DEUXIEME PARTIE
Le mécanisme de résorption du test d’Aldrich et Mac Clure.
Depuis la découverte du test d’Aldrich et Mac Clure des différents auteurs se sont demandés par quel mécanisme la boule d’æœdème provoquée se resorbe-t-elle ? La question posée était l’objet de multiples controverses. Le problème physiologique qu’il soulève s'apparente de très près à celui des œdèmes. Il nous semble cependant, qu’en ce qui concerne le test lui même, son domaine est plus vaste encore que celui des œdèmes, puisqu'il peut être positif là où les téguments ne semblent nullement infiltès. Les discussions des différents auteurs ont abouti à des donnés aussi contradictoires qu'il est impossible de conclure en ce qui concerne le test d’Aldrich et Mac Clure, à l'existence d’un mécanisme univoque. Nous allons envisager les différentes hypothèses possibles pour tâcher d’expliquer le mécanisme de résorption de l'épreuve d’Aldrich et Mac Clure. Il nous semble qu'à l'heure actuelle il y a nécessité d’envisager 4 sortes d'actions suivant lesquelles son mécanisme de résorption pourrait être expliqué :
action tissulaire, » mécanique, » endocrinienne, » vasculaire.
Action tissulaire,
1.) Prenons en considération d’abord l’action tissulaire. Un auteur américain, Baker, reprenant les études d’Aldrich et Mac Clure sur leur test, attribue le raccourcissement du T. R. de la boule d’ædème à une participation active des tissus dont l’activité hydrophilique est augmentée par l’intoxication dans le cas des enfants atteints de scarlatine ou de diphtérie sans que les reins soient touchés.
Du même avis sont aussi Chevallier et Stieffel. Pour eux la vitesse de résorption de la boule intradermique artificielle est fonction de la lutte entre deux facteurs inverses : l’histhydrie générale et l’inflammation locale chlorurée sodique. Dans les processus hydropisants, l’exagération de l’histhydrie rend l’autre facteur négligeable.
À l'appui de cette action tissulaire viennent les travaux de Labbé, Violle et Azerad. Dans un récent article Labbé insistait à nouveau que le problème physiologique, que le test d’Aldrich et Mac Clure soulève, s'apparente de très près à celui des œdèmes. Pour les trois auteurs l’action tissulaire elle-même joue le rôle de vedette et ils considèrent que le test témoigne d’un excès de puissance hydrophilique tissulaire active, au même titre que l’épreuve d'imbibition du musele de grenouille. Contre le dogme de l’hydrophilie tissulaire ce sont opposés Merklen, Wolf et Mile Schneider. Ils s’étonnent, en particulier, de trouver le test d'Aldrich et Mac Clure posiüf en dehors de tout ædème, dans les maladies infectieuses et les états de déshydratation. Cependant, Labbé et Bith ont montré au moyen du coefficient de diurèse, la diminution du rapport de l’eau éliminée à l’eau absorbée au cours des maladies fébriles. Le test, d'après eux, met en évidence qu’il y à mise, en reserve d’une certaine quantité d’eau dans les tissus, c’est à dire, l’hydrophilie des tissus et des humeurs au cours des maladies infectieuses est augmentée et celles-ci s’accompagnent d’oligurie et de l’abaissement du coefficient de diurèse. Quant aux enfants déshydratés, il se produit chez eux une soif d’eau de l'organisme entier, tout comme à la suite des grandes hémorragies.
Marcel Labbé considérant que le mécanisme de résorption du test d’Aldrich et Mac Clure ne dépend que d’hydrophilie tissulaire a même dénommé cet épreuve, test d’hydrophilie cutanée.
Action mécanique.
Fiessinger, Sandor et Olivier en se basant sur leurs études sur le lest de transsudation qui permet de mesurer le volume d’œdème provoqué dans des conditions mécaniquement comparabies, dont le volume est évalué par un chiffre T. T. en centimètres cubes, ont attiré l’attention sur le rôle de la membrane endothéliale qui sépare le milieu sanguin des espaces üssulaires. Ils ont effectué des expériences comparatives entre leur test de transsudation et celui d’Aldrich et Mac Clure. Après avoir observé le parallélisme d'action de ces deux épreuves ils ont invoqué le rôle important du dynamisme de ia membrane endothéliale dans le mécanisme de résorption
de la boule d’æœdème intradermique et ils expliquent de façon purement mécanique la résorption du sérum. Et Fiessinger a pu dire « Nous nous demandons si, à côté du phénomène d'hydrophilie invoqué par M. M. Labbé, Violle et Azerad, il ne peut intervenir un phénomène de diminution de la résistance de la membrane endothéliale et si le liquide injecté au voisinage des capillaires dermiques ne disparait pas non seulement par imbibition, mais encore par passage dans les capillaires à la faveur d’une insuffisance de résistance de leur endothélium. De même Govaerts et Bernard, à la suite d'essais comparatifs avec une solution saline et de l'huile de paraffine injectées dans le derme constatent que, pour les deux substances, le T. R. est le même, ce qui, selon eux, ne cadre pas avec l’hypothèse d’une hyperhydrophilie tissulaire, mais s’expliquent avant tout par des conditions mécaniques favorisant ia pénétration de liquide dans le tissu conjonctif.
A la faveur d’action mécanique de la résorption du test d’Aldrich et Mac Clure sont aussi les expériences de Sierro. Cet auteur a provoqué de l’œdème des cuisses par injection sous-cutanée du sérum physiologique ou sérum glucosé (1 litre environ) et a fait le test d’Aldrich et Mae Clure dans l'endroit d'’œdème provoqué et en dehors. Le T. R. était fortement diminué dans la région œdémateuse et resté normal ailleurs.
Il a repris ses expériences sur des cadavres ou les phénomènes vaso-moteurs, circulatoires et nerveux n'existent pas en obtenant les mêmes résultats. D’où Sierro conclut que la résorption de la boule d’æœdème provoquée se fait d’une façon purement mécanique, mais pour lui, elle est seulement dû à une dilatation des éspaces interstitiels et à l’activité plus ou moins grande de la circulation humorale interstitielle.
Action endocrinienne.
Nous nous sommes demandés si les glandes à sécrétion interne n’interviennent pas dans le mécanisme de la résorption de la boule d’æœdème provoquée et surtout chez la femme enceinte. Dans ce but nous avons effectué une série d’expériences sur des femmes après l'accouchement. Ayant noté le test d’Aldrich et Mac Clure chez ces femmes nous leur avons injecté des extraits de différentes glandes à sécrétion interne ainsi : les extraits thyroïdiens, hypophysaires (du lobe anté-
rieur et postérieur) et ovariens. Cependant nous n'avons remarqué aucun changement dans le T. R. du test d’Aldrich et Mac Clure sauf pour les extraits du post-hypophyse. Pour ce dernier nous pensons qu'il n'intervient que par son principe vaso-moteur, car nous avons obtenu les mêmes résultats avec un autre vaso-moteur, l’adrénaline. D'ailleurs nous en reparlerons en traitant l’action vasculaire.
Les résultats négatifs de nos expériences nous conduisent à conclure que les glandes à sécrétion interne n'’influencent pas le mécanisme de la résorption du test d’Aldrich et Mac Clure.
Action vasculaire.
Merklen, Wolf et Mlle Schneider estiment que le problème du mécanisme de résorption du test d’Aldrich et Mac Clure est très complexe. Ils évoquent contre le rôle unique de l’hydrophilie (M. Labbé) les différences de résorption enire les points injectés (bras, jambe), les différences suivant la position du membre. Aussi, il leur semble qu’'intervient en outre un élément mécanique de nature hydrostatique et, par suite, circulatoire ; il leur semble même que le T. R. contrôle plus le jeu des capillaires de la peau que celui des colloïdes. Cohen, Appelbaum et Hainswolth, de Cleveland ont confirmé l'influence accélérante exercée par la position déclive du membre.
Pour essayer de trancher le débat, certains auteurs n’ont point manqué de faire appel à l’expérimentation.
Schulmann et Mareck ont présenté leurs résultats de recherches de l’action du système vaso-moteur péripherique sur la résorption du liquide injecté selon la méthode d’Aldrich et Mac Clure à la séance de la Soc. de Biologie du 11 Décembre 1926. Ils ont observé les modifications apportées au temps de disparition de la boule d’œdème suivant que l’on provoque de la vaso-constriction ou de la vaso-dilatation.
Schulmann et Mareck ont expérimenté sur le lapin. Ils ont injecté à la face externe de l'oreille, à l’aide de la seringue de Barthélemy, sept divisions d’une solution de chlorure de sodium à 8 pour 1000 : soit environ un dixième de centimètre cube. Ils ont ainsi constaté que dans des conditions normales de nourriture et de température, la boule d’œdème a une durée assez précise et pour ainsi dire constante qui est
de cinq à six minutes en moyenne; le chiffre maximum étant de sept et minimum de quatre minutes.
Ceci étant constaté, les auteurs ont tout d’abord étudié l’action d’un vaso-constricteur et ïils ont employé à cet effet l’adrénaline. Dans la veine marginale d'un lapin de 2 kilogrammes, ils ont poussé lentement 0,25 mgr. d’une solution d’adrénaline à I. pour 1000. Cette opération terminée, ils réalisent immédiatement l’injection isotonique dans le milieu de l’oreille opposée. La résorption de la boule d’æœdème demandait avant l'injection de l’adrénaline, cinq minutes pour se réaliser ; elle atteint une durée de onze minutes après l’injection.
L’injection intra-véineuse d’adrénaline a donc amené un allongement du T. R. Par contre, l'injection sous-cutanée de un milligramme d’adrénaline, réalisée à plusieurs reprises, ne donne pas de modification sensible du temps de durée de la boule d’œdème même en faisant précéder la première d’un quart d'heure ou d’une demi-heure.
Schulmann et Mareck ont ensuite étudié l’action de la vaso-dilatation et ils se sont servi du nitrite d’amyle. Sur d’autres lapins, ils appliquent d’une compresse une ampoule de nitrite d’amyle et réalisent aussitôt la boule d’æœdème. La durée est très courte : de cinq minutes avant l’inhalation, elle descend à deux minutes.
Schulmann et Mareck ont conclu : « Ces expériences, qui interrogent le tonus du systhème vaso-moteur dans les deux sens de la vaso-constriction et de la vaso-dilatation nous semble éloquente. Elles affirment l’action indéniable des capillaires périphériques dans la résorption de la boule d'œdème provoquée. Les causes agissantes sont vraisemblement multiples : la vitesse du sang est modifiée, le calibre des capillaires est élargi ou rétréci, la paroi filtrante voit son épaisseur varier, stimulant ou freinant la perméabilité de la membrane ».
Il est intéressant de rapprocher les expériences de Schulmann et Mareck de celles des allemands Guggenheimer et Hirsch qui, eux aussi, trouvèrent un raccourcissement du T.R. lorsqu'on injecte la solution saline après avoir trituré la peau. Il est certain que le fait de triturer la peau amène une vasodilatation locale, et par suite, ces expériences réalisées par
des auteurs différents, ont été cependant accomplies dans le même sens.
Expériences.
Nous avons entrepris une série d'expériences qui se rapprochent de celles faites par Schulmann et Mareck, mais alors que ces derniers ont expérimenté sur des lapins, nous sur des femmes enceintes. Ces expériences nous ont conduit à des conclusions assez précises de l’action du système vaso-moteur périphérique sur la résorption de la boule d'æœdème provoquée.
Ayant constaté un abaissement net du T. R. du test d’Aldrich et Mac Clure chez la femme enceinte à partir du troisième mois, nous avons voulu voir l’action du post-hypophyse sur le T. R. de cette épreuve.
Ayant noté le T. R. de la boule d’œdème provoquée, nous avons injecté dans la cuisse par injection sous-cutanée, chez la même femme, 10 unités de post-hypophyse et nous avons refait le test 5 minutes après. Voici les résultats obtenus résumés dans le tableau ci-contre :
Grossesses de 3 mois et plus.
Numéro de. Temps de resorpt. avant. Temps de résorpt. 5 minutes:
l’observ. l’inject. du après l’inject.
post-hypoph. du post-hypoph.
avant bras. jambe dr. Av. bras. Jambe dr. jam. g. 48 10: 4? 1570 153 1 49 16° A8 25 23° 21° 50 177 Ki 30° 28° ie 51 13° 147 297 28° 2Dà 52 452 436 32° 30° 29° 53 45° 42° 24? 242 223 1 54 18° 45° 29° 2H 26° 55 17° 17° 24° 23 23:
56 15? 13° 23! 20? 24° Temps moyen : .. 15° 421 26? 24° 281
Ces résultats nous incitent à conclure que l'injection d’une ampoule de post-hypophyse augmente le T. R. qui tend vers un T. R. normal. Cette action se produit d’une façon presque immédiate, les modifications ayant lieu 5 minutes après l’injection. Enfin, la post-hypophyse agit sur tout l'organisme et non seulement localement car, l'injection étant faite dans la cuisse droite, nous avons obtenu presque les mêmes résultats sur l'avant bras, la jambe droite et la jambe gauche.
Cette action du post-hypophyse n’est pas seulement spon-
tanée. mais aussi durable. Car, le test d’Aldrich et Mac Clure effectué trois heures après l'injection du post-hypophyse, nous montre une augmentation encore plus prononcée du T. R. que celui fait cinq minutes après. Le tableau suivant nous montre les bases de cette dernière conclusion.
Grossesses de 3 mois et plus.
Numéro de Temps de résorp. Temps de résorp.
l’observ. avant l’inject. 3 heures après l’inject. du post-hypoph. du post-hypoph.
av. bras. Jambe dr. avant bras Jambe dr.
57 24 18? 68° 62° 58 224 48? 55° 52° 59 23 20° 44 38° 60 ay 45° 25° 2 61 25 22 38° 35?
62 28° 25° 40° 39° 63 23 18° 58° De 64 20° 47 54° 50°
Temps moyen: 22° 19° 48° 44°
Ceci étant constaté, nous nous sommes demandés quel est le principe actif qui a agi, le principe actif vaso-moteur ou un autre, sachant que le post-hypophyse en contient plusieurs.
Si c’est le principe actif vaso-moteur qui agit sur le T. R. de la boule d’œdème provoquée, nous devons obtenir des résultats sensiblement les mêmes en faisant ces mêmes expériences avec un autre vaso-constricteur tel que l’adrénaline.
Dans ce but nous avons repris nos expériences sur une autre série des femmes enceintes en menace d’avortement auxquelles nous avons injecté à la cuisse droite, au lieu du posthypophyse, 1 milligramme d’une solution d’adrénaline à 1 pour 1000 en injection sous-cutanée. Ceci étant fait, nous réalisons 5 minutes après la boule d’édème intradermique sur les deux jambes. Le tableau ci-contre résume les résultats obtenus.
L’action de l’adrénaline sur le T. R. 5 minutes après l’injection
Numéro de Temps de résorp. Temps de résorp.
l'observ. avant l'inject. 5 minutes après l’inject. de l’adrénal. de l’adrénaline.
av. bras. Jambe dr. av. bras. jambe dr. jambe g.