Les Suites d'une Sentence, etc., par M. Laroche
réputation à vos yeux, je vous dois, en partant, une justification pleine et entière de ma conduite, et je la ferai en peu de mots, par le récit de ce qui s'est passé depuis le dimanche 30 octobre... (Suivait le Mémoire que nous avons cité.)
« Voilà, Messieurs, un récit dont je vous étais redevable. En le lisant, vous n'y aurez aperçu que l'exacte vérité ; faites-en tout l'usage que vous trouverez convenir- Mais soyez convaincus que mon attachement pour vous ne saurait me ramener à Neuville, jusqu'à ce qu'on m'ait rendu justice.
« Je suis avec une fraternité respectueuse, Messieurs, tout disposé à vous obliger en conservant l'honneur. — Joseph Lb Bon f . »
Aussitôt la municipalité se réunit et répondit à la lettre de Le Bon par l'arrêté suivant :
« Nous, maire et officiers municipaux de Neu ville- Vi tasse, assemblés cejourd'hui, 15 novembre 1791, pour entendre la
1. Le jour môme où Le Bon écrivit cette lettre, il baptisa à Arras, l'enfant d'un patriote que nous verrons bientôt apparaître sur la scène : l'acte de baptême, écrit tout entier de sa main, montre quelles étaient, dès cette époque, les opinions politiques et religieuses du curé constitutionnel de fleuville :
« L'an mil sept cent quatre-vingt-onze , troisième de la Révolution françoise, le 27 novembre, est né, et le même jour , du consentement de M. le curé de Saint-Vaast, a été baptisé par le soussigné, avec les cérémonies relU gieuses accoutumées et avec l'appareil civique, François-Régis-MAXiMiLiEN- Robespierre Le Blond, fils légitime d'Antoine-Gabriel Le Blond et d'Augustine-Josèphe Le Blond ; ses parrain et marraine ont été le citoyen François- Régis Deshorties et la citoyenne Augustine-Angélique Debray, soussignés, lesquels, outre les promesses ordinaires du baptême, se. sont encore engagés, au nom de 1 enfant, à vivre libre ou mourir, et à reconnaître toujours parmi les bommes l'égalité que la nature -y a mise et que l'Évangile a coiK sacrée.
« Signé : G. LE BLOND, F.-A. DESHORTIES, AUGUSTINE DEBRAT et JOSEPH
Lb Bon, curé de Neuville-Vitasse. »
(Extrait du registre des baptêmes de la paroisse de La Madeleine* (Àrcb. 1 municip.).
lecture d'une lettre à nous adressée par Joseph Le Bon, prêtre de la ville d'Arras ; considérant que ce citoyen vient d'être la victime de son zèle à nous obliger, que d'ailleurs les injustices qu'il a essuyées nous privent absolument de pasteur pour le moment et sont propres à éloigner de nous ceux qui se présenteront aux élections prochaines; — ouï le procureur de la commune, — avons arrêté et arrêtons d'envoyer au district la lettre dudit Joseph Le Bon, que nous attestons être en tout point conforme à la vérité, pour que MM. les administrateurs nous dirigent dans la circonstance, et, en outre, d'inviter M. le procureur syndic à poursuivre les coupables, au nom de la loi. — Fait à Neuville-Vitasse, les jour, mois et an que dessus. — Santebhe, maire. »
On lit en marge de la minute, déposée au district : « Écrit le 1 7 ; pour apaiser le trouble, dit qu'on pouvait défendre au sieur Le Bon de laisser dire la messe au sieur Le Bas ! . »
Joseph Le Bon avait trouvé au district un zélé défenseur en la personne de Guffroy, procureur syndic. Ârmand-Benoît- Joseph Guffroy, que nous verrons jouer dans les événements qui se rattachent à la vie de Le Bon un rôle considérable, était né à Àrras en 1 742 ; avocat au Conseil d'Artois (1 770), il siégeait avec Maximilien de Robespierre à la prévôté de l'évêché ; membre de l'échevinage, il avait figuré en 1787 dans l'assemblée des États et avait été nommé député à la Cour pour le Tiers. Depuis la Bévolution, il avait été élu, en novembre 1790, officier municipal; le 31 décembre de la même année, juge de paix d' Arras, et enfin, le 12 juin 179 ^procureur syndic du district 2 .