Archives do l'Empire
à dix heures du soir, le général Ferrand ! avait marché à la tête d'une brigade vers le théâtre de la rébellion. Arrivé à Lillers, Ferrand apprit par le maire de cette ville, qui avait envoyé des patrouilles à Pernes, que tout était calme et dans Fêtât le plus rassurant : il continua sa route sans rencontrer d'obstacle. À son approche, annoncée par le canon, les paysans prirent la fuite et se réfugièrent dans les bois. Darthé, de son côté, avait ordonné sur son passage l'arrestation des partisans présumés de l'insurrection, de leurs femmes et de leurs enfants. Sa jonction opérée avec Ferrand, il cerna les bois de Sachin, d'Aumerval et de Nédonchel; on y trouva non des armes, mais « du, bétail, différents meubles et effets des révoltés » . On saisit au moins trois cents fugitifs ; on en massacra dix à douze, et la victoire fut d'autant plus heureuse que, de douze mille hommes mis sur pied, aucun ne reçut la moindre blessure 2 .
Arrivé sur les lieux quand tout était terminé, Joseph Le Bon chercha sa part de gloire dans la promptitude et la vigueur du châtiment. Il adressa de Nédonchel « à tous les bons citoyens de Nédonchel, Pernes et les environs » une proclamation destinée à faciliter l'instruction judiciaire :
« Vous êtes invités et même requis -de vous trouver demain, huit heures du matin, à Saint-Pol, pour y déposer ce que vous pouvez savoir au sujet des révoltés. Quiconque se refusera à cette démarche et sera reconnu avoir été instruit des circonstances de la rébellion en sera réputé complice et puni comme tel.
« Les généraux, officiers et soldats sont également requis de donner par eux-mêmes et de procurer d'ailleurs tous les
1. Le citoyen Ferrand venait d'être nommé général par Duquesnoy et Le Bas, en remplacement de Chalain, destitué sur la plainte du district et emprisonné à Arras.
2. Rapport de Baudet, adjudant de place à St-Venant (2e Censure, P. J., n f 23). — Rapport de Darthé à la Convention {Moniteur du 3 septembre).
renseignements qui leur ont été ou pourraient leur être communiqués ! . »
Joseph Le Bon était sûr de trouver des témoins à charge : il donna ordre au procureur-syndic du district de « faire disposer de suite l'église paroissiale pour le tribunal criminel », et requit le département « d'envoyer sur-le-champ la guillotine à Saint-Pol ».
On amena devant leurs juges « les scélérats qui avaient voulu faire du département une nouvelle Vendée ». — Jacques Bins, laboureur, et Augustin Grimbert, tonnelier, furent traduits les premiers. Le tribunal, présidé en l'absence d'Herman par le plus ancien juge, Siraonis, constata, sur la déposition de dix-huit témoins , que, le dimanche 25 août, des rassemblements s'étaient formés au village d'Amettes et ès-lieux circonvoisins ; que plusieurs citoyens avaient été contraints de substituer des morceaux de buis à leur cocarde tricolore et de livrer leurs armes : il vit dans ces faits une émeute contre-révolutionnaire et condamna Bins et Grimbert à la peine de mort 2 . *
Cette mise en train encouragea Le Bon. Le 28 août, il instruisit les représentants du peuple, les administrateurs du Pas-de-Calais et les « bons citoyens » de la ville d'Arras, des moyens qu'il avait employés pour assurer la marche de la justice.
« La guillotine attend impatiemment son gibier; les juges