‹ Le Terreur dans le Pas-de-Calais et dans le Nord Histoire de Joseph Le BonChapitre 31 sur 185 · Guffroy, Censure républicaine. \jv · texte numérisé non relu

Guffroy, Censure républicaine. \jv

2. Le traitement du bourreau fut élevé de 2,400 à 4,000 livres.

Ce fût en juin 1793 que le tribunal criminel du Pas-de- Calais commença à juger révolutionnairement. Du 24 juin an 24 août, il prononça sans jnry sur le sort de quinze accusés. Il en acquitta sept ', en condamna quatre à la déportation et quatre à la peine de mort.

Les condamnés à la déportation furent : Georges Lanthiez, chasseur au 6°"; il avait dit chez Nicolas Lefetz, marchand de vin : « Oui, je suis royaliste et le serai toute ma vie » ; — Vindicien Lefebvre, cordonnier au Petit-Remy ; il avait tenu ce propos : a Si tous les hommes de mon parti étaient comme moi, il y aurait une émeute avant le soleil couché » ; — Philippe Caron, receveur à Lierre, jugé à Béthune en l'église Saint-Barthélémy : « Le Roi est mort , avait-il dit , nous avons des rois sans nombre à présent » ; et il avait ehanté : « Le jour de honte est arrivé » ; — Lefebvre, no-" taire à Samer, jugé à Boulogne ; il avait voulu s'opposer au départ d'une voiture de fourrage requise pour l'armée. « Faisons une révolte, s'était-il écrié ; f en bas la République. »

Le 26 juin, on amena devant le tribunal criminel, siégeant dans l'église des Sœurs grises à Saint-Pol *, Louis Morgan (27 ans, né à Chfelers), ci-devant clerc à Écliroeux, chasseur

1. Parmi les prévenus acquittés, Nicolas Proost, ancien greffier du Parlement de Flandres, fermier à Haisne, et Philibert Louy, fermier à Noyellessous-Lens, furent maintenus en arrestation. Philibert Louy avait été dénoncé par le secrétaire général du département , comme « se faisant un devoir de recevoir chez lui la fleur de l'aristocratie, c'est-à-dire les prêtres * réfractaires, admettant chaque jour à sa table cinq à six de ces êtres malfaisants, ayant fait appeler deux notaires pour verbaliser contre l'installation du curé constitutionnel, et conserver l'aristocrate Louvier, dernier monstre ecclésiastique qui ait infecté le presbytère de Noyelles-sous-Lens. »

2. Demuliez avait requis le procureur syndic de Saint-Pol « de faire préparer un local assez vaste pour que le peuple pût assister aux opérations du tribunal et se convaincre de ses propres yeux avec quelle énergie on punissait les ennemis de la République, et de disposer dans ce local une table assez grande pour placer quatre juges, une autre à droite pour l'accusateur public, et une à gauche pour le greffier. » — (Arch. départ.)

— i03 — au 12 m *. Il avait offert deux liards à des enfants pour les engager à crier : Vive le Roi ! Dénoncé par le district de Saint~Pol, Morgan prétendit vainement qu'il n'avait agi ainsi que pour s'assurer si ces enfants étaient patriotes ; vaine* ment il protesta de son patriotisme et de son attachement aux lois de la République : le tribunal, « considérant que la loi ne lui permettait pas de faire grâce, quelques considérations qui se présentassent en faveur de l'accusé », reconnut l'existence du fait et appliqua la peine.

Un brigadier de hussards, Simonin, dit l'Amitié (24 ans), avait été dénoncé par le comité de surveillance d'Arras pour avoir dit au cabaret : « Je viens de chanter une chanson démocratique : je vais en chanter une aristocratique ». Parodiant l'air : Vive le vin, vive l'amour, il avait chanté : Vive le Roi ! vivent les Princes ! 11 avait ensuite porté un toast à la santé du Roi. Simonin fut condamné à mort le 3 juillet et exécuté à sept heures du soir sur la Petite-Place d'Arras. — Les administrateurs du département informèrent la Convention de cet arrêt. « Voilà, direntils, comme nous traitons dans notre département les royalistes ». — Applaudissements. — [Moniteur du 9 juillet *).

Charles Curel, cadet volontaire en Amérique, lieutenant au régiment de Grammont-cavalerie, servait comme caporalfourrier au 4 e bataillon belge. « J'aimerais mieux, avait-il déclaré en présence de plusieurs témoins, servir le Roi que la République, je suis pour le Roi, et non pour la République. » Condamné à mort le 5 août, Curel monta sur l'échafaud le surlendemain, à sept heures du matin.

M. Jean Poulain (60 ans), né dans les environs de Verdun, chanoine de la cathédrale d'Arras depuis 1758, avait été

1. Le 27 juillet 1793, un membre du département représenta < que l'échafaud servant à la guillotine se trouvant exposé sur le marché sans être monté, la chaleur allait le mettre hors d'état de servir ; » le conseil ordonna de transporter l'échafaud dans les bâtiments du collège.

arrêté le 4 janvier 1 793 en sa maison du Cloître, comme suspect d'émigration.

Les émigrés, bannis à perpétuité du territoire, étaient punis de mort s'ils venaient à rentrer en France. Tout Français qui, absent du lieu de son domicile, ou même actuellement présent, mais s'étant absenté depuis le 1 er juillet 1789, ne justifiait pas d'une résidence non-interrompue en France à partir du 9 mai 1 792, était passible de la même peine. Le directoire du département formait la liste des émigrés et statuait définitivement sur les réclamations de ceux qui s'y trouvaient portés. Une fois un émigré saisi , l'accusateur public près le tribunal criminel le faisait comparaître à l'audience, en présence de deux témoins dont le civisme était connu et qui constataient l'identité du prévenu avec la personne déclarée émigrée. Les juges n'avaient alors qu'à prononcer la condamnation à mort. Si le prévenu demandait à faire valoir quelque moyen de défense, le tribunal le renvoyait sur-le-champ au directoire du département qui statuait (loi du 28 mars 1793).

M. Poulain avait passé plusieurs moi£ dans la prison du Rivage où Demuliez le laissait oublier, lorsque, le 16 août, à l'instigation du juge Garon, on fit au département le rapport des pièces qui le concernaient. Le directoire « considérant que iï après son aveu, il avait été à Bruxelles, depuis le 5 ou 6 septembre 1 792 jusqu'au 9 ou 10 du même mois ; qu'aux termes de la loi du 26 novembre il devait sortir de France dans la quinzaine; qu'il avait enfreint, ce délai passé, la loi du bannissement, le déclara émigré rentré au mépris de la loi et le renvoya au tribunal criminel ».

M. Poulain voulut présenter quelques observations au tribunal ; il fut ramené au département : « Pouvez-vous, lui dit-on, justifier de votre résidence? » Il répondit que la preuve lui serait bien difficile puisqu'il était en prison depuis sept mois. S'il avait quitté un moment le territoire

de la République, c'était par frayeur et non par mauvaise intention. Il ignorait du reste les dispositions de la loi du 26 novembre et l'époque où elle avait été promulguée ; d'où il concluait à être expulsé du territoire de la République. — Le directoire déclara cette réclamation tardive, et attendu que Y aveu du prévenu rendait le fait constant, passa à Tordre du jour.

M. Poulain ne fut ramené à l'audience que le surlendemain. Son identité reconnue, il fut condamné à mort. Après la lecture de son arrêt, on le vit s'élever et s'approcher de Dcmuliez qui lui dit : « J'ai fait ce que j'ai pu ». — M. Poulain, martyr de la vérité, fut exécuté le jour même, à trois heures de l'après-midi.

Ainsi l'échafaud révolutionnaire s'était dressé quatre fois dans le Pas-de-Calais, lorsque, le 9 août 1 793, la Convention confia à Le Bon sa première mission, et l'adjoignit, en remplacement de Chabot, au citoyen André Dumont, envoyé dans la Somme et dans les villes du littoral : Boulogne et Montreuil. Les deux représentants parcoururent le département de la Somme et firent çà et là quelques arrestations. Le 25 août, arrivés à Montreuil, ils ordonnèrent la translation à Doullens de quatorze citoyens arrêtés la veille par ordre d'Asselin, administrateur du département '.

Le Bon, laissant son collègue continuer seul ses opérations à Boulogne, s'était rendu à Saint-Pol où il se proposait de passer en famille quelques jours de congé, lorsque, le 25 août, on vint au milieu de la nuit lui apporter des nouvelles inquiétantes : à l'occasion de la levée d'une armée révolutionnaire confiée dans le district de Saint-Pol à l'ad* ministrateur du département Darthé, un rassemblement séditieux, formé près de Pernes, s'était étendu à plusieurs

l. Ces détenus étaient MM. le baron de Torcy, du Tertre, ancien major, de Moyencourt, de Fresnoye, de Guéroult pèreet fils, deRougeat père et fils, de Hames, de Bryas, de la Lanne et Cornu son domestique, des Essars et de Cossette.

— lOft — villages. Sur-le-champ Le Bon partit pour Ârras. Il trouva en séance ses anciens collègues, leur fit part des événements qui ramenaient et leur dit qu'il allait se rendre auprès des représentants en mission à l'armée du Nord, afin de prendre avec eux les mesures nécessaires à l'anéantissement des factieux. Le conseil d'administration vivement ému enjoignit à Merlin, l'un de ses membres, et au secrétaire général Galand d'accompagner Joseph Le Bon. Le jour même, les représentants du peuple, Collombel et Letourneur, lui conférèrent les pouvoirs dont il manquait à Saint-Pol.

« Nous, Représentants du peuple envoyés près de l'armée du Nord, instruits qu'il se forme un rassemblement de contre-révolutionnaires dans les bois de Pernes, et qu'il est de la dernière importance d'arrêter le mal dans sa source, arrêtons ce qui suit :

« Art. 1 er . — Nous autorisons le citoyen Le Bon, notre collègue, à se concerter avec le département du Pas-de-Calais pour diriger des forces contre les rebelles qui forment des attroupements dans les divers points du Pas-de-Calais ;

« Art. 2. — A requérir la force armée près des généraux dont les divisions seront le plus à portée des lieux de rassemblements, ainsi que la garde nationale, et à les poursuivre avec la plus grande vigueur, et k employer les mesures les plus sévères contre les brigands '. »

Tandis que Le Bon prenait ses mesures et emmenait avec lui six cents hommes du 2 e bataillon de la Somme et de la garde nationale, Darthé, de concert avec le district, dirigeait sur Pernes la majeure partie des gardes nationaux de Saint- Pol, dépéchait une ordonnance au commandant du 3° chas seurs en cantonnement à Frévent et demandait à Béthune. à Aire, à Hesdin, des forces imposantes munies d'artillerie Les instructions de Darthé avaient été devancées ; dés le 25,

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