Procès, t. I, p
*. Archives départementales.
la même cause. François Petain (43 ans), perruquier à Saint- Pol, était gardien de la maison d'arrêt de cette Tille. Le 25 mars 1793, deux prisonniers, ayant placé des chaises sur Leur lit, réussirent à pratiquer une -ouverture dans un plancher, se glissèrent dans le grenier, attachèrent une corde à la charpente du toit et s'évadèrent. Petain fut accusé d'avoir favorisé leur fuite ; mais il démontra que depuis longtemps il avait demandé qu'on fit à la prison des réparations urgentes; le jury déclara, le 2 juillet, qu'il n'y avait pas lieu à accusation.
Malheureusement pour Petain, l'un des prisonniers évadés, Thellier de Poncheville, était membre de cette famille Thellier contre l'influence de laquelle Darthé avait lutté si violemment lors des élections municipales de 1792. Darthé portait à tous les Thellier et à leurs adhérents une haine implacable. Par ses ordres, Petain fut amené aux Baudets le 7 germinal, avec quatorze habitants de Saint-Pol et des environs. On ne trouvait à sa charge que l'évasion des deux prisonniers à l'occasion de laquelle il avait été poursuivi; il se croyait donc protégé par le verdict du jury. Mais Joseph Le Bon ne s'embarrassait pas plus delà chose jugée que des lois d'amnistie. Sans se donner la peine d'inventer contre Petain, comme il l'avait fait pour MM. de Béthune et Lallart, de nouveaux chefs d'accusation, il prit, à son égard, l'arrêté suivant :
« Le représentant du peuple Joseph Le Bon, étonné, d'après l'examen des. pièces, que François Petain, ci-devant concierge de la maison d'arrêt de Saint-Pol, ait été mis en liberté sur l'accusation portée contre lui d'avoir volontairement, méchamment et à dessein, fait évader et favorisé l'évasion des nommés Morand et Thellier dit Poncheville, reconnus pour fameux contre-révolutionnaires , le dernier émigré, et le premier suspecté d'émigration ;
« Considérant qu'il résulte de l'interrogatoire qu'il vient
de subir, ainsi que de celai de Dominique Morand, que Petain est prévenu d'être la cause de l'évasion des deux prévenus ;
« Considérant qu'il s'est toujours montré l'ennemi de la Révolution et a toujours été l'agent des Thellier;
« Arrête qu'il sera de nouveau mis en jugement.... '. »
Cet arrêté fut le coup de mort du malheureux Petain. Quatre jours après, il fut condamné et exécuté.
Si M. Thellier fils avait pu s'échapper de prison, les autres membres de sa famille restaient en butte aux ressentiments de Darthé. Bernard Thellier dePoncheville, père du fugitif, ancien procureur fiscal du comté de Saint-Pol, membre de l'échevinage, administrateur du district en 1791, avait été arrêté, le 3 avril 1 793 , comme fauteur et complice des trames ourdies contre la chose publique et particulièrement contre le recrutement; il mourut en prison. — Marie - Éléonore Mahieu (58 ans), veuve de Bernard Thellier, s'était retirée à Arras avec ses quatre enfants : Marie-Joseph, Charles, Xavier et Léaudre. Le 1 er avril 1793, le département, où Darthé était tout-puissant, fit arrêter et conduire à Dûullens « les trois fils Thellier » : le plus jeune, Léandre, n'avait pas encore terminé ses études. M me Thellier, laissée en liberté, fut obligée, au mois de novembre, de se rendre à Saint-Pol pour s'occuper de la succession de Charles de Rohan, prince de Soubise, qui avait été confiée à son mari. Quoiqu'elle eût une passe du comité de surveillance d'Arras, elle fut arrêtée à Saint-Pol le 8 brumaire (29 octobre), « sous prétexte qu'elle était mère d'émigrés et qu'elle avait propagé l'aristocratie » : malgré ses réclamations, elle ne fut ramenée à Arras qu'avec François Petain et les douze autres suspects envoyés aux Baudets par Darthé. — Marie- Joseph- Bernardine Thellier (32 ans) s'était fait connaître au co-