Procès, t. I, p. 3S
cet auxiliaire compromettant : Le Bon la saisit. Il chargea. Dérouliez de se rendre à Boulogne avec Darthé, afin d'y réprimer un complot imaginaire, dénoncé par Toratorien Cattaert, juge au tribunal de cette ville. Le Bon répéta à Demuliez, au moment de son départ : « Il n'y a rien à risquer pour Dauchez, Boniface et ce tas de bégueales 1 . »
l. Pr*cès t t. i, p 106. — « Démolies, accusateur public près le tribunal révolutionnaire, se transportera de suite à Boulogne et environs ; il fera informer et prendra les mesures les plus urgentes contre les prévenus de complicité avec les derniers conspirateurs. 11 sera accompagné dans sa mission par Augustin Darthé, et de concert ils travailleront à faire triompher la liberté de la double attaque du modérantisme et des faux révolutionnaires ». Arrêté du 18 germinal. Greffe d'Amiens.
Darthé et Denraliez arrivèrent à Boulogne Te J9 germinal, et opérèrent sir-le-champ des arrestations; ils envoyèrent À àrras un premier convoi de quarante-huit prisonniers qui furent écroués aux Baudets le 25 germinal.
Le 26 germinal, Darthé et Demuliez requirent le district de leur fournir les voitures nécessaires pour transporter à Arras le lendemain, à sept heures très-précises du matin, trente & quarante autres détenus. Le district ordonna aux maires des communes voisines de tenir prêts, dès quatre heures du matin, « trois chariots couverts et garnis de paille »; on expédia à huit heures vers la prison des Baudets un second envoi de vingt sept prisonniers qui fut composé en grande partie d'administrateurs destitués.
EnQn, le 30 germinal, la même prison s'ouvrit pour recevoir encore quarante Boulonnais. Plusieurs d'entre eux moururent aux Baudets ou à l'hospice national ; les autres, transférés à l'Abbatiale le 18 prairial, ne recouvrèrent la liberté qu'après le 9 thermidor.
Darthé et Demuliez firent leurs adieux à Boulogne la 37 germinal. Dans une séance publique au Temple de la Raison, ils installèrent les administrai tions par eux réorganisées : district, municipalité, comité de surveillance et tribunaux, « après avoir fait discuter les qualités civiques et morales des nouveaux fonctionnaires par la Société populaire tégénêrée> où les galeries complètement remplies ont été consultées». — Darthé fit un discours à tous les citoyens pour les engager à s'élever à la « hauteur des circonstances et à écarter d'eux tout ce qui avait entravé jusqu'à ce jour la marche révolutionnaire dans cette ville et même dans toute l'étendue du district ».
Darthé et Demuliez, tout en s' occupant d'arrestations, ne négligeaient pas le soin de leur table ; dans la nuit du 24 au 25 germinal, un bateau pêcheur sortit du port de Boulogne sans avoir à bord, conformément à l'ordre du Comité de salut public, des volontaires nationaux. Dénoncé au district,. le patron représenta un ordre des deux commissaires de Le Bon qui l'avaient
DemuUez pois à l'écart, le soin de rédiger F acte d'accusation appartenait à son substitut : mais Gyriaque Garon craignU que Pelti^r »e fut inférieure la tâche et se chargea spontanément die préparer lui-même cet acte si important.
L'audience avait été fixée au 25 germinal (13 avril 1794, lundi de la semaine sainte). Le 24, on annonça ce grand événement à sw de trompe par tous les carrefours de la ville. Le BondînaH chez iu» administrateur du département ; il rencontra parmi les invités un notaire d'Arras : après s'être assuré qu'il avait un certifient de civisme, il le tira vers une croisée et lui dit ; « Peut-être vingt-et-un seront guillotinés demain. Il faut détruire tous les aristocrates 1 . » Après Je dîner, Le Bon se rendit h la Société populaire, et désignant plus particulièrement l'avocat Btauchez au suffrage des jurés, il rappela à l'assemblée « que le lendemain devait passe? au tribunal m individu dont il fallait se défier, parce qu'il avait de l'esprit par-dessus le beffroi ; qu ton travaillait, depuis trois semaines, à le solliciter pour avoir sa liberté ; mais que »i quelqu'un échappait, il espérait que ce ne serait pas lui ? . »
Vers huit heures et demie du soir, le représentant fit appeler Gyriaque Caron chez Galand, secrétaire du département. Dès que Caron fut arrivé, il examina avec soia le re* gistre de M me Bataille dont on cherchait à attribuer l'écri-** tune à Dauçbez. Le greffier Leserre, consulté, proposa d'aller chercher des pièces de comparaison; ce qu'il fit en compagnie 4e Oalaud, Le résultat de la vérification fut en-'
envoyé en mer pêcher des huîtres à leur intention. (Arch. départ.) — DemuUez, après le 9 thermidor, affirma que Tordre avait été donné à son . insçu par Darthô seul; et n'était signé que de lut < Cet esclave, dit-il, voulait envoyer des huîtres an satrape Joseph Le Bon *, (Dérouliez à l'opinion publique, Imprimé.) 1. Procès, t. I, p. 45.
?. Procès, t. Il, p. 33,
tièrement négatif i . Le Bon congédia alors le greffier et demanda à Garon de lai lire l'acte d'accusation; il trouva qu'il « ne valait rien du tout ». Pour le renforcer, il rédigea luimême, à onze heures du soir, un arrêté spécial dont il ordonna, à l'imitation de ce qui s'était passé dans le procès de Danton, que lecture fut faite à l'audience. Il prit soin du reste de donner à ce document l'antidate du 12 germinal : c'était le 12 germinal qu'il avait signé l'arrêté qui accompagnait l'envoi des pièces à l'accusateur public. Afin de rendre l'illusion plus complète et d'empêcher qu'on ne regardât le nouvel arrêté comme fabriqué tout exprès pour les besoins de la cause 2 , Le Bon y laissa subsister les noms de M. Arrachart, décédé, de MM. Blanquart et d'Hendecourt, exécutés le 16 germinal, et de divers prévenus : M mea Lesoing, Corrége, Cornier, De Hay, contre qui il n'avait pas jugé à propos de suivre :
« Au nom du peuple français, Joseph Le Bon, représentant du peuple dans les départements du Pas-de-Calais et circonvoisins,
« Après avoir pris lecture d'une pièce trouvée chez la nommée Dambrines, veuve Bataille, où plusieurs individus sont compromis ;
« Après avoir lu les interrogatoires subis par ladite Bataille et ses adhérents, où l'on remarque les efforts du crime découvert pour échapper à la justice nationale ;
« Considérant que, £ous le nom Desamusoir, ladite Bataille a reçu plusieurs lettres contre-révolutionnaires, notamment des ci-devant prêtres de Saint-Jean, émigrés, comme on peut en juger par les dates et par les lettres initiales des signatures ;
« Considérant que, sous le nom de son mari ou de son frère, ladite Bataille a conservé des lettres infâmes, où l'on lit, entre autres phrases inciviques, le passage suivant :