‹ Le Terreur dans le Pas-de-Calais et dans le Nord Histoire de Joseph Le BonChapitre 69 sur 185 · Greffe d'Amiens · texte numérisé non relu

Greffe d'Amiens

Joseph Le Bon était rassuré. Pour dissiper entièrement les objections que le tribunal opposait à son ardeur, il confirma les pouvoirs que le président Beugniet avait reçus provisoirement et nomma substitut de l'accusateur public Adrien-Joseph-Fleury Potier (26 ans), ancien capucin, administrateur du district de Bapaume 1 .

Le tribunal criminel commença le 12 pluviôse (1 er février) à juger sans désemparer les prévenus de délits contre-révolutionnaires. Un épicier d'Arras, J.-B. Héquet, comparut le premier. « Dans une lettre au curé de Berles, il .avait témoigné du mécontentement au sujet du décret qui ordonnait la déportation des prêtres assermentés. » Malgré les recommandations de Darthé, chef du parti des Terribles, le tribunal, considérant que la lettre incriminée était antérieure à la formation de la Convention , osa acquitter Héquet.

Ghislain Héroguet, curé d'Épinoy-lez-Cambrai, avait dit « que la République ne pouvait se'soutenir ; qu'il ne croyait pas au succès des armées françaises ; que la Convention était composée de voleurs qui s'emparaient de biens qui ne leur appartenaient pas ». Il obtint un sursis.

Bertin Gceusse, préposé à l'exercice du Gros de Saint* Orner, avait reçu une lettre datée du 7 février 1792, dans

1. c Considérant que les représentants Élie Lacoste et Peyssard ont nommé le citoyen Beugniet pour remplacer provisoirement le citoyen Herman président du tribunal criminel du Pas-de-Calais appelé au tribunal révolutionnaire à Paris ; — Considérant que ledit citoyen Beugniet n'a pas démérité la confiance publique ;

c Déclare que ledit citoyen Beugniet doit continuer ses fonctions en remplacement du citoyen Herman.

« Considérant que l'accusateur public prés le tribunal criminel ne peut suffire à son immense besogne ;

« Arrête que le citoyen Potier, administrateur du district de Bapaume, lui sera adjoint en qualité de substitut et aura pour traitement les deux tiers de celui fixé pour ledit accusateur public ; requiert ledit commissaire Potier d'entrer de suite en fonctions. » — Greffe d'Amiens.

laquelle on lai écrivait : « Il faut espérer que cela flaira et que l'ancien régime reviendra. » Le tribunal fit un nouvel acte de justice en acquittant le prévenu.

Le 18 pluviôse, six habitants d'Aire : Herroan, notaire, et sa femme; Thomas, marchand de tabac ; Blondel, chapelier ; Elisabeth Plunkette et Werbier d'Antigneul, eurent à se défendre d'avoir tenu des propos fanatiques et contre-révolutionnaires. Six acquittements furent prononcés. M. de Werbier, ex-noble, fut seul retenu en arrestation.

Une fille de boutique de Dunkerque, Catherine Lécluse, était accusée « d'avoir écrit une lettre tendant à avilir la nation française ». Jugée le 22 pluviôse, elle fut acquittée.

J.-B. Badolier, curé constitutionnel de Saint-Venant, avait « voulu, par ses propos, propager le royalisme ». Il obtint un sursis.

Décidément « la guillotine perdait sa proie ». Une occasion solennelle amena bientôt Joseph Le Bon à établir sur d'autres bases la justice révolutionnaire : nous voulons parler du procès du comte de Béthune. Le nom de la victime, la longueur et l'illégalité de la procédure, l'iniquité de la condamnation, la barbarie de l'exécution, tout contribua à donner à cet assassinat judiciaire une importance spéciale.

Adrien- Joseph- Amélie -Ghislain, comte de Béthune * (56 ans) avait entrée aux États d'Artois. Maréchal-de-camp et chevalier de Saint-Louis, il s'était retiré du service militaire en 1784; il habitait tantôt son hôtel, à Arras, tantôt les châteaux de Pénin, près d'Aubigny, et de Steenworde. Le comte de Béthune fut inscrit sur la liste des émigrés; il présenta au département des documents qui prouvaient sa résidence en France, notamment un certificat qui constatait que, du 4 mai au 10 décembre 1792, il

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