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d'avoir cherché à nuire à la République par les conseils qu'ils avaient donnés à la femme de Fiennes (M me d'Ordre), fille d'émigré, pour cacher le testament de sa mère. — Nous les retrouverons sur le banc du tribunal d'Arras. — Joseph Le Bon consacra les jours suivants à interroger d'autres suspects; à examiner la conduite du conseil général d'Étaples qu'il destitua; à remplir les places vacantes dans le directoire du district et à supprimer les comités de surveillance des campagnes pour étendre la juridiction de celui de Boulogne qui lui inspirait plus de confiance.
Le tribunal de Boulogne était resté désorganisé par suite des destitutions qu'André Dumont avait prononcées; Le Bon en confia la présidence à l'ex-oratorien Varnier, qu'il avait connu à Beaune professeur de sixième et qu'il avait placé à Paris comme secrétaire-commis au Comité de sûreté générale. Il lui donna pour assesseurs deux autres Oratoriens qui renouvelèrent entre ses mains leur abjuration sacerdotale. — Le Bon affectionnait les mauvais prêtres.
La question des poignards rappelait Le Bon à Calais. Aussitôt qu'il eut mis le pied dans cette ville, il s'informa des résultats de l'instruction ouverte à ce sujet ; quelque décevants qu'ils fussent, il s'empressa de les transmettre au Comité de salut public :
« J'arrive ce matin à huit heures et je m'empresse de vous envoyer Achille Audibert. Ce citoyen était en arrestation chez lui, par mesure de sûreté, depuis qu'il avait dit au milieu de la Société populaire qu'il pouvait donner des renseignements sur les poignards et leur introduction en France. En effet, il a fourni les renseignements, tels que vous les verrez dans son interrogatoire dont il emporte copie. Rien ne parait à sa charge. Mais je vois avec peine qu'il présume le bien plutôt que le mal dans les circonstances où nous sommes. Il s'imagine que le ministre Servan et le gouvernement anglais ne nous préparaient aucune
trame perfide dans les spéculations apparentes d'un nommé Mazuel. Pour moi, je ne suis point si confiant; plus ce Mazuel a été persécuté en Angleterre et plus il m'est suspect, ainsi que ses inventions.
« De la confiance? Juste Dieu! jamais peut-être il n'a fallu être autant sur ses gardes. Partout où je me porte, c'est un patriotisme, un républicanisme, un maratisme universels» Cette mascarade me met en fureur, et je ne puis supporter qu'un antique aristocrate modéré prenne la figure d'un vrai serviteur de la patrie.
« Depuis le 1 er frimaire, le tribunal criminel du Pas-de- Calais juge sans relâche et révolutionnairement tous les délits contre la chose publique. Une douzaine de têtes sont déjà tombées sous le tranchant de la guillotine permanente.
« De mon côté je ne laisse point chômer les juges; je leur taille une besogne toujours renaissante. J'ai déjà fait traduire devant eux une cinquantaine de prévaricateurs, -d'agents d'émigrés, de correspondants avec ces derniers.
« Mes cinquante mille lettres n'ont point été sans fruit pour cette contrée; j'ai découvert les auteurs de celles même Mon signées* Tous les individus suspects, mâles et femelles,' tant domestiques, etc., etc., sont appelés parle procureur-syndic du district et écrivent sous sa dictée; je .compare ensuite les diverses écritures, et j'agis en conséquence.
« A> propos de ces lettres, le Comité de sûreté générale ne dit rien. Je fais donc de mon mieux jusqu'à contre-ordre. Aujourd'hui, je vais les classer de telle sorte que celles contenant des billets de banque restent en dépôt à Calais ; quant aux autres, je me les ferai conduire dans le lieu le plus central du département, où je les examinerai et les ferai examiner par des gens sûrs. J'atteindrai tous les coupables qu'elles me désigneront dans les départements voisins. Je vous ferai
connaître ceux plus éloignés, au for et à mettre que mon opération ayancera *.
« Le département du Nord m'est recommandé par tous; mais il faudrait y être à demeure. Celui-ci est déjà immense pour les forces d'un homme, et je n'y ai point encore fait, en travaillant jowr et nuit, la Tin g tiè me partie de ce qui est nécessaire. Chargez donc quelqu'un de nos collègues de s* attacher spécialement au département du Nord, comme je le suie au Pas-de-Calais ; ne perdez point de temps : qui trop embrasse mal étreint. Je ne sais pas ce que c'est que d'être commissaire de la Convention dans plusieurs départements pour le plaisir de les traverser ; et vous sentez sans doute la justesse de cette observation a . »
On ne pouvait reprocher à Joseph Le Bon de manquer d'activité dans l'exécution de son mandat : arrêté dans une ville, il étendait sa surveillance sur tous les autres points du département; aucune mesure importante n'était prise par un corps constitué sans être soumise à l'approbation du re£ présentant. Il apprit ainsi, pendant son séjour à Calais, que le district d'Ârras avait réformé l'organisation des hôpitaux.
1. Le 6 nivôse, Le Bon écrivit à son collègue André Dumont ; «Je te fais passer trois lettres timbrées de Roye et adressées en Angleterre. Je ne crois pas devoir le recommander d'en tirer parti, mais de m'en accuser réception. (Compte-rendu par André Dumont, p. 110).