Procès, t. I, p
2. Les victimes immolées le 25 germinal furent inhumées dans le nouveau cimetière d'Arras. — Conseil général de la commune, séance du 24 germinal : « L'assemblée arrête qu'il sera écrit à l'accusateur public pour l'inviter à donner des ordres pour faire conduire dans le nouveau cimetière les cadavres de ceux qui pourront être exécutés demain ».
Ainsi la Révolution donnait au nouveau cimetière une véritable çpnsécra* tion,
qui lui dit : « Le Bon n'y est pas ; e$-tu coivwmcu, è présent * ? »
Les jurés avaient gagné leur logis. Plusieurs d'entre aux logeaient chez Mercier, aubergiste, rue du Contrat-Social. « J'entendis reprocher à Baguenet, dit Mercier, de n'avoir pas voté la mort de Dauchez. Il était nuit. Ils couchaient au-dessus de ma chambre. Tout d'un coup, j'entendis un grand bruit : je montai, et je vis Miennée, santé sur Bague-* net, chercher à l'étrangler. Je crois qu'il l'eût fait sans moi 2 . »
Pendant ce temps, une scène encore plus significative se passait rue des Agacbes. C'était jour de liesse pour les patriotes : avant l'audience, un notaire, administrateur du dis» trict, avait donné à déjeuner à Duquesnoy; un des convives, notaire et officier municipal, avait & son tour invité à souper le conventionnel et ses amis. La réunion fat nombreuse quoique improvisée : le département, le district, le conseil gé néral de la commune et le eosmité révolutionnaire y étaient représentés. Duquesnoy fit à Gabriel Le Blond les reproches les plus amers au sujet de son vote; il le traita de feuillant, de modéré, et sans lui laisser le temps de s'expliquer, il lui répéta sa phrase : « Es-tu convaincu , à présent? » Il -déclara du reste que Dauchez était ira aristocrate, qu'il connaissait d'autres faits à sa charge, qu'il le ferait traduire et guillotiner à Paris. Duquesnoy paraissait « avoir pris beaucoup de vin ». Il était « ivre », selon les uns ; « fort échauffé », au témoignage des autres.
« Gaubrière et Galand tenaient à Le Blond des propos trèsforts : « Monsieur Dauchez, en effet, disait Gaubrière, n'est pas un homme à condamner; c'est bon pour ces vieilles /femmes ».
. Jusque-là, Joseph Le Bon avait gardé le silence ; appuyé
let2. Procès, 1. 1, p. 65 et 314.
contre k cheminée, il paraissait soucieux et préoccupé. Il prit la parole : Gabriel Le Blond, suivant lui, aurait dû être convaincu ; l'arrêté lu à l'audience indiquait ceux qu'il fallait frapper : il devait voter comme la majorité. — Attaqué de toute* parts, Le Blond pleurait de colère ; il finit par s'écrier: « Qu'on me traduise au tribunal, je serai victime ! » Le Bon lui répondit : « Le contraire est décidé ». — « C'est mie leçon, interrompit Duquesnoy ; il ftrat être plus ferme et ne pas avetr peur, même quand on a des enftinU. » — « Mais je n'ai pas peur, objecta Le Blond ; qu'on m*enveie< k l'armée attaquera» poste, et l'on verrai »~-~LeBon reprit: « Un homme qui sanrait se battre ne serait petrt*être pas bon à être juré. Il y a eu de la corruption ; il fallait voter contre » . — Le Blond tintferme> et prétendit n'être pas komme à se laisser corrompre, «c Ah ! nous verrons cela, s'écria Le Bon, j'en tiendrai note ; nous verrons si tu l'emporteras sur moi. Jarnil ta perdras ta tète, ou moi la mienne. » — « Oui, ajouta Gaubrière, il y a de la corruption. »~ Enfin Duques~
noy : « Fais-moi f dedans tous ces b -là, dit-il à
Le Bon, ou je me brouille avec toi ». Et en se séparant : « Allons, Le Bon, courage ; va toujours ferme. Npus reviens drons ces jours-ci avec Saint-Just et Le Bas, et ça ira bien phre raide * ».
La plspavt <dea convives t'étaient esquivé»; Le Blond, qui étqit de gaorde cette nuit au comité de surveillance, sortit avec Le Bon pour faire ouvrit à fiuqueanoy les portes de ta ville*. Buquesmy portait pour Paris : oe voyage précipité cachait quelque mystère.
Après le souper, Duquesnoy s'était entendu avec Le Bon pour perdre Dauchez ; il lui avait remis une dénonciation écrite) an& t«me? (te laqjisllç Dftuebe* était aewsé d*a*w
1. Procès, t. i, p. 65,72, J52, 1$6 çt t, \l t p. ?Ç; % % Cw*re, p, 44, et P. J., n* 45 à 50.
empêché des prêtres du district de Béthune de prêter serment et cherché à exciter la guerre civile. Au bas de cette dénonciation, Le Bon avait rédigé un arrêté qui renvoyait le prévenu an Tribunal révolutionnaire de Paris J . Duquesnoy prenait les devants, afin de recommander son client à Fou* quier-Tinville 2 .
Cependant Dauchez, accompagné d'un gendarme, était entré un moment dans sa maison, à demi-mort d'émotion. Le médecin venait de le saigner, lorsque deux soldats de police lui intimèrent, au nom de Le Bon, Tordre de les suivre. « Où me conduisez-vous? » leur demanda-t-il. — « Tu connais la ville ; quand tu seras à la porte de l'endroit où je te conduirai, tu le sauras. »
Dauchez fut écroué aux Baudets. Trois jours après, Joseph Le Bon le tira d'incertitude : « Le district d'Arras est autorisé à requérir le citoyen Deroin, du 27 e bataillon, et deux gendarmes, pour conduire Dauchez à l'accusateur public près le Tribunal révolutionnaire à Paris 8 . »
Conformément à ces instructions, le district remit au citoyen Deroin un mandat de mille livres, et lui enjoignit « de partir, le soir même, à dix heures; de faire le chemin de Paris en trente heures, et de remettre Fhomme et les pièces à l'accusateur public, sur récépissé 4 ». On usa envers Dauchez de précautions extraordinaires; avant de le mettre en voiture, on lui enchaîna le poignet droit au poignet gauche de l'un des gendarmes.
Le Bon regardait la mort du malheureux avocat comme
1. Procès, 1 i, p. 85, 331.— Le Boa déclara, devant le tribunal d'Amiens {Procès, t. i, p. 83) « que sa famille avait des obligations à celle de Dauchez », et que s'il avait renvoyé Dauchez au Tribunal révolutionnaire de Paris, c'était que, « s'il l'avait refusé, Duquesnoy n'aurait pas manqué de le dénoncer au Comité de salut public ».