Artois (1774), était chargé de recevoir les revenus de l'abbaye de Saint-Vaast i . Dès l'année 1 790, Louis Liger, quoiqu'il eût été élu commandant de la garde nationale de sa paroisse, était mal noté auprès des patriotes. Les registres du département constatent que, le 26 décembre, sur la pétition de cent citoyens, des comhiissaires de la municipalité pratiquèrent une visite dans les bâtiments de l'Abbatiale, où demeurait Liger, et y recherchèrent un prétendu dépôt d'armes, de munitions, d'habits militaires et de cocardes anti-nationales : « ils ne trouvèrent rien qui pût éveiller le moindre soupçon. » Cependant Liger fut arrêté le 3 avril 1793, par ordre du département. Le 7 avril, il présenta inutilement une pétition au comité de surveillance pour obtenir son élargissement provisoire sous caution; le 16, il demanda au département la levée des scellés apposés sur ses papiers. Les administrateurs consentirent à cette dernière mesure; mais ils recommandèrent de prendre des précautiQns pour empêcher le prisonnier de s* évader.

1. Le cardinal de Rohan, abbé commendataire, lui avait passé bail dé tous les biens qui composaient la mense abbatiale, moyennant un fermage de deux cent vingt-cinq mille livres.

Un membre du comité révolutionnaire prétendit, le 22 avril, qu'on avait chargé des effets et des armes à l'Àb- I batiale. M me Desmazières, sœur de Liger, démontra an corn- ! missaire Carlier la fausseté de cette accusation : les effets enlevés étaient ceux d'un commissaire des guerres, logé à l'Abbatiale; on n'avait emporté d'antres armes que celles de cet officier. L'administration s'occupait alors d'affecter aux détenus un local plus sain que la prison du Rivage : elle intima à Liger l'ordre d'évacuer l'Abbatiale, et fit écrire au département du Nord et à tous les districts pour connaître l'état des dettes de Liger envers la Nation, notamment en qualité d'admodiataire du tiers lot de Saint- Vaast.

Cependant Augustin Asselin, administrateur du département, protégeait le prisonnier : il proposa de l'élargir en le faisant garder à vue, « afin de lui laisser les moyens de terminer ses affaires qui étaient immenses ». Un autre administrateur objecta qu'il avait, à cet effet, toute facilité dans \ sa prison, puisque ceux qui avaient à traiter avec lui le pouvaient voir et lui parler. Un troisième fit observer que Liger avait recelé chez lui un émigré, ex-chanoine d'Amiens. Néanmoins Liger fut élargi ; il obtint même de se transporter, sous la surveillance d'un de ses gardiens, dans la 1 commune d'Oisy, où ses intérêts se trouvaient compromis par suite de l'inondation du pays, ordonnée par l'autorité militaire. — Cet adoucissement ne fut pas de longue durée.

Au mois de septembre 1 793 , Liger était réincarcéré comme suspect dans la citadelle de Doullens ; il obtint, le 28 de ce mois, l'autorisation de se rendre à Arras, afin d'y chercher dans ses papiers les pièces nécessaires à un procès civil qu'il soutenait à Amiens. Le 7 nivôse (27 décembre), le comité de surveillance consulta le représentant Laurent sur le point de savoir si Liger, « homme à grandes affaires », pouvait venir une seconde fois de Doullens à Arras faire

distraction de titres qu'il devait envoyer sans relâche à Paris.

Liger sollicita de nouveau, le 1 6 ventôse, son transféreraient à Arras. Évidemment il se compromettait en attirant par toutes ces démarches l'attention des patriotes : la visite que les commissaires de Le Bon firent à Donllens détermina sa perte ; parmi les pièces saisies chez le général Buchotte, ils trouvèrent % des lettres adressées à Liger. Ils le ramenèrent à Arras et le conduisirent aux Baudets.

Liger croyait encore à la justice. Du fond de sa prison, il adressa aux autorités constituées un mémoire justificatif de sa conduite. « J'ai toujours été, dit-il, l'ami de la classe indigente ; je lui ai fourni gratuitement, pendant six hivers successifs, une quantité considérable de charbon de terre pour l'aider à se chauffer. En 1790, j'ai donné aux ouvriers pour sept à huit mille francs d'habillements ; en 1791, le peuple paraissant craindre la rareté du bled, je me suis empressé d'offrir à l'administration du département de tenir constamment à sa disposition, pendant six mois, six cent razières de bled au prix inférieur du marché ; en 1 792, j'ai payé, pendant les mois d'hiver, douze mille livres qui ont été distribuées aux pauvres ; le 26 brumaire dernier, j'ai fait don à la patrie de soixante razières d'avoine qui étaient chez moi. »

Après avoir énuméré les services qu'il avait rendus à la Nation comme citoyen, Liger se disculpait ainsi de la seule accusation qui pesât sur lui :

« Dernièrement, à Doullens, on n'a trouvé dans mes papiers que correspondances d'affaires et d'amitié. On a paru me faire un reproche de ce que j'ai reçu quelques lettres sous l'enveloppe du commandant de la citadelle ; mais il est aisé de me justifier. Lors de l'arrivée des détenus à la citadelle, le 1 1 août 1793, il n'y avait pas à Doullens de comité de surveillance. Le commandant était le seul qui eût la police

des détenus ; c'était à lai que nous remettions nos lettres pour être envoyées à la poste, et nous rayons prié de les recevoir à son adresse, pour mieux le convaincre que nous ne voulions pas en détourner de sa surveillance... D'ailleurs, ce qui répondra à tout, c'est que nos lettres venues par cette voie ne sont pas différentes des autres et ne sont que des lettres d'affaires et d'amitié ' . »

Ces explications parurent au département si pleinement justificatives que, le .28 ventôse, moyennant la caution de l'administrateur Âsseliu, il autorisa Liger, qu'on avait inscrit sur une liste d'émigrés, à se transporter, sous la garde de deux gendarmes ; partout où il serait nécessaire pour obtenir des certificats de résidence 2 .

Cependant, s'il faut en croire Le Bon, Liger était vivement poursuivi par Robespierre, « Sous son cautionnement, dit-il *, Asselin le laissait échapper ; je le forçai de courir après 4 , » Asselin reçut en effet de Le Bon l'ordre « d'arrêter Liger quelque part qu'il fût » . Il vola aussitôt sur la route de Paris qu'avait suivie son protégé, prit en chemin des informations , rencontra en promenade, au Palais National, les deux gendarmes chargés de veiller sur Liger, apprit d'eux que Liger « était à dîner et qu'un homme de confiance le surveillait jusqu'àce qu'ils retournassent près de lui ». Liger faisait tranquillement sa partie d'échecs avec un ami lorsqu' Asselin le mit en arrestation 5 . Le lendemain matin, Asselin, satisfait d'avoir sauvé sa tête au prix de celle de Liger, écrivit « au représentant Le Bon à Arras, pressé.

1. î3 ventôse. Pièce communiquée par M. Liger, avocat à Arras.

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