‹ Le Terreur dans le Pas-de-Calais et dans le Nord Histoire de Joseph Le BonChapitre 43 sur 185 · Censure > p · texte numérisé non relu

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Mnt-Pel, le 29 brumiie* « Joseph Le Bon au district de Saint-Omer.

« Je reçois, à trois heures et demie du soir, le courrier que vous m'ayez expédié avec deux lettres à mou adresse.

« Yous savez «sans doute que le juge de paix de Calais, requis par moi de continuer ses recherches à la douane, 7 a trouvé une caisse contenant quatre mille cinq cents poignards ; un courrier en porte la nouvelle au Comité de salut public.

« Du, courage donc, de Y énergie; il en est plus besoin que jamais; ne laissez en liberté aucun riche, aucun homme d'esprit qui ne se soit prononcé fortement et de bonne heure pour la Révolution ' ».

Le Comité de salut public avait prévenu les désire de Le Bon en lui lâchant la bride. Le 26 brumaire (16 novembre), répondant à une consultation que lui demandait son agent dévoué sur les effets de l'amnistie prononcée par la loi di 14 septembre 1791, il lui avait réitéré ses précédentes instructions :

* Le Comité de salut public, citoyen collègue, vou$ observe qu'investi de pouvoirs illimités vous devez prendre dans votre énergie tontes les mesures commandées par le salut de la chose publique. Continuez votre attitude révolutionnaire. L'amnistie prononcée lors de la constitution capétienne et invoqiiçe par tous le$ scélérats est un crime qui ne peut en couvrir d'autres ; les forfaits ne se rachètent pas contre une République ; ils s'expient sous le glaive. Le tyran l'invoqua , le tyran fut frappé! Vous pouvez, vous devez même faire acquitter par la Trésorerie les frais de voyage des députés qui sont venus dénoncer les projets fédé-

1, 9» Censure, p. 194.

ralistes l ; les dénonciateurs ont bien mérité de la nation* « Déjà les conspirateurs s'arment de nouveau contre elle ; le Comité de salut public est instruit que le projet infernal de livrer les places de première ligne existe; portez l'œil de la surveillance sur tous les points, depuis Dunkerque jusqu'à Maubeuge. Le centre de ces intelligences paraît être Douay; dirigez sur Douay l'activité de l'observation. Souvenons-nous de. Givet et des trahisons ; secouez sur les traîtres le flambeau et le glaive ; marchez toujours, citoyen collègue, sur cette ligne révolutionnaire que vous décrivez avec énergie. Le comité applaudit à vos travaux. Salut et fraternité. — Barère, Carïïot, Billaud-Varemnes 2 ».

Pendant la journée qu'il avaikpassée à Saint-Pol, Le Bon avait arrêté que les certificats de civisme délivrés dans l'arrondissement seraient visés par deux membres du comité de surveillance, et que ce comité ferait toutes les arrestations que négligeraient les autres comités du district! Il avait lui-même requis l'arrestation du curé de Frévent, « prévenu d'avoir voulu attiser le feu ^lu fanatisme en s'élevant contre la lettre du représentant Dumont qui qualifiait d'arlequinades les singeries des prêtres 3 ».

Confirmé dans ses pouvoirs illimités, Joseph Le Bon prit à Hesdin ce les mesures commandées par le salut de la chose publique » : il destitua ua administrateur du district de Saint-Pol et le remplaça par le citoyen Duflos, ex-prêtre, qui avait déclaré « avoir été longtemps induit en erreur et y avoir induit les autres ». Il enjoignit au procureur-syndic de Béthune d'arrêter sur-le-champ le curé de Carvin et ses trois vicaires, « prévenus d'avoir voulu empêcher dans leur

1. Le 18 brumaire, le conseil général du département flt remettre à Caubrière et à Barbet six cent vingt-deux fivres dix sous pour les frais de leur voyage à Paris.

2. 2e Censure, P. J. n° 26. — Joseph Le Bon dans sa vie privée, p. 363. 1. Arrêté du 27 brumaire. (Àrch. départ.)

commune le triomphe de la raison et de la philosophie sur tes sottises dites religieuses. » Il ordonna que « les individus soumis soit au recrutement de mars 1793, soit à la réquisition du mois d'août suivant, qui s'étaient jetés dans ce qu'on appelait jadis l'état ecclésiastique, se rendissent sur-le-champ au directoire de leur district respectif pour se faire incorporer dans un bataillon â ». Il autorisa enfin le tribunal criminel du Pas-de-Calais, qui prit, à partir de ce jour, le nom de Tribunal criminel et révolutionnaire , à rester en permanence et à juger révolutionnairement tous les délits contre la chose publique, de quelque nature qu'ils fussent (29 brumaire- 19 novembre).

Joseph Le Bon cherchait sans doute à associer plus complètement les chefs du despotisme conventionnel aux crimes qu'il allait commettre et à couvrir ainsi sa responsabilité personnelle. Le 29 brumaire (19 novembre), il écrivit au Comité de salut public 3 :

« J'étais digne, j'ose le croire, de recevoir la lettre que vous m'avez écrite. Vous me livrez à mon énergie révolutionnaire ; eh bien, rien ne m'arrêtera pour le salut de la patrie ! Malheur aux traitres, aux dilapidateurs, aux prévaricateurs de toute espèce ; leurs têtes vont tomber comme la grêle.

« Dans ce moment, le tribunal criminel, composé de vigou-

1. Archives départementales. —Ces arrêtés n'étaient pas lettre-morte. Le 7 pluviôse (21 janvier), «Joseph Le Bon requiert l'agent national près le district de Saint-Omer, sous sa responsabilité (et ce mot ne sera pas illusoire), de faire partir sous les trois jours pour les frontières tous les prêtres non mariés, âgés de moins de vingt-cinq ans, qui n'auraient pas encore obéi à l'arrêté du 18 brumaire. » — (Arch. dép.).

2. s™ Censure,. P. J., n* 6. —Nous avons fait collationner aux archives de l'Empire les lettres de Le Bon au Comité de salut public citées soit dans la 2 e Censure de Guffroy, soit dans le Rapport de Courtois à la Convention sur les papiers trouvés chez Robespierre. Nous publions, avec la note Archive* de PEmpire, les lettres de Le Bon au Comité qui sont entièrement inédites.

reux sans-calottes, est mis en permanence. Il va juger, sans délai, tontes les affaires des citoyens détenus pour autres causes que celle de suspicion ; les formes voulues par la loi seront conservées, lorsqu'il s'agira de délits particuliers ; tous délits contre la chose publique seront jugés révolutionnairement, de quelque nature qu'ils soient.

« J'ai adjoint quatre travailleurs au Directoire du département, dont les forces ne sont pas plus qu'humaines, bien que leur zèle soit infatigable. — Le mouvement imprimé contre la prétraille me parait ne pouvoir être contrarié sans danger. En conséquence, j'incarcère sur-le-champ tous les curés et autres qui s'avisent de blâmer leurs ci-devant confrères et voudraient retarder la marche de la raison et de la philosophie.

« La société d'Hesdin et plusieurs autres auraient besoin du spécifique que j'ai employé à Calais. Partout je trouve des multitudes de clubistes qui jadis traitaient les patriotes de factieux, de scélérats, et les désignaient aux couteaux et aux poignards. Aujourd'hui ces mêmes hommes font des motions prodigieusement républicaines et en imposent aux yeux peu clairvoyants; mais il suffit de les démasquer ; il suffit de rappeler au peuple la loi du 17 septembre sur les personnes suspectes et celle sur le visa des certificats de civisme par les sociétés populaires ; aussitôt le peuple rejette du nombre de ses amis et de ses serviteurs ces hypocrites qui ne se républicanisaient que pour éviter l'arrestation et influencer par leur coupable majorité les délibérations des patriotes invariables.

« Comité de salut public, ne perds point de vue les renseignements que je te donne, et avise aux moyens prompts d'arrêter ce mal qui est général dans la République 1 . »

Pour comprendre le caractère révolutionnaire de l'arrêté

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