Imprimé. Bibliothèque de M. Renard
outre payer une contribution foncière quelconque. » Joseph Le Bon, ne réunissant pas ces conditions, se contenta d'employer toute son influence dans l'intérêt (^Augustin Robespierre, candidat à la députât ion. « L'an III de la Révolution, 28 août », il rendit compte à Robespierre aine de ses efforts et de ses espérances.
« Courage, mon cher ami, nous sommes au comble de nos vœux. Si tu appuies fortement la pétition des commissaires, quel que doive être le succès de notre corps électoral, ton frère alors sera nommé d'emblée. Sinon, je crains toujours que la rage de nos ennemis ne l'éloigné à force de calomnies. Nous nous remuons comme des diables pour déjouer des millions de manœuvres dont il est inutile de t'instruire pour le moment, mais qui te pénétreront d'indignation, lorsque nous pourrons te les apprendre à loisir. La f Assemble nationale actuelle nous taille un ouvrage immense et périlleux. J'ignore comme les choses tourneront. — Bonsoir. — On attend cette lettre. Le porteur, nommé Demuliez, a projeté des arrangements avec ton frère pour procurer à celui-ci l'exécrable marc d'argent. Confères-en avec lui et matfde nous des nouvelles sur cet article. — Joseph Le Bon.
« P. S. Nous t'embrassons tous les trois d'un seul coup ' . »
Les patriotes d'Arras ignoraient que le décret du 1 1 août (article 3) venait de supprimer les conditions d'éligibilité exigées antérieurement par la loi de 1789, et que tout citoyen admissible dans les assemblées primaires et âgé de vingt-cinq ans pouvait être député à la Convention.
Dès que Le Bon connut ce décret, il résolut de se mettre lui-même au rang des candidats à la représentation nationale.
L'assemblée électorale se réunit, le 2 septembre, en l'é-
l. Rapport de Courtois à la Convention sur les papiers trouvés chez Robespierre, page 274.
glise paroissiale de Calais. Les électeurs des hait districts 1 , s'étant rendus dans leurs bureaux, nommèrent chacun trois commissaires chargés de procéder à la vérification des pouvoirs et de recevoir toutes dénonciations signées contre les fonctionnaires du Pas-de-Calais qui avaient trahi la confiance de leurs concitoyens. Joseph Le Bon, conjointement avec Guffroy et Robespierre, fut chargé de ce soin par les citoyens du district d'Ârras. Les commissaires réunis le désignèrent ensuite comme, rapporteur. Sur ses conclusions, on décida que les sept cent soixante-quinze électeurs présents seraient, sauf deux, admis au vote ; que Ton imprimerait la liste des députés qui avaient répondu négativement aux questions décidées à l'Assemblée nationale par appel nominal et des administrateurs du département signataires de l'adresse du 26 juin 1792.
D'autres honneurs étaient réservés à l'ancien curé de Neuville. Il fut député auprès du Corps législatif avec J.-B. Personne, de Saint-Omer, à l'effet de solliciter « un décret qui privât de leur traitement les prêtres qui percevraient du casuel, un autre décret qui réglât que les talents et les vertus seraient désormais les seules qualités requises pour être éligible aux places de judicature 2 , et enfin la translation à Aire du chef-lieu du Pas-de-Calais.
Pendantque Le Bonremplissait cette mission, Le Bas rendit compte des dénonciations formulées contre les fonctionnaires accusés d'incivisme. Âucuu des électeurs n'avait attaqué les membres du directoire; le rapporteur attribua cette abstention à un sentiment unanime de réprobation ; il fit lecture de l'adresse incriminée et excita contre les auteurs de cette protestation courageuse « l'indignation générale. »
1. Arras, Bapaume, Béthune, Boulogne, Calais, Montreuil, Saint-Omer et Saint-Pol.
2. Le Convention convertit ce vœu en loi, et décida, le 22 septembre 1792, que désormais les juges seraient choisis indistinctement parmi tous les citoyens.
On procéda aux élections : le premier nommé fut « Robespierre aîné, député de l'Assemblée nationale constituante de France » ; il obtint quatre cent douze voix sur sept cent ▼ihgt-et-un yotants. Aussitôt « rassemblée, convaincue que tous les départements se disputeraient la gloire de rendre hommage aux vertus de ce citoyen incorruptible, lui envoya un courrier pour l'informer de la justice que venaient de lui rendre ses concitoyens. »
Déjà Robespierre avait été élu à Paris ; il témoigna « son regret de ne pouvoir accepter la qualité de député du Pas de-Calais ». Les suffrages se portèrent successivement sur « Garnotainé et Ernest Duquesnoy, députés au Corps législatif, Le Bas, homme de loi à Saint-Pol, administrateur du département, Thomas Payne , célèbre philosophe anglais * , Personne , avoué à Saint-Omer, Guffroy, procureur syndic du district d'Arras, Enlart, président du district de Montreuil, Bollet , maire de Cuinchy , Maniez , administrateur du district de Bapaume, Daunou, vicaire épiscopal à Paris, et Varlet, maire d'Hesdin. L'élection des. derniers députés avait été vivement contestée : Bollet, Maniez et Varlet avaient rencontré en Joseph Le Bon un concurrent sérieux et n'avaient été nommés qu'à un second tour de scrutin. Quatre suppléants restaient à choisir : en première ligne cette fois, Le Bon obtint une majorité de quatre cents voix sur sept cent neuf votants. Dûbrœucq, juge au tribunal du district de Saint-Omer, Garnier (d'Ardres), administrateur du district de Calais, et Grenier, de Violâmes, complétèrent la représentation du Pas-de-Calais a .
1. La Législative venait de décerner à Thomas Payne le titre de citoyen français (Décret da 26 août). Dès l'ouverture de la réunion électorale, « un membre avait invité l'assemblée à- nommer à. la Convention nationale le célèbre philosophe anglais Thomas Payne. C'était le moyen d'intéresser la nation anglaise à la Révolution de l'empire Français et d'unir irrévocablement les deux nations. »
% Le procès-verbal de l'Assemblée électorale relate un fait qui démontre
Cependant rassemblée primaire d'Àrras était restée en permanence : Guffroy, accompagné de Le Bon, vint renouveler devant elle le serment qu'il avait prêté de maintenir la liberté et l'égalité on de mourir en les défendant ; il échangea alors avec son ami quelques paroles significatives. « Je fis le peuple dépositaire de ma vie, dit Guffroy, et je l'invitai à me faire donner la mort, si, lors de la discussion de ses droits à la Convention, je faisais une proposition directement ou indirectement contraire à ces mêmes droits. » — Alors Joseph Le Bon se leva et dit : « Je suis ton ami ; eh bien, en ce cas, c'est moi qui te poignarderai. » — « Et moi, lui dis-je, je ne te ménagerai pas, je te le jure ' . »
En attendant que ces protestations d'amitié se changeassent en haine implacable, Joseph Le Bon se vit pousser en avant, dans la carrière ouverte k son ambition, par les chefs de la démocratie artésienne, tout puissants sur la Société populaire et par conséquent sur le corps électoral. A peine la Convention récemment installée Avaitnelle proclamé la République, qu'on sollicita auprès d'elle le remplacement de toutes les administrations gangrenées, disait-on, 4$ royalisme. Avant que le décret du 22 septembre eût ordonné, conformément à ces vœux, le renouvellement des corps administratifs et judiciaires, l'assemblée primaire d'Arras, eu proie à une agitation révolutionnaire à laquelle les dangers
à quelle exaltation et à quel désordre les esprits étaient déjà livrés : une femme du peuple, Séraphine Clément, avait été emprisonnée pour avoir battu de la caisse lors d'un attroupement occasionné par une exportation de grains. Les électeurs, non contents de la faire mettre m liberté, admirent à leur séance « cette infortunée victime de son patriotisme ». Elle parut à la tribune au milieu des acclamations. « Le peuple, impatient de partager la joie d'une scène aussi attendrissante, se précipita dans l'église. La Mère Duchesne de Calais demanda la parole et proposa que les assistants déposassent sur le bureau leur offrande en faveur de Séraphine dément. Elle demanda ensuite que l'on exerçât au maniement des armés les bras des personnes de son sexe. «Les voûtes delà salle retentirent d'applaudissements. »(Ar.dép.). 1. Censure républicaine t par Guffroy) page 34.
de l'invasion prêtaient an aspect de patriotisme, procéda spontanément à la destltntion de la Municipalité '.
Joseph Le Bon, par une faveur qui dut Té tonner lui-même, se vit investi des fonctions de maire. Le 16 septembre, « accompagné des citoyens que la commune d'Àrras avait choisis pour ses représentants provisoires au lieu de ceux qu'elle n'avait pas jugé devoir conserver plus longtemps, il se rendit sur la petite-place pour y être proclamé. » On comptait parmi les élus un grand nombre de patriotes qui devaient jouer à côté de Le Bon un rôle considérable : Gélestin Lefetz, Gabriel Le Blond, Lefebvre, Lemirre, officiers municipaux ; Xavier Daillet, substitut d'Augustin Bobespierre, nommé procureur de la commune; Taquet jeune, Martial Herman, François Carraut, GiUe, Carlier,Taffin-Bruyant et Duponchel, notables. Joseph Le Bon, en présence de l'ancienne municipalité et du peuple assemblé, exprima, dans un langage emphatique alors à la mode, les sentiments qui l'animaient ':
« Citoyens, vous l'avez voulu! Nous venons nous dévouer à l'alternative glorieuse de sauver cette ville ou de servir de premières victimes aux tyrans. Jamais certes un plus beau jour n'a lui pour nous.
ce Mais, aunom de la liberté, unissez vos efforts aux nôtres ! La patrie en danger rejette les âmes tièdes et incertaines ; tous ceux qui se portent pour ses défenseurs doivent brûler de civisme et de courage. Ah 1 combien de maux nous aurions évités, si, depuis quatre années, fidèles observateurs de la loi, nous avions su conserver en même temps l'énergie du 14 juillet 1789!
« Que du moins une cruelle épreuve nous instruise !
« Peuple! c'est par toi que tes nouveaux magistrats vont exister; fais qu'ils n'existent aussi que pour toi. En* traîne-les puissamment vers ton bonheur en te montrant
l. Le Bon remplaça Charles Brassart, élu le 23 novembre 1791.
digne d'être heureux. Les lâches et les traîtres disparaissent à ton aspect; environne-nous sans cesse de ta présence; qu'à la moindre faiblesse, au moindre refroidissement, chacun de tes ouvriers se dise aussitôt : Le maître me regarde.., déjà peut-être il m'a jugé.
« Voilà, Peuple, voilà le vrai moyen d'assurer ta félicité., Si par impossible tu voulais encore te livrer au sommeil de l'esclavage, ne nous oblige pas de partager ta honte ou d'en être les tristes témoins... Mais tes choix nous répondent de' ta volonté. Écoute donc, et dévoue à l'exécration de tous les siècles quiconque parmi nous trahira le serment que nous allons proférer.
« Après ce discours, le maire et les membres du conseil général prêtèrent le serment de maintenir la liberté et l'égalité et de mourir plutôt que de consentir à la reddition de la place '. »
La municipalité nouvelle inaugura son avènement par des mesures significatives. Dans sa première séance, elle confia à Carlier et à Gille la mission de parcourir la ville à l'effet cfe faire disparaître toutes les traces de féodalité ; elle décida qu'une liste des habitants qui avaient des parents émigrés serait affichée dans les corps de garde des portes ; elle créa un comité de surveillance dont les opérations, dans les grandes circonstances seulement, seraient soumises à quatre de ses membres : Herman, Lefebvre, Le Blond, Taffin- Bruyant, et enfin une commission chargée de l'inspection des lettres venant de l'étranger.
Les écoles et les hôpitaux étaient dirigés par des religieuses : on leur enjoignit de venir prêter le serment voulu par la loi et de quitter tout espèce de costume ; pour faire un exemple, on chassa les Sœurs de Sainte-Agnès. « La liberté des opinions étant un des droits imprescriptibles de