Arrêté du 15 germinal (4 avril). — Greffe d'Amiens
mité de surveillance par des lettres touchantes écrites en . faveur de sa mère et de ses frères détenus ; ce comité laTait fait emprisonner aux Orphelines, le 8 ventôse (20 février), en qualité de « soeur d'émigrés très-suspecte ». Le 6 germinal, Le Bon traduisit M** Tbellier et sa fille au tribunal révolutionnaire : a Vu les interrogatoires subis par les nommées Thellier mère et fille et les pièces qui ont servi de matière aux dits interrogatoires ;
« Considérant qu'il a eiisté des correspondances criminelles avec les ennemis du dehors et entre ceux du dedans, et que ces manoeuvres ont compromis la sûreté intérieure de la République ;
« Considérant que les susnommées Thellier mère et fille sont pré tenues d'avoir participé à ces manœuvres contrerévolutionnaires en recevant des lettres coupables et en en propageant le poison par différentes coptes ; arrête, etc. J . »
A cette accusation il fut ajouté qtie M"* Thellier avaitrecélé les meubles de la baronne de Fumai, émigrée. Ce nouveau grief n'avait d'autre fondement qu'une lettre datée de Trente (Italie) 23 février 1793, et adressée à M. Thellier de Ponchetille , exécuteur testamentaire de M m * de Fumai*
M m " Thellier furent condamnées à mort. — Le sang de la famille Thellier arrosera cinq fois encore les échafauds d'Arras et de Cambrai.
22 germinal (1! avril).— La perquisition faite parDarthé et Doullens avait compromis Antoine-Joseph Despinoy (né au Càtcau-Cambrésis, 61 ans), médecin & Douai, membre de réehevinage de cette tille en 1 789. On trouva des lettrée
l. Arrêté du 6 germinal; greffe d'Amiens. — te 27 gérminaï, te Bôii prit l'arrêté suivant : « Qtrelqtie part que se troaveftt M. de Pifichemoucbe, M. Vinoc, oncle, et M*" Marianne, tante de W. dfe Ponchevllle, lésait» Pinchemouche, Winoc et Marianne seront, à la diligence de l'agent national près le district de Saint-Pol, arrêtés et amenés à Arras avec tous leurs papiers suspects et correspondances. * *
écrites par tui en la possession de Thérèse Dtrfour ei de Caûeau du Roteleur, détenus comme suspects dans la citadelle de Doullens. Â la suite de cette découverte, on saisit chez Despinoy « un manifeste contre la Révolution française, dont le titre seul devait le faire jeter au feu, et nue Lettre pastorale de l'évéque de Blois au clergé de feen did* cèse »» Despinoy, amené aux Baudets par ordre de Le Bon le 28 Ventôse (12 mars), répondit aux cornmissaires chargés de l'interroger que ces deux brochâtes appartenaient à uft de ses neveux, ex-religieux, qui avait occupé sa maison à Douai, pendant qu'il dirigeait à Lille Y hôpital militaire ; à son retour, il avait déclaré à la municipalité que son nevçft avait laissé chez lui sa bibliothèque. Il connaissait Thérèse Dufûur, attendu que sa femme, Henriette Dufour, était la demi-sœur de la condamnée. Il n'avait correspondu avec Ganeau du RôteleUr qu'à l'occasion du remboursement de la charge de procureur du rôi à la ci-devant gouvernance dé Douai, — Malgré ces explications si complètes, Despinoy fut condamné à mort.
23 fermimtliXZ avril).— Jean Diot, né à Âmieàs, étaitmré de Ligùy-sur-Cartche. A peine âgé de viûgt-sept ans, il tût député par le Clergé de l'Artois à l'assemblée des Ëtats-Gé*nérau*. Le 31 octobre 1793» Élie Lacoste etPeyssard rendirent contre lui l'arrêté suivant : « Ordonnons que le citoyen Diot, ex-cônsti tuant, demeurant à Lighy-sur-Canche, canton de Frévent, sera mis incontinent en état d'4ïrestation et traduit dans les prisons d'Àrras. Les scellés seront apposés sur les papiers dùdit Diot. » Le registre d'écroudes Baudets constate que Jean Diot fut amené dans cette prison le 25 ventôse, « en vertu d'un arrêté de Le Bon et suivant ordre de Lefetz, président du district , par Jean^Buptiste Carrdtit, commissaire nommé à cet effet. Un nouvel arrêté de Le Bon du 22 germinal le Renvoya devant le jury. Son crime consistait à avoir écrit, « le 2 juin 1 79 1 , une lettre ren-
fermant des principes qui tendaient à discréditer les biens nationaux, et cherché par des moyens infâmes à empêcher les citoyens d'en acquérir. D'autant plus coupable , disait l'acte d'accusation, qu'il était représentant du peuple quand il donnait ces conseils perfides ». — Diot se défendit luimême et fut exécuté.
Louis- Joseph Savary (37 ans), cultivateur à Beaumetzlez-Loge^ était un de ces fermiers à grosses bottes dont la fortune offusquait Le Bon. Il avait la réputation d'un grand aristocrate et n'avait cessé d'avoir des relations avec les prêtres réfractaires, « notamment avec l'abbé Baumart, curé de sa paroisse, qui s'était retiré à Basseux après avoir refusé le serment ». Le 17 ventôse (7 mars), le district le destitua de ses fonctions de maire et le mit en arrestation aux Baudets. Une première perquisition faite chez lui par le juge de paix n'amena aucune découverte ; mais le 27 ventôse un commissaire du district trouva dans ses papiers « des brochures infâmes : Avis salutaire au peuple français, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; Entretien d'un paroissien avec son curé sur le serment exigé des ecclésiastiques fonctionnaires publics », et dans un livre de piété intitulé la Journée du Chrétien, « la lettre la plus aristocratique et la plus royaliste, signée Baumart, réfugié à Basseux , le 24 août 1791 ». C'était assurément, devant le jury révolutionnaire, plus qu'il n'en fallait pour mériter la mort. ^
Le 28 février 1792 (style esclave), Adrien Barbier (41 ans), notaire à Lens, avait écrit à G h islam Henry, son maître-clerc, une lettre « qui tendait à discréditer les assignats et à rappeler l'amour de l'ancien régime ». Cette lettre tomba entre les mains de Gilles , membre du comité de surveillance , qui la porta au comité. Henry, qui faisait alors à Arras le commerce de charbon, fut arrêté le 8 frimaire. Quant à Barbier, Le Bon le fit incarcérer, le 4 ger-
minai ', dans la prison des Baudets, où Henry alla le rejoindre le 23 (12 avril). — Le lendemain, ils étaient condamnés à mort : Barbier, pour avoir écrit la lettre du 28 février 1 792 , Henry, pour ne l'avoir pas désavouée.
Ainsi Joseph Le Bon, depuis l'installation du nouveau jury (19 ventôse), avait fait tomber en un mois cinquantequatre tètes sur le pavé d'Arras. Les arrestations opérées pendant cette période répondaient à l'activité progressive de ta justice révolutionnaire. Le 16 ventôse (6 mars), le Comité de sûreté générale avait adressé à tous les comités de surveillance de la République des tableaux sur lesquels ils devaient inscrire les noms des suspects emprisonnés et répondre à vingt-six questions relatives à chacun d'eux 2 . Le comité d'Arras envoya à Paris un registre contenant les noms de quatre cent vingt -quatre détenus : cent soixante-quinze hommes et .deux ceut quarante-neuf femmes. Encore ce dépouillement, d'après la déclaration du comité, était-il fort incomplet : en faisant le recensement des prisons, on avait trouvé en effet un grand nombre de détenus arrêtés illégalement par ordre du district et du conseil général de la commune , et cette dernière administration n'avait pas encore remis les renseignements demandés.
On le voit par ces résultats, Joseph Le Bon rencontrait dans tous les corps constitués des agents qui le secondaient avec une véritable rivalité de zèle. Le 28 ventôse (18 mars),
1. « François Clément se rendra de suite à Lens, arrêtera le nommé Barbier, notaire, et le fera conduire à Arras avec toutes ses correspondances et papiers suspects. » — Arch. départ.
" 2. Nom du dernier domicile. — Age. — Veuf, garçon ou marié. — Age, nombre et résidence des enfants. — Lieu et époque de la détention. — Profession ; revenu. — Relations et liaisons. — Caractère et opinion politique, notamment en mai, juillet et octobre 1789 ; au 10 août; lors de la fuite et de la mort du tyran ; au 31 mai ; pendant les crises dé la guerre. — À-t-il signé des pétitions ou arrêtés liberticides ?
W «rrttf du 4istrkt approuvé pa?r le représentait or doima* « par mesure de sûreté et pour connaître la vérité, que le* domestiques des suspects et ci-devant nobles fussent mis en arrestation à l'Abbatiale jusqu'à ce qu'Us eussent déclaré çfii étaient l'argent et l'argenterie de leurs maîtres aristocrates ' ». Le jour même, uu membre du conseil général de la commune proposa en séance « de faire arrêter tous le* aristocrates qui étaient à la connaissance du conseil »; o» dressa immédiatement une liste de suspects qui comprit soixante-seize personnes, Non-seulement Joseph Le Bon approuva ces arrestations opérées en masse par des administrateurs qui empiétaient ainsi sur les attributions du ce* mité de surveillance, mais il délégua lui-même à Dartbé et à Caubrièré, à la fois administrateurs du département, com* mis$aire§ aux interrogatoires et jurés, le pouvoir d'ordonné? l'incarcération des suspects. Les fonctions multiples dont ces personnages étaient revêtus ne leur permettant pas d'emprisonner au gré de ses désirs, il donna plus tard des pouvoirs semblables aux commissaires aux émigrés dont te nombre avait été multiplié à l'infini :
<( Les commissaires aux émigrés du district d'Arras sont autorisés à lever les scellés mis par les comités de surveillance chez les personnes suspectes. Ils visiteront les papiers, extrairont les écrits suspects et les correspondances, pçur les apporter au représentant du peuple. Ils pourront faire arrêter toutes personnes qu'Us jugeront inciviques dans le cours de leurs opérations, à la charge d'en rendre compte exactement dans les vingt-quatre heures % ».
Plusieurs de ces commissaires n'arrêtaient les suspects que pour se livrer dans leur maison à un pillage éhonté. « Tuerujft porc était m moyen presque infaillible de donaer Téveil à leur activité ; la réputation d'avoir une bonne cave