‹ Le Terreur dans le Pas-de-Calais et dans le Nord Histoire de Joseph Le BonChapitre 44 sur 185 · H Censure, P. J,,n · texte numérisé non relu

H Censure, P. J,,n

du 29 brumaire et l'importance des changements qu'il apportait dans l'organisation du tribunal criminel d'Arras, il suffit de rappeler qu'aux termes des lois en vigueur ce tribunal ne pouvait juger, sans le concours du jury, que les émigrés, les provocateurs au rétablissement de la royauté et les auteurs d'émeutes contre- révolutionnaires. L'exception devint la règle. Du moment qu'un crime était contraire à la chose publique, les formes, sauvegarde du droit, cessèrent de protéger les accusés.

Ce n'était là qu'un essai ; nous verrons Joseph Le Bon, après trois mois d'une expérience qui ne le satisfit point, perfectionner l'instrument et en assurer cette fois la marche régulière '.

Le tribunal criminel, pendant le mois de brumaire, n'avait jugé révolutiounairement que trois prévenus. — Le 2 brumaire (23 octobre), en l'église des Minimes de Calais, il avait condamné à la déportation à vie un architecte de Dunkerque, Nicolas Naghel, aocusô d'avoir manifesté son indignation sur le sort infligé k Cu&tine et à Houchard. — Le 6 du même mois, siégeant à Arras, il avait acquitté et retenu en arrestation comme suspects le directeur de la comédie, Dupré, qui avait fait jouer un drame (le Tribunal redoutable) tendant au rétablissement de la royauté, et un cultivateur d'Ablain?

1. On avait conseillé à Joseph Le Bon de partager en deux sections le tribunal criminel. Le 4 frimaire (24 novembre), il écrivait à ce sujet « au conseil général d'administration du département du Pas-de-Calais: Citoyens, j* sais asseï indécis sur l'établissement de la deuxième section du tribtftftl criminel; mais dans tous les cas, je ne saurais y nommer Simencourt, d'après deux procès-verbaux de sa façon qui me sont connus ; Hacot, que je crois à la vérité capable, mais que je crois pas assez à la hauteur révolutionnaire, ni Herbet, sans connaître s'il serait approuvé par l'accusateur public lui-même.

« Quant à Duponchel que vous me proposez à la place de Guillotin (directeur de l'hôpital), j'ignore si ce dernier est destitué ou s'il y a lieu à sa desUtution. — A la Montagne-sur-Mer, 4 frimaire an II. » (Autographes de M. Godin). .

Régénéré (Ablain-Saint-Nazaire), Bon Topart, qui avait reproché à son fils d'abandonner k cause de la royauté.

Deux militaires comparurent les premiers, en exécution de l'arrêté du 29 brumaire, devant le tribunal criminel jugeant révolutionnaireraent.

Jean-Baptiste Prévost (43 ans, né à Morraade) était lieutenant dans la légion du Nord. Pendant qu'il prenait chez un cordonnier d'Arrasla mesure d'une paire de bottes, il s'avisa de dire que « Duraouriez était un brave homme; que, s'il était à sa place, il en ferait autant ; qu'il irait à Paris, égorgerait une partie des Jacobins ; que la France ne pouvait exister sans roi ; qu'avant trois mois elle en aurait un ». — Dénoncé à la municipalité, il fut arrêté le 7 avril par ordre du département. En vain le colonel commandant la légion du Nord demanda-t-il l'élargissement de son lieutenant, «c bon soldat, excellent patriote, entraîné par la ehaleur de la discussion » ; en vain offrit-il, ainsi que d'autres officiers, de lui servir de caution... : après dix mois de détention, Prévost, convaincu d'avoir approuvé la trahison de Dumouriez, fut condamné à mort, (Décret du 4 avril 1793.)

Le lieutenant Frédéric Bourienne (24 ans, né à Roye) eut le même sort. « Il avait approuvé la rébellion du traître Dumouriez », en écrivant, le 4 avril, que a l'honneur lui commandait de passer avec lui » .

Antoine de Forceville , chasseur an 3 e , avait perdu son portefeuille. On 7 trouva une bague en crin sur laquelle on lisait J. M. la Beine (J'aime la Beine) et de6 chansons inciviques ; ce délit n'étant prévu par aucune loi, Forceville fut condamné à la déportation à vie â

Une troupe d'artisans nomades, enfants de l'Auvergne, chaudronniers ou remouleurs, comparurent, après ces militaires, devant Beugniet et ses assesseurs. C'étaient Pierre

1 . Ce jugement fut annulé, le 17 frimaire, par un décret de la Convention.

Arnal(43 ans), Jean Arnal (37 ans), Pierre Àrnal (31 ans), Jean Arnal (30 ans), Pierre Àrnal (25 ans), oncles et neveux ; Pierre Girard (30 ans), Durand, dit Poussenail (26 ans), Antoine Roux (52 ans), Jean Bouchel (25 ans), Vital Bouchel (19 ans) et Michel Mory f24 ans). On les avait dénoncés au représentant Ernest Duquesnoy, en mission à l'armée du Nord; comme étant rentrés de Belgique en France. Arrêtés à Béthune, à Arras et à Péronne, ils furent trouvés porteurs d'assignats qu'on crut faux et renvoyés au département sous la prévention d'émigration. Les uns déclarèrent qu'ils étaient habitués à sortir de France pour l'exercice de leur profession ; les autres que, dans l'ignorance de la loi, ils avaient passé la frontière pour la première fois. Sans admettre de distinction, le département les déclara émigrés et les fit conduire au tribunal criminel pour la constatation de l'identité et l'application de la peine ; ils furent tous mis à mort.

Joseph Le Bon , arrivé à Boulogne le 6 frimaire (26 novembre), écrivit au Comité de salut public :

«Je garde le silence depuis quelques jours. Dites tant mieux; c'est que Joseph Le Bon travaille fort; oui, je vous assure, j'y vais d'une jolie manière.

« Il ne se passe pas vingt-quatre heures que je ne dépêche au tribunal criminel révolutionmaire, à Arras, deux ou trois gibiers de guillotine ' . »

Les registres du district nous font connaître la manière dont Le Bon travailla à Boulogne. Le 7 frimaire, il fit savoir aux membres de cette administration qu'il voulait interroger lui-même plusieurs détenus. Sur son ordre, on amena de vant lui Blanquart de la Barrière et François Dolet, fonctionnaires destitués; il ordonna de les traduire pardevant le tribunal criminel et révolutionnaire, « comme prévenus

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