Procès, t. I, p
Daillet s'était rangé à l'opinion de Le Bon. Vers la fin de ventôse, le district avait, à plusieurs reprises, dénoncé Dauchez au conseil général de la commune, « Lorsque nous avons reçu votre dernière lettre, nous avions déjà arrêté, répondit le maire d'Arras, qu'il serait présenté au comité de surveillance comme suspect ; mais depuis lors Dauchez a découvert les cent mille livres de Yélu ; il a constamment correspondu avec le comité de législation pour améliorer le code civil ; ses réflexions sont toujours bien accueillies par le comité. Yous examinerez si ces motifs sont suffisants pour détruire les doutes qui se sont élevés sur son civisme ' ». Le registre de M me Bataille fournit aux ennemis de Dauchez l'occasion de triompher des obstacles apportés à leurs desseins. Caubrière fut chargé par Le Bon de poursuivre les personnes dénommées sur ce registre. Dès le 3 germinal (23 mars), il lança contre elles des mandats d'arrêt : « L'administrateur du département du Pas-de-Calais, commissaire du représentant du peuple Joseph Le Bon, invite et au besoin requiert le comité de surveillance d'Arras de faire mettre au secret jusqu'à nouvel ordre la nommée Dambrines, veuve Bataille 2 ». Le même jour, Caubrière ordonna de « mettre en état d'arrestation, au secret, la femme Caron- Wagon ». Le 4, il enjoignit au comité de surveillance, « de faire amener sur-le-champ par devant lui la nommée Caron- Wagon détenue »; le 5, il fit arrêter Devrez; « ci-devant avocat, et Bâcler sœurs »; il interrogea « les filles ou femmes nommées Caudron, de Gouy, Bayard, de Bunneville; Joncqué, femme Toursel, médecin; d'Hay, femme Desmazières, Cornier, Bâcler sœurs, veuve Théry et les filles Ternas ». Le 9, il ordonna d'emprisonner ce la nommée Joncqué, rue des Portes- Cochères, Dauchez, avocat, et Boniface, receveur de la com-
9. Le registre d'écrou des Baudets relate que, le 3 germinal, Mme Bataille fut transférée de la Providence en cette prison par ordre du comité.
mune , la veuve Théry-Caudron et la femme Bayard ». Ces ordres exécutés, on conduisit le même jour devant le commissaire de Le Bon « Dauchez, avocat, et sa femme , Becquet, rentier, Boniface, receveur de la commune, Degouve, Gamonet, Leroy d'Hurtebise, tous rue de Saint-Jean-en- Bonville, et d'Hendecourt; ci-devant noble, rue des Portes- Gochères, ainsi que Blin de Rullecomte, Blanquart, exavocat, et La Comté, ex-noble. » Avec ces nouveaux inculpés, on ramena au département « Caudron, rentière, de Gouy, rentière , Bayard, femme du vieux procureur de la commune, la femme Desmazières, avocat, et la veuve Théry, aussi rentière, demeurant toutes rue Saint- Jean-en-Bonville, ainsi que les ci-devant demoiselles de Ternas, actuellement détenues dans une maison d'arrêt 1 ».
Qu'étaient ces prévenus? Quels titres avaient-ils à la haine des destructeurs de Tordre social?
Marie-Glaire Caudron de Fricheux (74 ans) était détenue à la Providence, comme suspecte.
Thérèse et Marie Lefebvre de Gouy, nées à Saint-Omer (48 ans, 44 ans), en état d'arrestation depuis le 6 octobre 1793, avaient été conduites à l'Hôtel-Dieu, le 26 pluviôse (14 février), avec leur belle- sœur qui était venue depuis quinze jours les visiter à Arras.
Marie Baudelet de Haute-Fontaine (67 ans) était mariée à M. Bayard, avocat au Conseil d'Artois (1740), procureur du Boi syndic à lïchevinage d' Arras.
Amélie et Agathe Le Boy de Bunneville (49 ans, 43 ans) avaient été arrêtées comme ex-nobles le 15 ventôse (5 mars).
Marie -Anne Joncqué (57 ans) et Constance Joncqué (51 ans) étaient sœurs. Constance avait épousé M. Toursel, membre du collège de médecine d' Arras ; elle était mère de sept enfants. Le 8 frimaire (28 novembre) , M. et M me Toursel