Procès, t I, p
« Es-tu tranquille dans ta patrie? La paix y règne-t-elle? cette paix si désirable et si fort troublée dans tant de pays, nous la conservons encore dans nos foyers, malgré la société des amis de la Constitution, c'est-à-dire les plus déterminés aristocrates et les plus lâches scélérats qu'on puisse connaître; leur lâcheté les contient dans une réserve timide; ils trament tous leurs complots dans les ténèbres. Tu sens que j'entends par aristocrates les enragés, car ce sont là les vrais et seuls aristocrates; mais jusqu'alors ils ont été déjoués par la coalition des citoyens de cette ville, qui sont inviolablement attachés aux principes monarchiques, et fidèles à jamais à leur Roi, etc., etc.
« Considérant qu'elle a également conservé plusieurs écrits aristocratiques et une chanson horriblement royaliste dont les caractères sont de sa main;
« Considérant que, non contente de fournir des secours aux prêtres réfractaires émigrés dont il a été parlé ci-dessus, ainsi qu'il est constant par les pièces sous les n°* 2 et 3, ladite Bataille a encore ouvert un registre, à compter du 1 er janvier 1792 jusqu'au mois d'août 1793, où se sont fait inscrire plusieurs individus, jaloux de partager avec ladite Bataille la gloire d'alimenter des scélérats et d'encourager leurs projets parricides contre la République ;
« Considérant que, si des individus portés audit registre on excepte le nommé Boniface, qui peut d'abord avoir été induit en erreur, mais qui depuis l'installation de la municipalité sans-culotte en 1 792 a paru se réunir franchement aux patriotes, tous les autres, tant mâles que femelles, n'ont d'autre réputation que celle d'aristocrates fieffés ;
« Considérant que jamais, en effet, les patriotes n'ont compté parmi eux la veuve Bataille, M lles Caudron, De Gouy, Joncqué, Lesoing, Corrége, De Bunneville sœurs, Cornier, Bâcler sœurs, M mes Toursel, Dauchez, Àrrachart, Théry veuve, Bayart mère, De Hay , Desmazières, Wagon-Caron ; MM. Dau-
chez, Arraofaart, chirurgien^ Degouve, Le Boy d'Hurtebise, Becquet, Gamonet, D'Hendecourt, La Comté, Blaaquart, Blin de Rullecamte et M* 1 " d- Hurtebise ;
« Considérant qu'en vain ces individus- prétendraient aujourd'hui avoir été portés* à-leur insçu sur le registre, ou avoir donné pour tout autre motif que pour l'entretien des prêtres réfractaires émigrés ; que leurs liaisons avec la Bataille détruisent de semblables excuses ; que l'on ne peut prêter à ladite Bataille le dessein d'avoir voulu compromettre des» gens de sa trempe; que d'ailleurs il n'est aucun des individus repris au. dit registre qui n'ait montré par sa conduite un att»* chement constant aux prêtres, ennemis de la Révolution ;
« Considérant que, la» plupart d'entre eux avaient assez de connaissances pour n'être pas dupes de bonne foi,- qu'il y a lieu surtout de s'étonner, en rencontrant sur une pareille liste un avocat Dauehez, dont les talents devaient servir la cause de la Liberté et non celle de l'aristocratie ; que cependant ledit Dauehez a préféré ce dernier parti an triomphe des principes de la sainte Égalité; que sa femme, dont il aurait dû arrêter les transports fanatiques, aété une des plus tenaces dans le paiement coupable des prêtres émigrés ;
« Considérant qu'en vain, dans ces derniers- jours, ledit Dauehez a fait quelques- singeries de patriotisme, afin d'échapper, s'il était possible, à l'arrestation qui le menaçait; que ses prétendus traits de patriotisme décèlent plus que toute autre chose ses rapports avec les aristocrates^ et qu'en découvrant L'argent de Velu Couronne!, il n'a fait q^e prouver ses- liaisons intimes avec ce guillotiné et ses senn* blables ; considérant que par des pièces trouvées subséquemment chez la nommée Arraehart, ladite Arrachait et s» fille sont plus particulièrement prévenuesde correspondance» criminelles ;
ce Considérant que, par une autre pièce, il conste que, mat 2 '
gré la loi qui proscrivait les prêtres réfracterire& et leurs receleurs, les nommés Le Boy d'Hurtebise etBlin de Bullecomte ont eu l'impudeur de servir de témoins à un mariage illégal, célébré au mois de juin 1793 par un de ce* prêtres abominables, et d'engager par là les nommés Poulain et Françoise Colin à mépriser les lois et à se laisser marier par un monstre qu'ils étaient tenus de dénoncer;
« Arrête que tous les individus mâle» et femelles, ci-dessus mentionnés seront, à la diligence de L'accusateur public, traduits sans délai au tribunal* révolutionnaire séant en cette commune ; auquel effet les pièces à leur charge seront de suite adressées à l'accusateur, qui* en certifier a réception;
« Arrête en outre que le présent sera* lu auxijurés> immédiatement après l'acte d'accusation.
« A Arras, ce 12 germinal, an II de la Bépublique une et indivisible. — Le représentant du peuple;,. Joseph Le Bon ' ».
M me Bataille et se&' co-accusés détenus aux Baudets, à lHôtel-Dieu et à la Providence , se demandaient, remplis d'anxiété, à quel résultat aboutirait l'instruction commencée contré eux. Le 23 germinal (12 avril), îl& apprirent que l'heure* suprême était proche. L'huissier Mouret vint leur signifier la liste des jurés devant lesquels ils auraient à comparaître:
« Liste des jurés de. jugement du tribunal criminel et révolutionnaire du département' du Pas-de-Calais séant à Arras sortis parle sor et qui serviront dans» les procès qui seront jugés à la troisième décade de germinal.
1 Le Blond., à Arras.
2 Caubrière, id.
1 . c Lu par le greffier du tribunal criminel et révolutionnaire établi à Arras; audience tenante, le 25 germinal an II de la République française une et indivisible. LESERRE. »— 2 e Censure, p. 34; Procès, t. Il, p. 69, et Greffe d'Amiens.
3 Boizard, à A iras.
4 Bacque ville, id.
5 Pain, id.
6 Armand, à Calais.
7 Jouy, à Arras *.
8 Miennée, à Saint-Pol.
9 Lamoral Vasseur, de Saint-Pol, à Arras.
10 Danten, au Petit-Saint-Pol, à Arras.
1 1 Baguenet, à Hesdin.
12 Gosse, piquenr, à Arras.
Adjoints :
Le Blond, à Ligny-sur-Canche.
Joseph Helle, à Saint-Pol.
Tassin, à Arras.
Certifié véritable par le greffier dudit tribunal soussigné; signé Leserre. — Pour copie. »
« L'an deux de la République française une et indivisible, le vingt-trois germinal, sur les cinq heures après-midi, moy Louis-Joseph Mouret, huissier du tribunal criminel et révolutionnaire du département du Pas-de-Calais, séant à Arras, demeurant à Arras, soussigné, ai notifié à Hector Gamonet, accusé détenu en la Maison d'arrêt dite de F Hôtel-Dieu, audit Arras, amené entre deux guichets, et parlant à sa personne, tant pour luy que pour Antoine-François Le Roy dit d'Hurtebise ; François-Ghislain Boucquel- dit La Comté ; Jean -Baptiste -François -Xavier Dauchel, homme de loy ; Jean-Baptiste-Hubert Boniface et Vindicien Blin, détenus en
1. « Demuliez dit que par un événement qu'il n'a pu comprendre, Jouy, qui n'était pas sur la liste des jurés, siégea néanmoins en cette qualité » dans l'affaire de Mme Bataille. Procès de Le Bon, déposition de Demuliez. — Jouy (François-Auguste), fils d'un brasseur, s'était enrôlé dans un bataillon de volontaires. Arrivé à Liège, il avait abandonné les drapeaux. Le 23 ventôse, Le Bon l'avait fait entrer au conseil général de la commune. — D'après l'annotation écrite de la main de Le Bon sur le registre de ses arrêtés en marge de la liste des jurés, Jouy remplaçait comme juré Honoré Vallé, de Saint-Omer.
la dite maison d'arrêt, copie de la liste des jurés du juré de jugement cy-devant transcrit, ensemble le présent exploit pour double, avec déclaration qu'ils ont la faculté de racuser les jurés qui la compose dans les vingt-quatre heures, aux peines de droit, à ce qu'ils n'en ignorent tous; Mouret * ».
La même signification fut faite, avant le soir, dans les autres prisons.
Dans la matinée du 25 germinal (14 avril), vingt-deux accusés, entourés d'une force armée considérable, furent amenés au tribunal révolutionnaire. L'huissier Taquet marchait en tête du convoi funèbre : « il semblait présider à une fête ; il était coiffé d'un bonnet rouge sur lequel on lisait : Liberté ou la mort. — La masse des habitants d'Arras, qui se trouvaient en foule sur leur passage, ne laissaient paraître aucun signe d'approbation : loin de là, ils étaient consternés, pénétrés de douleur ».
Déjà on avait conduit à l'audience M m * Dauchez, enlevée à ses enfants vers huit heures du matin, et M. Becquet de Cocove qu'on avait été obligé, tant il était malade, d'étendre sur un matelas 2 . M. Degouve de Nuncques manquait à l'appel ; il était sur le point d'expirer 3 . Un grand nombre de curieux accourus de la ville et des villages voisins encombraient l'auditoire ; Joseph Le Bon, les chefs d,u parti démagogique et leurs « épouses » occupaient une des tribunes ; le représentant Duquesnoy s'assit dans l'enceinte réservée, en face des accusés.
A dix heures l'audience s'ouvrit. Beugniet présidait ; il avait pour assesseurs Marteau, Cyriaque Caron et Ferdinand- François Caron. Peltier occupait le siège de l'accusateur public. Les jurés dont les noms avaient été signifiés aux prévenus prirent place à leur banc. Quand le président eut demandé les noms et prénoms des accusés, le greffier fit