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j'envoie chercher la municipalité pour dresser procès-verbal; les municipaux craignent de signer une chose dont ils sont les témoins oculaires ; ils voudraient accorder la justice avec leurs considérations particulières pour M. Le Bas ou pour ses adhérents; je suis abandonné par ceux qui auraient dû me soutenir, et il ne me reste d'autre parti à prendre que d'interdire au prêtre non conformiste une sacristie où il a si indignement abusé de ma confiance.
« En conséquence, j'annonce après les vêpres que l'on ne compte plus à l'avenir sur deux messes. »
Lundi, 31 octobre.
« Le maire de Neuville me conjure d'oublier l'aventure de la veille et de laisser M. Le Bas dire la messe comme parle passé. Il me dit que si M. Le Bas a forcé la porte, c'est qu'il lui manquait un corporal : Fort bien, lui ré pondis -je ; mais dans ce cas, il devait me demander la clef, ce que je ne lui aurais pas refusé, et s'il ne pouvait me trouver sur-le-champ, il fallait assembler les officiers municipaux , faire dresser procès-verbal de mon absence, et crocheter la porte devant eux. Le maire ne sut que répondre et nous nous séparâmes. »
Du même jour.
« Lettre au Maire.
« Mon cher Monsieur, nous nous proposons également le bien, j'en suis sûr-, mais la différence de nos caractères en met dans la manière de l'opérer. Ne soyez donc pas surpris de la contradiction où nous nous trouvons; elle n'est qu'apparente, et nos cœurs se réunissent à souhaiter le bonheur public. Tranchons sur toute espèce de justification; ma conduite passée parle pour moi, et si vous me voyez décidé aujourd'hui à un parti de rigueur, vous devez en conclure qu'il m'est dicté par ma conscience,
« Au nom de la paix et par les devoirs de votre place, je vous conjure, mon cher Monsieur, d'éviter de grands malheurs à cette paroisse en exhortant de votre côté M. Le Bas à renoncer à l'église de Neuville. Je vous l'ai dit, je n'agis point en téméraire, et rien ne saurait me faire reculer, quand j'aurai la justice à défendre.
« Adieu, mon cher Monsieur, je vous souhaite le bonsoir, ainsi qu'à toute votre aimable famille. — Le Bon. »
P. S, — Je vous prie de remettre à son adresse la lettre incluse, après l'avoir lue, si vous le jugez à propos.
« A M. Le Bas, prêtre, à Neuville-Vitasse.
« Monsieur, la conduite que j'ai tenue jusqu'ici à votre égard aurait dû vous éloigner d'une action propre à jeter le trouble dans ma communauté.
« Je suis fâché que vous n'ayez point su me juger, et que mon honnêteté vous ait paru faiblesse. Détrompez-vous, Monsieur, vous connaîtrez peu de personnes aussi fermes que moi. Malgré les propos que l'on vous imputait sur mon ministère, je me serais fait hacher pour vous soutenir et pour arrêter le zèle irréfléchi de vos anciens paroissiens.
« Aujourd'hui, au contraire, que vous avez abusé de ma confiance, je dois à la justice, je me dois à moi-même de ne plus vous laisser dire la messe dans l'église de Neuville. Il existe bien un décret qui défend d'objecter le refus de serment aux prêtres qui se présentent dans les paroisses constitutionnelles ; mais il n'en est aucun qui enseigne aux curés de recevoir ceux qui se permettent des coups d'autorité et des voies de fait. En conséquence, Monsieur, je vous prie de vouloir bien prendre tranquillement votre parti. Je serais au désespoir d'être réduit à suivre les conseils qui m'ont été donnés à Arras, de vous livrer à l'accusateur public. Je suis, du reste, très-disposé à vous obliger en choses faisables et
non contraires à la justice et ail bon ordre. — Joseph Le Bon, desservant de Neuville. »
Mardi, 1«* Jiovembre.
« Le corps municipal de Neuville assemblé me fait venir et m'engage à faire le bonheur de la paroisse en laissant dire encore la messe au crocheteur de portes. Refus de ma part.
« Alors le procureur de la commune se lève et dit : Quelle preuve avez-vous que la porte ait été forcée par M. Le Bas? Peut-être est-ce votre clerc qui Fa fait exprès pour nuire à son ancien curé.
« J'apporterai mes autres preuves, répliquai-je, quand il eu sera temps. Aujourd'hui, Messieurs, il suffit de vous dire que, de Y aveu de M. le maire, M. Le Bas a forcé la porte pour prendre un corporal. Le procureur de la commune resta ébahi, ainsi que tous les assistants, et je me retirai. »
M. Le Bas, de par la volonté de Joseph Le Bon, avait été empêché de dire sa messe les jours de la Toussaint et de la Commémoration des morts ; après avoir épuisé tous les moyens de conciliation, il fut forcé de recourir à la justice pour la défense de ses droits : le 2 novembre, il fit citer Joseph Le Bon à comparaître par-devant M. Joachim Magnier, juge de paix du canton de Roeux. — Reprenons le récit de Le Bon :
Vendredi 4 novembre.
« Le clerc de Neuville m'apporte une cédule de citation trouvée, la veille, affichée à la porte du presbytère. Il est bon d'en donner ici une idée.
« 1° Je suis défendeur et domicilié à Arras : M. Le Bas m'attaque par-devant le juge de paix du canton de Bœux, et cela, dans une cause purement personnelle.
« 2° Il s'agit de police ecclésiastique extérieure : M. Le Bas m'attaque devant un juge incompétent sur cet objet.
« 3° La loi du 13 mai dernier dit que Ton ne pourra point alléguer le refus de serment pour empêcher un prêtre dédire la messe dans les paroisses, etc. — M. Le Bas en conclut qu'il a le droit^de dire cette messe, quels que soient les excès auxquels il se porte.
« 4° Je marque à M. Le Bas, dans une lettre du 3 1 octobre, qu'il a fait une action propre à jeter le trouble dans ma communauté. Là dessus, ce terrible raisonneur yeut que je lui prouve en quoi il a jeté le trouble ; ce dont je ne l'ai point accusé.
« 5° Je dis, dans la même lettre, que l'on impute à M. Le Bas des propos contre mon ministère. M. Le Bas veut que je prouve ces propos, que je n'assure pas avoir été tenus par lui, mais seulement lui être imputés.
« 6° Après avoir forcé une porte dont la loi l'a contraint de remettre la clef, il demande impudemment quelles voies de fait il s'est permises ; il veut à tout prix être reconnu pour homme d'honneur et de probité, me faire condamner à une amende de trente livres et afficher dix exemplaires de mon jugement dans le canton.
« J'arrache à la municipalité de Neuville le procès-verbal suivant, auquel elle tremble d'apposer la moindre signature, avant que je n'y aie apposé la mienne :
« L'an 1791, le 30 octobre, nous, maire et officiers municipaux de Neuville-Vitasse, nous étant transportés dans la sacristie de la paroisse, à la réquisition de Joseph Le Bon, desservant dudit Neuville, un instant avant les vêpres, avons appris dudit Joseph Le Bon que son clerc, étant venu pour préparer les ornements, avait trouvé la porte de l'armoire forcée, au point qu'en la touchant, la serrure était tombée par terre. En effet, nous ayant fait représenter les pièces, nous avons jugé le rapport dudit Joseph Le Bon conforme à la vérité, et conjointement avec lui nous avons dressé le présent procès-verbal pour valoir ce que de droit. »
Du samedi 5 novembre.
(( Je comparais à l'audience du juge de paix du canton de Rœux; je lui observe d'abord que, n'était point domicilié à Neuville, mais bien à Ârras, c'est à Ârras qu'on doit m'attaquer, aux termes du décret ; secondement, que la police extérieure ecclésiastique ne regarde point les juges de paix. Vaines observations ! mon adversaire parle sur le fond de la question, et je lui dém&ntre clairement qu'il n'eût pas dû forcer la porte de l'armoire qui m'est confiée, et que, l'ayant forcée, je dois pourvoir à ce qu'il ne la force plus une autre fois; je ne détaillerai point ici les diverses raisons dont je me suis servi. Tout le monde sent que, si H. Le Bas avait le droit de forcer la porte des armoires de la sacristie, il aurait celui d'en posséder la clef, ce que la raison lui refuse. Tout le monde sent également que, par la loi du 13 mai relative aux prêtres non conformistes, ces messieurs ne sont point autorisés à commettre des actions pour lesquelles toute autre personne serait répréhensible. En effet, que j'aille aujourd'hui, moi, prêtre sermenté, demander la permission de dire la messe dans une église quelconque, le curé me l'accordera probablement; mais si je force une armoire de la sacristie, et que, demain, je me présente de nouveau, ne sera-t-il pas en droit de me refuser? Gomment. donc peut-il se faire que les ministres de la loi ferment les yeux sur les attentats des seuls hommes rebelles aux lois.
« Ébranlé par des arguments si victorieux, toujours terminés par la demande inutile de mon renvoi au juge compétent, M agnier n'ose prononcer. Sa conscience aux prises avec je ne sais quelles passions le tourmente ; pour s'apprivoiser à résister à l'évidence et à condamner un innocent, il ajourne à huitaine. »
Du samedi 12 novembre.
« Nouvelle comparution par-devant le juge de paix du can-
ton de Rœux ; mêmes motifs de ma part, mais déduits avec plus de force ; le sieur Le Bas ne se donne pas seulement la peine d'y répondre, tant il est sûr de la victoire. Magnier, fortifié de huit ^urs de noires méditations, ne considère plus rien ; il prévarique trois fois avec un sang-froid sans égal.
« Première prévarication : — Malgré mes réclamations réitérées, il veut absolument me juger; il déclare qu'il n'a aucun égard à ma demande fondée sur les décrets de l'Assemblée nationale, et m'ordonne de parler sur le fond de l'affaire.
« Seconde prévarication : — Il entreprend de juger une affaire qui n'est point de sa compétence.
« Troisième prévarication : — Il ose prononcer que les prêtres non sermentés ont le droit de forcer les armoires confiées aux prêtres sermentés*, il me condamne à six livres d'amende ; il permet au sieur Le Bas de faire afficher mon jugement. »
La sentence que le juge de paix Magnier et son greffier Goudemand payèrent un jour de leur tête, était ainsi conçue :
« Nous, juge de paix, de l'avis de nos assesseurs, attendu que le sieur Joseph Le Bon est sans droit çt qualité pour s'être plaint de la prétendue voie de fait supposée commise par le sieur Martin-Joseph Le Bas, ci-dessus énoncée, et qu'il est aussi sans pouvoir et qualité d'avoir, au mépris de la loi, empêché ledit sieur Le Bas de célébrer la messe les jours de Tous les Saints et de Commémoration des morts, faisons défense audit Joseph Le Bon d'empêcher ledit sièur Le Bas de dire la messe dans l'église dudit Neuville toutes les fois qu'il le trouvera convenir, et, pour l'avoir fait, le condamnons en six livres, par forme de réparation civile, qu'il sera tenu de payer ès-mains du maire de la municipalité dudit lieu, pour, par lui, être distribué aux pauvres
dudit Neuville, et sur le surplus des demandes dudit sieur Le Bas, mettons les parties hors de cour, et condamnons ledit sieur Le Bon aux dépecTs. — Et attendu que ledit sieur Le Bon est convenu d'avoir annoncé dans l'église dudit Neuville, dans le temps des vêpres, que ledit sieur Le Bas n'aurait plus dit la messe en ladite église, autorisons ledit sieur Le Bas à faire lire et afficher le présent jugement au portail de l'église dudit Neuville, à l'issue de la messe paroissiale.
« Ainsi jugé en présence des parties par nous juge de paix, en notre demeure, à Tilloy-les-Mofflaines, les jour et an ci -dessus. — Signé : J. Magmer, A. Vitasse, Cuvellier. — Gollationné : J. Maghieh et Goudemand *. »
Joseph Le Bon ressentit de cette condamnation une irritation telle qu'il partit pour Arras et résolut de ne plus retourner à Neuville, si on ne donnait à son amour-propre blessé une satisfaction publique. Le 1 4 novembre, il fit connaître sa détermination à la nouvelle municipalité que les éjections avaient composée de ses partisans. « Messieurs, leur dit-il, c'en est fait : l'injustice triomphe ; et ce qu'elle n'avait pu extorquer à la faiblesse de votre ancien corps municipal, elle l'obtient sans peine d'un juge trois fois prévaricateur. Ne vous étonnez pas que je sois resté à Arras dimanche dernier ; je vous l'ai déjà annoncé indirectement par une lettre à l'adresse de monsieur Santerne, votre maire actuel : il serait ridicule que j'entrasse désormais dans une sacristie confiée à ma garde, lorsque par un jugement solennel un étranger est autorisé à forcer les portes des armoires.
« Mais, pour n'être plus au milieu de vous, je n'ai point oublié les sentiments d'estime et d'amitié que vous avez su m'inspirer pour vos personnes. Jaloux de conserver ma