‹ Le Terreur dans le Pas-de-Calais et dans le Nord Histoire de Joseph Le BonChapitre 160 sur 185 · Procès, pages 34 et · texte numérisé non relu

Procès, pages 34 et

3. « Un jour Cyriaque Caron, juge au tribunal révolutionnaire, imagina une conspiration qui devait assassiner les juges, les jurés et l'accusateur public. Pour donner une espèce de vraisemblance à ce projet, il arriva au tribunal, disant qu'il venait de recevoir un coup de couteau et que l'individu qui le lui avait donné avait dit : N'es-tu pas Caron juge? que sur l'affirmative, il lui porta aussitôt le coup.

« Demuliez croyant s'apercevoir qu'il y avait du faux dans cette déclararation, fit venir deux chirurgiens à qui il fît remarquer que le prétendu coup de couteau, qui avait à peine égratigné Caron, se rencontrait fort mal dans les trous de l'habit, de la veste et delà chemise ; enfin ayant chargé le juge de paix Triboulet d'informer, il en résulta que Caron avait dit la veille s Je serai assassiné demain. Le Bon, loin d'approuver la conduite de Demuliez, le traita avec dureté, ainsi que le juge de paix Triboulet qui fut forcé d'acquitter Caron ». Procès, 1. 1, p. 105.— Les pièces de l'information existent aux archives départementales et confirment ce récit.

quel motif : les plus audacieux protestaient-ils de leur innocence et de leur civisme, on les marquait les premiers pour la boucherie. Quand l'heure était venue, quand F huissier Taquet faisait retentir dans les corridors de la Providence et de l'Hôtel-Dieu 4es noms des prisonniers qui devaient être livrés au tribunal révolutionnaire, hommes, femmes, vieillards, victimes résignées d'un mystérieux sacrifice, se laissaient mener à la mort avec une docilité plus effrayante à nos yeux que leur supplice même ' .

Si quelque marque d'opposition apparaissait au milieu de la consternation générale, c'était dans les rangs des patriotes et en plein comité de surveillance. Non pas assurément que les membres influents de ce comité songeassent à combattre ouvertement, au nom du droit méconnu, le système de la Terreur et ses agents sanguinaires ; mais Gabriel Le Blond, Danten, Saint-Remy et le secrétaire Delegorgue invoquaient, contre les mesures arbitraires à l'exécution desquelles on leur demandait de concourir, les décrets de la Convention nationale. S'ils consentaient à remplir la mission que les décrets du gouvernement confiaient aux comités de surveillance, au moins ne voulaient-ils pas dépasser les bornes de la légalité. Nous avons vu que le comité rappelait à Le Bon lui-même que les arrestations {levaient être entourées des formes déterminées par la loi. Avec le conseil général de la commune et le district, il osa entrer en lutte ouverte : quand le conseil général lui notifia la liste des citoyens dont il requérait l'emprisonnement, et dont il avait élevé le nombre de soixante-seize à quatre-vingt dix, le comité : « Considérant que déjà les maisons d'arrêt étaient remplies d'individus arrêtés soit en exécution des lois et décrets, soit en exécu-

1. Devant le tribunal d'Amiens, Le Bon osa dire, en apostrophant les habitants d'Arras ; « Si vous aviez eu du courage, il fallait me brûler la tête». — A quoi un témoin répondit : « Votre mort ne nous eût point avancés; la Convention l'aurait vengée d'une manière solennelle ». Procè* t L i, p. 296

,- 393 — tton des arrêtés des représentants du peuple ;— Considérant que la liste insérée dans l'arrêté du conseil général de la commune comprenait plusieurs citoyens non-seulement patriotes, mais même très-civiques, et qui récemment avaient rendu et rendaient encore des services à la République », passa à Tordre du jour sur ledit arrêté (29 ventôse- 19 mars). — Le district, à son tour, avait requis le comité de surveillance « de mettre à exécution la loi du 17 septembre h Tégard des nommés Dion, de Hauteclocque de Quatre-Yaux, Le?oy d'Hurtebise, etc. ». — « Il me tarde, écrivait-il, de voir tous les ennemis de l'intérieur hors d'état de nuire. Il faut qu'au 1 er germinal, nous n'ayons plus à penser qu'aux ennemis du dehors. » Le comité se contenta de répondre « que l'administration du district serait invitée à lui faire passer les dénonciations qui avaient pu déterminer l'arrêté en vertu duquel elle voulait faire incarcérer un si grand nombre de citoyens ». — Le district avait ordonné au conseil général de la commune de mettre en arrestation M. Fruleux de Souchez et d'apposer le scellé sur ses effets ; le comité avait « cassé et annulé ledit arrêté ». Enfin, le comité de surveillance s'était plaint aux Comités de salut public et de sûreté générale de la conduite arbitraire des autorités constituées, et avait porté à leur connaissance, avec une réserve qui n'excluait pas un certain courage, les arrêtés, pris ou approuvés par le représentant, qui ordonnaient l'arrestation des domestiques des suspects et qui autorisaient les commissaires aux inventaires à emprisonner, dans le cours de leurs opérations, toutes les personnes qu'ils jugeraient inciviques.

Sans doute, la résistance circonspecte du comité de surveillance n'était pas faite pour arrêter Le Bon, et les personnes désignées par le conseil général et le district n'en furent pas moins arrêtées; mais tout effort contre la tyrannie, si faible qu'il soit, finit par ébranler la puissance du tyran :

nous Terrons bientôt l'opposition des modércmtisteSjXm moment enhardie, violemment comprimée, faire enfin explosion et renverser, avant le 9 therinidor, le proconsul d'Arras et sa guillotine.

Jusqu'à cette heure de délivrance, combien de victimes graviront encore, hélas ! les marches de l'échafâud. Le 12 germinal an m (1 er avril 1795), un thermidorien, Bourdon de l'Oise, accusera Joseph Le Bon « d'avoir fait guillotiner trois rues entières à Arras >*; et il n'y aura point là d'excessive hyperbole. En un seul jour, vingtaccusés, parmi lesquels quinze femmes, habitant trois rues voisines \ vont être amenés, troupe d'élite, à l'autel expiatoire. Retraçons, avec le soin pieux que méritent M me Bataille et ses complices, un procès dans lequel se résument toutes les horreurs de la Bévolution française.

1. La rue Saint-Jean-en-Ronville, la rue des Portes-Cochères et la rue des Trois-Faucilles. — « Quant à l'accusation d'avoir dépeuplé trois rues d'Arras, dit H. Louis Blanc {Rév. franc., t. xii, p. 217), ce n'était qu'une figure.. ; j'allais dire une calomnie de rhétorique ».— On va voir quelle est la valeur de ce démenti.

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