‹ Le Terreur dans le Pas-de-Calais et dans le Nord Histoire de Joseph Le BonChapitre 147 sur 185 · OT · texte numérisé non relu

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propre subsistanced'un impôt onéreux aux peuples, dontU provoquera les murmures, opposé aux vues et à l'esprit de la religion qu'il rendra odieuse, contraire à l'honneur et au succès du ministère dont il affaiblira l'autorité, soumis enfin et subordonné à toutes les crises publiques qui peuvent en suspendre le paiement, et réduire les pasteurs à n'offrir que des larmes impuissantes à ceux- dont ils étaient les pères et les soutiens?

« L'Église gallicane, en un mot, cette illustre portion de l'héritage de Jésus-Christ, cette Église vierge dans la foi qu'elle reçut des hommes apostoliques, cette Église qui fut si longtemps florissante, si terrible à ses ennemis, si chérie des souverains, frappée aujourd'hui dans son propre régime, dans sa constitution , tremblant pour ses enfants qu'on éblouit, qu'on environne de préjugés, pour ses ministres, dont on calomnie le zèle, dont on opprime la liberté, couverte enfin d'un nuage menaçant qui porte dans son sein et le schisme et l'erreur?

« C'est dans des circonstances aussi désastreuses que ce temple auguste est condamné au silence ! qu'il nous est interdit de nous y réunir ! de nous prosterner tous ensemble aux pieds derÊtre-Suprême! d'y répandre en commun notre douleur et nos gémissements! d'essayer encore, dans l'exercice de la prière publique, de nous opposer à sa colère, d'attendrir son cœur, de solliciter ses miséricordes en faveur de nos concitoyens et de toutes les tribus d'Israël.

« Ah ! poussés par le cri souverain de notre conscience et par celui de l'honneur sacerdotal dont rien au monde ne pourra ralentir en nous la puissante énergie, nous demandons, Messieurs, que, quel que soit le traitement pécuniaire que l'on nous destine, il nous soit permis de rester inviolablement attachés à nos autels, de mourir fidèles à notre vocation et aux devoirs que nous imposent les pieuses intentions •de nos fondateurs, devoirs sacrés que l'on ne peut omettre

sans manquer à la foi des contrats les pins solennels, sans violer tous les principes de la justice, de continuer d'offrir encore nos vœux pour le bonheur de notre Souverain, pour la prospérité de l'État, de la Religion catholique, apostolique et romaine qui, depuis quatorze siècles, est la religion des Français, et qui est encore chère à nos contrées. Cependant, Messieurs, si telle est la rigueur du décret dont l'exécution vous est confiée qu'elle ne vous permette pas de vous rendre à la justice de nos représentations, nous fléchirons sans résistance sous le poids des ordres que vous venez de nous intimer et nous céderons à la force.

« Nous vous prions, Messieurs, de consigner dans votre procès-verbal cet acte comme un témoignage que nous devons à l'Église, à nos concitoyens, à la postérité, de la pureté de nos cœurs, de notre attachement inviolable aux vrais principes, de notre invincible dévouement aux obligations saintes de notre état.

« Fait et délibéré en chapitre extraordinairement assemblé le 21 décembre 1790 et ont signé : Seyssel, prévôt; Moreau, doyen; Lallart, chantre; Bonnefoi; Lallart; De France ; Le Roux ; Lefebvre ; Chauvin ; Poulain ; Vallé ; Lignac; De Laune; Delys; Théry; Boistel; Boucquel; Mercier; Malbaux; Coupigny; Borssat, archidiacre d'Arras; Delehelle; Grohlier; Morel; Bourghelles ; Forcrand; Chateauneuf; De Venant; Baillœul ; Blandurel ; Buissy ; — Mercier, pour MM. de Carbonnièrcs , Pourtent et de Royère, archidiacre d'Ostrevent; — Malbaux, pour M. Boyer; — Vallé, pour M. Harduin * ».

Des trente-six chanoines dénommés dans cette protestation, douze avaient émigré*, c'étaient : MM. Seyssel, préyôt;

1. Nous avons été assez beureuxpour découvrir au greffe d'Amiens, dans le dossier de Le Bon, un exemplaire imprimé et sans doute unique de cette protestation qui forme, à notre avis, une des plus belles pages de l'histoire du diocèse d'Arras.

Lallart, ancien chantre ; de Laune ; Théry ; Mercier, secrétaire général; de Coupigny, promoteur de Tofficialité ; Delehelle de Vicques ; Morel; de Carde vacque de Baillœul, chanoine sous-diacre; de Carbonnière, écolàtre, vicaire général -> de Royère, archidiacre d'Ostrevent et Boyer. — M. de Lignac, vicaire général, se trouvait « à Paris ou à Tours »; de Borssat de la Garde, vicaire général, archidiacre d'Arras, était « parti pour Lyon » ; Grohlier des Brousses s'était retiré «à son pays »; Huvino de Bourghelles, vicaire général, demeurait « à Lille » ; de Forcrand de Coisellet, « au Bugey »; Chàteau-Neuf « dans son pays »; Pourtent était signalé comme « inconnu ». — La mort avait moissonné MM * Morcau de la Grave, doyen, vicaire général; Lallart de Lebucquière , chantre; Bonnefoi; Lefebvre de Gouy ; Chauvin, pénitencier ; Vallé et Delys, vicaire général. M. Poulain avait péri sur l'échafaud. — Les huit autres étaient enfermés dans les maisons de réclusion; c'étaient : MM. de France de Vincly (Charles-Louis-Ghislain-Joseph, né à Vaux, district de Bapaume, 71 ans); Leroux. duChàtelet (Alexis-Stanislas-Augustin, né à Arras, 71 ans); Boistel * ; Boucquel de Lagnicourt (Pierre-Henri, né à Arras, 54 ans) -, Malbaux (Antoine-Christophe, né à Arras, 69 ans) ; de Venant de Famechon, chanoine sous-diacre ; de Buissy (François-Lamoral, né à Douai, 64 ans), chanoine clerc; Harduin (Philippe Guillaume-Alphonse, né à Arras, 39 ans).

M. Harduin, entré le dernier au chapitre en 1789, avait été arrêté, en avril 1793, comme suspect d'émigration. Le 29 mai, il avait demandé au département qu'on le transportât dans la commune de Bœux pour s'y procurer un certificat de résidence, et avait obtenu sa radiation provisoire de la liste des émigrés. Le rapport de la cause fut présenté au

i. Le chanoine Boistel ne fut pas poursuivi : il resta enfermé aux Capucins. *

département le 8 ventôse \26féyrier) : deu* certificats attestaient la résidence de M. Harduin ; celai d'Arras était irréprochable; sur celai de Rœux on découvrit que la date 30 mai avait été rayée et remplacée par V* juin. Le rapporteur conclut à ce qu'on déclarât Harduin émigré, sauf à de-* mander une solution définitive et motivée au conseil exécutif. Darthé et Galand furent ohargés de vérifier à Bœux la date du certificat. Ils déclarèrent avoir trouvé du désordre dans le registre de là municipalité. D'ailleurs, le certificat représenté avait été délivré par Onuphre Leroux du Chàtelet, détenu comme suspect. Le 13 ventôse, le département, sans s'occuper davantage de M. Harduin, décida qu'Onuphre Leroux serait renvoyé au tribunal criminel.

M. de Buissy avait été aussi inculpé d'émigration.. Le 10 mai 1793, un membre du département ayant exposé à ses collègues que, la veille, Buissy avait obtenu de la municipalité de Lagnicourt-sur-Ganche deux certificats vicieux en la forme, la municipalité avait été destituée .

Contre les autres détenus on ne pouvait alléguer que le refus du serment civique.

Le 14 germinal (3 avril), Joseph Le Bon prit à l'égard des chanoines d'Arras l'arrêté suivant :

« Vu le procès-verbal tenu le 9 de ce mois chez l'ex-chanoine d'Arras, Malbaux, tant par les commissaires de la commune d'Arras que par ceux du district chargés des scellés et inventaires des émigrés, duquel il résulte qu'il a été trouvé, dans l'une des places de la maison ci-devant occupée par ledit Malbaux, différentes brochures, protestations, papiers contre-révolutionnaires et royalistes, au nombre desquels se trouvent des brefs du Pape, des mandements d'évèqnes émigrés, ainsi que des adresses au Tyran, enfin un traité conclu par les frères du traître Gapet avec l'empereur et le roi de Prusse contre la Bévolution française;

« Considérant que, depuis les commencements de la Ré-

volution, les ci-devant nobles et les prêtres insermentés n'ont cessé de conspirer contre elle ; que, quoique la plupart d'entre eux se soient émigrés, il n'en est pas moins vrai que, par une politique infernale, beaucoup sont restés dans l'intérieur de la République, et que ces derniers, par leurs correspondances tant intérieures qu'extérieures, n'ont cessé de hâter la ruine des patriotes et le renversement du gouvernement, soit en faisant connaître aux émigrés, leurs complices, nos moyens d'attaque ou de défense, soit en propageant le royalisme et le fanatisme par la circulation d'une foule d'écrite incendiaires;

« Considérant aussi que, d'après une délibération du cidevarit chapitre d'Arras du 2 1 décembre 1 790, il est constant qufe les nommés Defrance dit Vindy, Leroux dit du Chàtelet, Lefebvre dit de Gouy, Boucquel dit de Laguicourt, Malbaux, de Borssat, archidiacre, de Bourghelles, de Buissy, de Lignac et Harduin, tous ci-devant chanoines d'Arras, actuellement détenus dans les maisons de réclusion de- cette commune, à l'exception dudit de Lignac résidant à Tours, sont les auteurs ou complices de la conspiration qui a existé eontre la Nation française, en protestant contre tes décrets de l'Assemblée nationale et en cherchant à soulever le peuple contre ces mêmes décrets, sous le prétexte spécieux et perfide que la religion était compromise dans leur exécution ;

« Considérant enfin que les pièces trouvées chez ledit Malbaux prouvent suffisamment qu'il était un conspirateur et un traître, et que les individus ci-dessus repris, étant en liaison ouverte et habituelle avec lui, sont fortement présumés avoir professé les mêmes principes, ce qui est prouvé évidemment' par la signature qu'ils ont apposée au bas de la délibération dont il s'agit;

« Arrête que lesdits Defrance, Leroux, Lefebvre, ïîoucquel, Malbaux, Borssat, Bourghelles, Buissy, Harduin et

Lignac seront de suite traduits au tribunal révolutionnaire de cette commune, pour y être jugés; auquel effet les pièces, au nombre de dix-huit, ainsi que le procès-verbal tenu chez Malbaux l'un d'eux, seront adressés sur-le-champ k l'accusateur public près ledit tribunal, qui sera tenu d'en accuser la réception ;

« Arrête en outre qu'il sera écrit au comité de surveillance de Tours, pour qu'il fasse arrêter et conduire à Arras de Lignac, afin d'être également traduit au même tribunal * »,

Trois des chanoines désignés dans l'arrêté de Le Bon ne furent pas repris dans l'acte d'accusation. M. Lefebvrede Gouy était mort dans la maison du Vivier, le 1 er germinal; MM. de Borssat et de Bourghelles ne se trouvaient pointa Arras. Dcmuliez ne put traduire au tribunal révolutionnaire que MM. Malbaux, Boucquel de Lagnicourt, de Buissy, Leroux du Chàtelet, de France de Yincly et Harduin.

L'acte d'accusation citait, parmi les brochures saisies chez le chanoine Mail aux, une Adresse des prêtres non assermentés de Paris au Tyran, 19 novembre 1791, les Principes de conduite pour les Français cmigrés,lcs Maximes de l'Église romaine dans les temps de schisme et de persécution, àl 'usage des fidèles; il insistait principalement sur l'acte capitulaire du 21 décembre 1790. Lefran, Hacot 2 et Leducq présentèrent les moyens de défense : la protestation était un fait licite, couvert en tout cas par l'amnistie de 1791. Bien ne prouvait qu'elle eût été signée par les accusés; on ne la produisait en effet ni en minute ni en expédition : il n'en existait qu'un exemplaire imprimé. En admettant qu'on put trouver dans cet imprimé un élément de preuve, il était

3. M. Malbaux avait jugé inutile de se pourvoir d'un défenseur : Hacot fut désigné d'office.

au moins constant que le chanoine Hardain n'y avait pas apposé sa signature, tu qu'il se trouvait à Boulogne en décembre 1790 : M. Vallé, son confrère, avait signé pour lui. — Le jury répondit à cet argument en déclarant M. Malbaux « coupable d'avoir rédigé et signé une protestation attentatoire à la souveraineté du peuple et conservé des écrits incendiaires et contre-révolutionnaires », et en lui donnant pour complices ses cinq confrères, convaincus d'avoir « signé ou laissé subsister leur signature au bas de la protestation, sans aucun désaveu ni rétractation ».

Demuliez a prétendu qu'il avait cherché à sauver M. de Lagnicourt '... Si ces efforts furent tentés, ils restèrent inutiles. — À midi les six chanoines recevaient dans un monde meilleur la récompense de leur fidélité à l'Église.

18 germinal (8 avril). — Le représentant Duquesnoy avait écrit d' Arras, le 8 germinal (28 mars), à l'agent national dû district de Béthune : « Tu voudra bien, au reçu de ma lettre, faire transférer ici le nommé Dabovillc, ci-devant aide-de-camp du général Stctenhof, sous bonect sure garde. Salut et fraternité 2 » . — Le capitaine Daboville (Bernard- Alexandre, né à Comracrcy, Meuse, 35 ans), écroué le jour même à la prison des Baudets, fut condamné à mort comme « ayant entretenu une correspondance et des liaisons avec des personnes suspectes et cherché à intimer le plus grand mépris pour l'habit de garde national et les plus zélés défenseurs de la patrie ».

Le jury acquitta un capitaine d'artillerie et le concierge des Orphelines. Le premier était prévenu d'avoir dit qu'il désirait l'ancien régime, moins les coups de plat de sabre; le second avait laissé évader trois prisonniers.

La condamnation à mort qui frappa Petain et M mM Thellier, motivée sur des faits différents, provenait, au fond, de

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