Arch, munie. Registre aux délibérons de la commune
représentation nationale, dans un moment oft le massacre se prêchait tout haut, il s'était exposé trois fois à la mort pour elles et avait mieux aimé risquer sa tête que de voir couler illégalement une seule goutte du sang de ses concitoyens '? » Peut-être Le Bon a-t-il exagéré le péril auquel il s'était exposé ; mais an document authentique ne permet pas de méconnaître le service qu'il rendit alors à la cause de Tordre :
« Le Conseil général du district, vu la pétition des citoyens Gray et Janson. .. considérant que les motifs exposés dans le procès-verbal de l'assemblée primaire permanente sont de nature à justifier les mesures de prudence employées par la commune de cette ville pour arrêter les effets d'une doctrine anarchique, déclare qu'il ne peut qu'approuver la conduite du maire et des officiers municipaux 2 ».
Ainsi Joseph Le Bon, d'accord avec le conseil général de la commune et se servant habilement du pouvoir souverain de l'assemblée primaire, avait mis obstacle à des prédications anarchiques. Satisfait de ce résultat, il fit sortir de prison les commissaires désorganisateurs, les retint trois jours à leur auberge, prisonniers sur parole, à l'effet de recevoir les dénonciations à leur charge et les fit conduire hors des murs.
Sur ces entrefaites, une nouvelle cause de désordre s'était manifestée : des volontaires fédérés, arrivés à Àrras le 24 septembre, avaient voulu forcer les fournisseurs à accepter en payement une sorte de papier monnaie créé par certaines villes sous le nom de billets de confiance. Joseph Le Bon avait à peine apaisé la première agitation en organisant avec le concours des municipaux Le Blond et Lefebvre l'échange de ces billets contre des assignats, que des cris de vengeance se firent entendre ; ils étaient poussés par des volontaires
1. Lettres justificatives de Le Bon à la Convention, n« XII. — Bibliothèque de M. Dancoisne, notaire à Hénin-Liétard.
2. Arcb. dép. Registre des délib. du district, séance du 2t> sept. 1793.
qui escortaient un officier blessé et un boulanger qui, disaiton, Tayait frappé. Le Bon réclama le silence, et après une discussion tumultueuse il parvint, pour la seconde fois, à rétablir le calme. Le lendemain, le conseil général Tenait d'entrer en séance lorsque des fédérés se jetèrent avec impétuosité et en proférant des menaces dans le sein de l'assemblée. « L'air furieux avec lequel plusieurs d'entre eux accompagnaient des réclamations au sujet du préposé à la manutention fit craindre une insurrection. L'assemblée se détermina alors à une mesure de vigueur qui put en imposer aux malintentionnés, et arrêta qu'aussitôt l'on battrait la générale et que la force publique serait déployée. »
Cette manifestation énergique et la contenance ferme et vigoureuse des six compagnies de grenadiers suffirent « pour contenir des frères égarés ». — Le conseil général du district, sur le compte-rendu de l'agitation qui avait paru menacer la ville, s'empressa « de marquer au conseil général de la commune combien l'administration était satisfaite de l'intelligence et du zèle qu'il avait marqués dans cette occasion * ».
Ces épreuves firent sentir au nouveau maire d'Àrras la nécessité de combattre par quelque moyen l'esprit de désordre qui surexcitait les classes populaires. « Afin de répandre la lumière et les bons principes dans un pays qui avait le plus grand besoin d'instruction », il demanda à Boland des écrits patriotiques. — Le ministre satisfit à ce vœu, mais reconnut bientôt l'impuissance de ses petites
l. « Conseil général de la commune, la tranquillité doucette ville paraissait menacée : secondés par les citoyens armés, vous avez conservé le calme ; vous avez maintenu le règne sacré des lois. Vos premiers pas dans la carrière que vous parcourez sont marqués par des événements difficiles et par une grande fermeté. Nous vous félicitons sur l'heureux augure que présente le commencement de votre administration. »
— co — brochures : lorsqu'il en fit à Arras un deuxième envoi, Joseph Le Bon n'était plus maire; la municipalité, mécontente de ce qu'on ne lui envoyait aucun écrit de Robespierre, répondit à Roland par des injures l .
La modération relative de Joseph Le Bon se manifesta également en dehors de ses actes comme fonctionnaire. Dès la troisième séance de la Convention, une guerre qui ne devait finir que par l'extermination de l'un des deux camps avait éclaté entre les Montagnards, accusés de vouloir la dictature, et les Girondins, suspectés de fédéralisme. Danton, conciliateur, avait fait voter la peine de mort contre quiconque se déclarerait pour la dictature ou chercherait à fonder une République qui ne serait pas une et indivisible. La lutte se renouvela à propos de la garde que les Girondins proposaient d'appeler de tous les départements pour défendre la représentation nationale. Robespierre combattit ce projet. On fit arriver de tous côtés des adresses qui proclamaient l'indivisibilité de la République et s'opposaient à la création de la garde départementale. Guffroy, qui siégeait à la Convention au sommet de la Montagne, sollicita dans ce sens une manifestation de la Société populaire d'Ârras. Joseph Le Bon, empruntant le langage des clubs pour déguiser son opposition à ces désirs, lui répondit le 26 octobre 1792 :
« Au premier moment, la Convention recevra notre adhésion au décret qui abolit la royauté.
« Je me suis opposé à ce qu'on adhérât sans examen au décret sur l'unité et l'indivisibilité de la République.
« Je ne sais pas bien encore ce que je proposerai quant au projet d'uneTgarde des quatre-vingt-trois départements.
1. «Nous nous félicitions de voir que vous oubliiez de nous envoyer vos pamphlets. Nous nous disions : Roland désespère de nous tromper et il cesse
avec nous tous envois Nous ne voulons pas- votre estime, nous serions
honteux de l'obtenir. »
Car, en yérité, les hommes sont de vilains b , et je ne
sais plus à qui me fier; j'ai besoin de discuter avec toute l'impartialité la plus sévère et la plus grande réflexion ; encore n'en trouvé-je pas le temps. Dictateurs ! ô Fayettistes! ô Brissoting ! comme vous me f l'àme à la renverse ! S mille triple gueux I comme je suis en colère * ».
Joseph Le Bon, tout en restant maire d'Arras, fut bientôt chargé de fonctions plus élevées : un décret du 7 octobre 1792 contresigné Danton avait envoyé dans le Nord et le Pas-de-Calais six membres de la Convention « avec des pouvoirs illimités pour y assurer le bon ordre ».Le 19 octobre, trois de ces députés, Jean-Marie d'Aoust (du Nord), Gustave Doulcet (du Calvados) et Ernest Duquesnoy, se présentèrent au conseil général de la commune. « Un des commissaires exposa au peuple présent à la séance « ce qu'il avait le droit d'attendre de ceux qu'il avait choisis pour ses administrateurs et pour ses juges, et l'invita à dénoncer les coupables. Un membre des galeries demanda la parole, et accusa le directoire du département. Divers faits ayant été exposés à l'appui de cette dénonciation et la volonté du peuple étant du reste constatée par le procès-verbal de l'assemblée électorale, les commissaires annoncèrent au conseil général et au peuple qu'ils allaient consulter le procès-verbal déposé aux archives du département et faire ensuite tout ce qu'ils trouveraient utile au bien général. »
Le sort des administrateurs dénoncés ne pouvait être douteux : D'Aoust, Doulcet et Duquesnoy déclarèrent au conseil général du département qu'ils étaient chargés de « recueillir les plaintes du peuple qui était tout depuis que la Convention avait déclaré la République », et se firent représenter le procès-verbal de rassemblée électorale, les arrêtés incriminés et la liste des émigrés. Dans la soirée, ils