Archives de l'Empire
explications produites devant le conseil général non-seulement que les commissaires de la municipalité d'Aire s'étaient plaints sans raison, mais qu'ils avaient des torts graves à se reprocher : ils avaient, en effet, sollicité auprès d'Élie Lacoste F autorisation de requérir dans les communes voisines, sans l'intermédiaire du district, les subsistances qui leur étaient nécessaires, « ce qui heurtait la hiérarchie des pouvoirs». Le département disculpa le district et renvoya néanmoins la municipalité d'Aire à l'exercice de ses fonctions. — Au moment où ce conflit était signalé au Comité de salut public, les citoyens Caubrière et Barbet accouraient d'Arras pour lui dénoncer, au nom de la Société populaire, une société centrale montagnarde 'que l'on cherchait à fonder entre les clubs du Pas-de-Calais, du Nord et de la Somme *. — Les registres du département et du district ne révèlent aucun autre fait qui ait pu servir de prétexte à l'arrêté du comité de salut public. Au surplus, suivons Le Bon dans l'exercice de sa mission ; nous verrons que les périls qui l'avaient motivée étaient imaginaires.
Joseph Le Bon arriva à Arras le 11 brumaire (1 er novembre 1793). A peine avait-il déposé sur le bureau du département l'acte qui renfermait ses pouvoirs, qu'il ordonna l'arrestation de trois membres de la société populaire de Calais : « Joly, canonnier, président, Clarigny, secrétaire, et Faudier, ministre du culte, prévenus d'avoir cherché à exciter une scission funeste entre les sociétés républicaines du département ».
Ce premier soin rempli, Le Bon s'occupa des comités révolutionnaires et de l'exécution de la loi des suspects. Il trouva que les comités qui s'étaient formés dans les com-
1. Le 26 vendémiaire (17 octobre), ies députés des sociétés populaires des différents départements réunis à Arras avaient invité la municipalité à les loger. Le conseil général de la commune mit à leur disposition le pavillon du Petit-Louvre, rue du Vent-de-Bise. (Arch. munie.;.
mîmes rurales ne remplissaient pas le but de leur institution. « Considérant que, dans le plus grand nombre des communes de campagne du district d'Arras, il était impossible de trouver sept bons républicains , indépendants de l'influence des riches et des fermiers », il arrêta que , jusqu'à nouvel ordre, le comité de surveillance d'Arras « étendrait sa vigilance sur toutes les parties du district ' ».
À défaut de maisons d'arrêt suffisamment spacieuses, les suspects avaient d'abord été gardés à vue dans leurs demeures ; un sentiment d'humanité avait porté le comité de surveillance à proroger en faveur des femmes cette situation provisoire. Joseph Le Bon, choqué d'une telle tolérance, y mit fin par un arrêté : ,
« Considérant que des femmes suspectes de la ville d'Arras sont simplement gardées à vue dans leurs maisons, sous prétexte qu'elles doivent des soins à leurs enfants; que cette demi-mesure n'empêche point la communication de ces femmes avec d'autres personnes et laisse par conséquent le mal sans remède ; qu'au surplus il est possible de procurer aux dits enfants les secours nécessaires et une éducation meilleure que celle de parents aristocrates et fanatiques ; arrête que les femmes suspectes gardées à vue chez elles seront sur-le-champ conduites en une maison d'arrêt, et que leurs enfants seront élevés à leurs dépens, s'il 7 a lieu, dans la maison de l'Égalité 2 . »
Dans la même journée Le Bon, en compagnie de Demuliez et de Garlier, entreprit une promenade civique à Beaurains. Les habitants de ce village s'étaient signalés en accueillant fraternellement, le 16 octobre, une colonne de l'armée du Nord harassée de fatigue. Le*Bon, qui déjà avait fait leur éloge à la tribune de la Convention, se présenta à