FRANCS
Or, Monsieur, je fais partie d’une Société qui, tous les îs, donne son assemblée générale alternativement au irque d’Hiver et au Cirque d’Eté.
Pour que toutes les places soient remplies, nous adressor 25,000 lettres de convocation sous enveloppe timbrée 5 centimes.
Savez-vous à combien nous revient chaque assemblée toi frais compris, c'est-à-dire :
Location du Cirque,
Estrade,
Service d’ordre,
25,000 lettres de convocation (impression et distribi tion), etc. ?
En tout à 7,500 francs.
Soit pour neuf années, G7,500 francs.
Je veux bien encore répartir entre les administrateurs d Panama 10,000 francs de jetons de présence par chaqu assemblée, ce qui ferait 90,000 francs pour les neuf ans ; j ne suis pas avare ; eh bien, le total n’arriverait encore qu’ 157,500 I ran es.
Il y a donc loin de ce chiffre aux 800,000 francs inscrit sur le tableau des dépenses.
Où a passé la différence ?
Le système de la Compagnie est très simple, elle quin tuple le montant réel des dépenses effectuées.
Ce petit spécimen donnera au public la mesure dan laquelle les autres dépenses peuvent être majorées.
Et M. Eiffel se faisant payera l’avance 18'millions d’allc cations forfaitaires 1 De mémoire d’architecte, d’ingénieui d’entrepreneur, en est-il jamais un qui ait palpé le mootan des travaux avant de les avoir exécutés, ou tout au moin qui ait touché par avance de si formidables acomptes I
Comme le fait remarquer M. Gabriel Odelin, si ui « petit Français » avait fait cela, il serait poursuiv depuis longtemps comme banqueroutier frauduleux mais un homme qui n’aurait qu’à ouvrir la main pou déshonorer la moitié du Parlement est, paraît-il, au dessus des lois. Ce n’est pas une raison, en tout cas pour que Delpit qualifie Fallières de «. ministre in tègre ». Fallières lui-même a dû bien rire avec sor chef de cabinet, M. Lionel Laroze, et se dire : « Pourquoi, diable, ce monsieur m’appelle-t-il « intègre »Z
Aucune leçon n’a d'action sur ces cerveaux d’actioniires; Quand les gogos voient qu’il y a une descente i police place de la Bourse, chez Mary-Raynaud, ils ’ennent leurs jambes à leur cou, ils courent rue de rovence, à la Banque de Macé-Berneau, et ils arri- ;nt juste à temps pour déposer leurs fonds avant le part. Celui-là, vraiment, travaillait bien : vingt-sept illions ont été versés; des cardinaux, des archevêîês, six mille prêtres sont là-dedans... Le Pape a eniyé son portrait pour orner les bureaux et sa bénédic- >n pour l’entreprise...
— * C’est très étrange !
— Mais non, encore une fois, c’est très logique. C’est conséquence de l’abandon fait par l’Eglise nouvelle ‘ toutes les doctrines des Pères de l’Eglise sur le prêt intérêts, le travail de l’argent, c’est-à-dire le gain ns travail ; c est la conséquence de l’adhésion de Cglise au système juif. A partir du jour où l’Eglise a habilité l’Usure quelle avait combattue pendant linze siècles, le règne social du Christianisme a été rminé et le règne du Judaïsme a commencé. Prouîon, avec sa terrible puissance de logicien, a très bien scerné que le nœud de la question était là.
Léon XIII aura beau remettre cent fois sur le chan- :r sa célèbre encyclique sur là question sociale, il ne iut pas sortir de ce dilemme, et il sera forcé de s’en nir à des déclamations plus ou moins oiseuses, à des mali tes plus ou moins prudhommesques sur la néssité de se bien conduire. Il en est de lui comme des efs du parti catholique : dès qu’il ne veut pas être ec nous contre Rothschild, il est forcé d.’être avec acé-Berneau. Après tout, cet homme a payé tant fil a pu. Ce qui est criminel en lui, aux yeux du vérible moraliste chrétien, ce n’est pas de ne pas avoir ntinué à donner 130 pour 100 l’an à ceux qui lui mettaient des fonds, c’est d’avoir osé prétendre qu’il •avait légitimement les donner. Qu’est-ce que la aute Banque? C est Macé-Berneau aveedes reins plus
LE TESTAMENT d’üN ANTISEMITE
solides. Au moment de la débâcle définitive, vous > trouverez pas dans la caisse de certaines grandes nu • sons de banque ce qu’on a trouvé dans le cofïre-fc; de Macé-Berneau.
Cette société est, en réalité, constituée sur l’escrquerie. Plus l’opération est vulgaire, simple, dénu: de toute apparence sérieuse, plus elle réussit. Penda: un mois, les Parisiens se sont disputé les parts de PI cers de la Haute Italie.
— Qu’est-ce 'que c’est que ces Placer s de la Hau' Italie ?
— C’est rien... On ne sait même pas ce que c’e: chez les banquiers de Milan... Il n’y a rien... P: d’exploitation... Pas d’installation industrielle... L; placers sont en France, puisque c’est de là qu’on ti l’or et qu’on place les parts... En Italie, il y a le Tessi voila tout...
— Mais enfin...
— Je vous le répète, il n’y a rien... C’est une socié suisse qui a pour tout apport des droits de pêche por l’or et le poisson dans le Tessin. Ces droits, paraîtremontent à une charte de Frédéric Barberousse.
Ces apports sont représentés par cinquante mil parts qui, au prix où en étaient les parts au mois ( février, représenteraient trente-deux millions. Yoi avouerez que, même en admettant que les poissoi soient en or, il faudrait qu’ils fussent d’une jolie tail pour valoir trente-deux millions!... Il est vrai qu’un d« organisateurs de cette pêcherie est un pêcheur éméri et même récidiviste : il a été déjà condamné dans l’a faire du Foncier suisse ; un autre promoteur a été ex cuté à la Bourse, en Italie.
— C’est absolument fabuleux !
— Oh! c’est bien plus drôle que vous ne le croyez. Seulement, vous savez, on hésite... Dans les guerr» de Vendée, les chefs parfois ne pouvaient distribu< que six cartouches à leurs meilleurs soldats : il falla
>ien réfléchir avant de tirer. Des magistrats dignes de e nom devraient féliciter publiquement les écrivains ourageux qui, sans intérêt personnel, s’efforcent d’aertir les victimes, de les préserver de leur propre décence : ils sont de cœur avec les financiers... J’entends ncore le président, lorsque j’ai voulu expliquer le iston, me dire avec sa voix de bois : « Je ne vous arle pas, vous... »
— Ces Placers de la Haute Italie ont déjà distribué n dividende?
— Parfaitement... Il y a une société, la Blésoise , ui s’est formée à Blois, pour payer un droit de sous- )cation à la société. Ce droit de sous-location pour une hose qui n’existe pas constitue un bénéfice, et c’est ur ce bénéfice que l’assemblée générale a voté, à iUgano, un acompte de dividende de IG francs. Une utre société, YAngoumoise , devait se fondera Angou- Ime.
— Qu’est-ce qui a lancé cela?
— C’est M. Circaud, celui qui a pris au Gaulois la accession de Mary-Raynaud. Vous n’avez qu’à lire le ’-aulois :
Les parts des Placers sont de plus en plus recherhées.
Les parts des Placers de la Haute Italie poursuient leur mouvement ascensionnel.
Les Parts des Placers répondent à leurs détracmrs par des cours de plus en plus élevés.
— Et alors?...
— Alors ce Circaud a fondé une Société française doniale indo-chinoise au capital de dix millions ; il ^omettait des monceaux d’or à ses actionnaires et firmait qu’il avait le patronage du gouvernement.
L’administration, disait le prospectus, réserve, il nous en été donné l’assurance, d’ores et déjà tout son appui à notre ntative et favorisera par tous les moyens dont elle dispose s efforts et la marche au succès de notre société.
LE TESTAMENT d’üN ANTISEMITE
C’est dans ces conditions que nous faisons appel dès première heure à une œuvre à la fois sûrement rémunératri et éminemment nationale.
Les journaux qui n’avaient pas été arrosés crièren et Étienne, le sous-secrétaire d’État aux Colonies, pn testa que l’affirmation de Circaud était un pur mei son ge c t que le prou vernement était absolument étrange à la nouvelle société.
— Et alors?
Alors Circaud déclara que pour répondre aux calon niateurs qui osaient prétendre qu’il était dans de mai vaises affaires et prouver que sa banque était tri florissante, il allait la mettre en liquidation. Les PU cers de la Haute Italie, qui avaient atteint un morne; 640 francs, tombèrent en quarante-huit heures 150 francs, et peut-être seront-ils à cinquante centim quand ce volume paraîtra.
Voilà encore, prise sur le vif, la moralité du journ lisme judaïco-catholico-monarchique. Voilà le metf qu’on fait dans les journaux du Roi; on y engage ( pauvres niais à vendre leurs meilleures valeurs pof prendre des parts d’une affaire qu’on sait être ui flibusterie.... Et tous ces Droitiers qui marchent si p< droit osent prétendre que les royalistes représentent parti de l’honnêteté ! En voyant leur parti en tomber 1 j’imagine que certains vieux monarchistes doive) trouver parfois qu’ils ont trop vécu...
Le non fonctionnement de la Justice devant refis actes est un des phénomènes les plus curieux c ce temps, quand on l’examine sans colère vaine et à i. point de vue en quelque sorte exclusivement sciem tique. Si certaines notes sont brisées dans le clavfi individuel de nos contemporains, il y a également daila mécanique gouvernementale des ressorts cassés ;i y a, si vous le préférez, des organes morts dans le cor « social.
Un presque homonyme à moi, un Anglais, Henry Drummond — tous ces Drumont ont vraiment le goût les éludes elevees — a touche à ces questions dans un rthume qui a eu un immense retentissement en Anrleterre . Les lots de la Nature dans le monde spiriuel.U a applique à la recherche des lois qui rûHslent le monde de l'esprit la méthode qui sert à ctudier es phenomenes chimiques et physiques du monde norgamque. Il a pensé que la plupart dos lois du nonde spirituel, considérées jusqu’à présent comme ppartenarit a un domaine entièrement séparé sont împlement des lois du monde naturel.
C’est ce qu’une poétesse anglaise, Aurora Leigh, était efforcée d exprimer déjà.
Et vraiment bien des penseurs de notre époque Et môme bien des docteurs chrétiens à moitié au ciel Ont bien eu tort, à mon sens, qui comprirent Notre monde naturel d’une façon trop insulaire;
Comme s il ne se rattachait à aucun continent spirituel
C»ni|0m rant son dessein, soudant tout à la Justice, ü la .rfection ligne apres ligne,
Forme après forme, rien ne restant isolé ni séparé. enYaut^ T°Ut ^ bdS teüU fermement Par le grand Tout
Henry Drummond a consacré do nobles pannes à ‘montrer que la parole de saint Paul : « le salaire du . c est la mort » n était pas une simple métaphore, aïs une constatation en quelque façon biologique Les lois du Dieu vivant, dit-il, sont les lois mêmes ! la Nature. »
Qucst-ce donc que vivre ? c’est être en corresponde avec beaucoup de choses, avec ce que les Anus appellent « l’environnement. »
Le minéral vit, mais d’une vie tout à fait rudimenre et inerte. L’arbre correspond déjà avec la terre r ses ! ucines ; ses feuilles sont impressionnées par soleil et par l’air. L’oiseau vit d’uue vio plus déve-
206 LE TESTAMENT d’üN ANTISÉMITE
loppée encore ; il peut se déplacer, il entend le chanl de ses compagnons, et correspond à une plus grande étendue « d’environnement ». L’homme est la plus vivante de toutes les créatures : il est en contact direct avec la terre, avec l’air, avec la chaleur du soleil, avei la musique des oiseaux, avec tout ce qui a forme, relie ou couleur dans le monde visible. A mesure qu’il grandit, il élargit le cercle de ses relations ; il touche à la fron tière du monde surnaturel, il y pénètre, il y vit pai l’impression qu’il en a, par le désir d’aller encore plu! loin ; il connaît Dieu et il est aux animaux qui ne con naissent pas Dieu comme l’arbre est au minéral qui n« connaît pas la lumière.
Dès qu’il ne connaît plus Dieu, l’homme corresponc à un « environnement» moindre; il rétrograde, il si meut dans un cercle moins vaste, il redescend les éche Ions de la vie ; il meurt partiellement comme l’aveugl ou le sourd qui sont mis hors de rapports avec un partie du monde extérieur, chez lesquels la vie est évi demment moins complète que chez ceux qui voient e qui entendent ; le sens du Divin lui échappe d’abord, 1 sens moral lui fait défaut à son tour et son domaine, d plus en plus resserré, se restreint bientôt à ce qui ei purement animal.
Il en est des collectivités d’hommes, des société comme des individus et, dès qu’elles sont en proie a Péché, la paralysie les envahit progressivement et ] Mort gagne peu à peu leurs organes essentiels.
Longtemps après que la fonction a cessé, l’orgar subsiste, mais c’est un organe abortif, atrophié. Poi ceux qui regardent de loin, l’Empereur Guillaume l’air d’avoir un bras gauche ; seulement ce bras e mort, c’est un morceau de bois.
Au point de vue sociologique, rien n’est plus vrai qi ce que dit à ce sujet Henry Drummond.
Ce n’est pas le caractère le moins tragique de cette déc dence que ses effets peuvent môme être cachés aux autre
ANÉMIE ANESTHÉSIE — ATARAXÏE 207
Lâme qui subit la dégénération, par suite sûrement de quelque plan diabolique forgé au fond de l’Enfer, possède le pouvoir du secret absolu. Quand tout au dedans Rendre la corruption et a pourriture, un Judas, sans anomalie peut baiser son maître. Cette consomption invisible, comme son analogue feroce dans le monde naturel, peut même conserver sa victime avec sa beauté pendant qu'il la tue. ons"r'er
Quand on examine les petits crustacés qui habitent depuis les siècles la cave du mammouth de Kentucky, on est d'abord donne de trouver qu en apparence ces animaux sont doués 1 yeux parfaits. La pâleur de la tête est rompue par deux loints de couleur noire vraiment remarquables comme étant es seuls points colorés sur tout le corps blanchi ; et pour observateur superficiel, ces points représentent certainement des organes de vision bien définis. Mais que feraientsd yeux dans ces eaux stygiennes ? Une nuit éternelle rfcfne à. La loi cette lois est-elle en défaut? Une incision rapide vec le scalpel, un coup d'œil avec une lentille et leur secret st trahi. Ces yeux sont un leurre. Extérieurement ce sont es organes de vision ; le devant de l'œil est parfait ■ deriere il ny a rien qu une masse de ruines. Le fil optique est û fil rétréci, atrophie et sans sensation. ^ q
•nn? iamm.aux ,ont ^es organes de vision et cependant iis ont pas de vision. Ils ont des yeux, mais ils ne voient pas.
valent “ ?Ue e Ghrist a dit des l>ommeS ■ Iis
"es.?cux* w.ais pf de visi°n- Et ia ^«n est ia
îême. C est le problème le plus simple de l’histoire natu-
;le. Les crustacés de la cave du mammouth ont élu leur
IZtltTL °bSCUf ' ~ G'est P01^™ Ü»»’* «ont adaptés, usant il., voir ns ont renoncé au droit de voir. Et la
«aT leeS( a eXaUCéS d’U“0 maDière effrayante. La Nature
unfre ! ! ■ Pfr Sa coaatllution même. C'est sa défense
tre la dissipation que le dépérissement de la faculté
ve immédiatement .a cessation de la fonction. . Que •lu. qu^ a des oredles pour entendre... celui dont les Gilles ii ont pas dégénéré, entende! »
Ceux qui ont mission de juger sont eux aussi des hâtants des eaux stygiennes. Entrez dans ce tribunal, >us croirez, effectivement, en contemplant cette mise iscene, en écoutant ces formules, être en face de ma- 'strats accomplissant réellement une fonction de jus-
LE TESTAMENT d’üN ANTISÉMITE
tice, la plus haute des fonctions sociales après celle du prêtre. Ce n’est là que simulacre et apparence. Ces hommes étant en proie au Péché, à la luxure, à l’amour des richesses, à la corruption sous toutes formes, sont des Sépulcres blanchis, ainsi que le dil Notre-Scigneur Jésus-Christ : il y a un mort en eux.
Comme l’écrit le philosophe anglais, ces gens-là onl des yeux mais ils n’ont pas de vision. Leurs yeux son! semblables à ces fenêtres peintes en décor sur certains murs pour en dissimuler la nudité ; elles ne s’ouvrenl pas, ces fenêtres, pour laisser entrer le soleil, la vraie lumière bienfaisante et divine.
Ce serait, d’ailleurs, une expression impropre que de qualifier de scandaleux les jugements récents qui on acquitté d’illustres voleurs uniquement parce qu’il* étaient riches. Ces jugements n’ont pas fait scandale, l parler littéralement, parce que l’état moral des juge* est adéquat à l’état moral du pays.
Ces juges ne sont pas, comme il est arrivé en d’autrei temps, des individualités à part exceptionnellemen perverties. Ce ne sont même pas des bohèmes de h République; ceux-là se portent plutôt vers d’autres car rières. Ce sont des bourgeois de bonne bourgeoisie ils ont, à côté des châteaux de financiers, des maison* de campagne confortables qui leur viennent de famille Quelques-uns vont à la messe et leurs femmes y von presque toutes. Ce sont elles qui, souvent, excitent le; maris à s’entendre avec les voleurs millionnaires ei insistant, quand leurs conjoints hésitent, sur la néces sité de faire faire des mariages convenables aux filles
Ces considérations rendent au fond la Bourgeoise indulgente. Vous remarquerez que la plupart des jour naux conservateurs n’ont pas eu un mot de blâme pou les jugements rendus dans l’affaire des Métaux.
Vous prendriez au hasard dans la rue 100 per sonnes de la classe moyenne, vous les chargeriez d remplacer les juges actuels et vous leur offririez deu
ANÉMIE — ANESTHÉSIE — ATAHAXIE 209
>u trois ccnt mille francs pour acquitter un financier pii aurait eu des malheurs, que 70 sur 100 accepte- ’aient.
Encore une fois, on commente ces jugements sans jolère et, la plupart du temps, on les annonce d’arance.
Un des administrateurs du Comptoir d’Escompte lisait en déjeunant avec un de nos confrères : « La presse n’est vraiment pas cher ; pour 200,000 francs, ai obtenu qu’elle ne parle pas de moi et la Magistrature ne me coûtera pas davantage. » Sur la ligne de ^orbeil, dans le train du samedi soir, on se racontait es propos d’un des agioteurs les plus compromis dans ’aventure : « Cela me coûtera chaud, mais je suis sûr l’être acquitté. »
C est dans le peuple seulement que vous retrouverez incore un certain sentiment de la Justice abstraite, une -ertaine puissance d’indignation qui est tout à fait iteinte chez les représentants des classes élevées.
• Je me rappelle encore, par une matinée ensoleillée, ivoir écouté quelque temps sur la route des ouvriers [ui devisaient. C’était à la hauteur du pavillon d’Éioles, a un angle du chemin d’où l’on a une vue ravis- •ante sur la Seine. Bob avait très chaud et, tout en dmirant le paysage, je laissais, comme Ilippoly te, doter les rênes sur mon coursier.
Ces ouvriers s’étaient mis à deux pour acheter le °etit Journal et ils le lisaient ensemble. La ruine du comptoir d Escompte ne leur avait certainement causé iucun dommage direct et cependant ce cynique acquitement les rendait furieux. Je comprenais a leur lan- ,age ce que sème de haine dans les âmes populaires e sans-gêne des classes dirigeantes à braver, à outrager, à meurtrir ces instincts de droiture qui furent si ongtemps dominants chez nous.
Sans doute, il se trouve encore quelques magistrats [ui ont conservé la notion du devoir social.
210 LS TESTAMENT d’üN ANTISÉMITE
On se rappelle la noble attitude de l’avocat-généra Sarrut dans le procès des Métaux, et c’est une joie poui l’historien social, qui est obligé de retracer tant de hontes, que de pouvoir citer des paroles comme celleslà qui relèvent un peu la France devant l’étranger :
Je prie la Cour de réfléchir aux motifs qui dictent ma con duite : à notre époque, dans un pays de liberté comme 1< nôtre, où tout est livré à une discussion sans limites, le seu frein est le respect de la loi, et ce respect se mesure à celu qui s'attache au caractère du magistrat.
Or, l’observateur ne comprendrait pas que trois mois, sh mois de prison, c’est-à-dire le minimum des pénalités que h loi édicte et dont vous frappez les malheureux qui, pour h première fois, comparaissent à la barre, aient pu parai tri suffisants pour punir des hommes qui, sans autre but que d< satisfaire leur amour du lucre, ont ruiné deux sociétés e causé un nombre incalculable de malheurs.
En assistant à un pareil spectacle, on se demanderait pour quoi la Justice, qui pèse si lourdement sur les humbles, a di telles indulgences pour les forts, et l’on douterait s’il es équitable de réserver pour les petits, pour ceux qui ne pro fitent pas des fautes qu’ils commettent, une sévérité à la quelle échapperaient les coupables de la haute finance, pou lesquels la violation des lois a été une source d’enrichisse ment.
Pendant que M. Sarrut parlait, rien n’était curieui à regarder comme le président Galary, un petit homim chauve, au visage obscur, à la mine chafouine quoi appelle maintenant au Palais Calary-Laveissière e dont je ne parle, d’ailleurs, qu’à l’occasion de ses fonc lions. Il ricanait avec ses voisins et semblait murmu rer : « Est-il possible de perdre son temps à dire de; niaiseries pareilles ? »
Si vous voulez savoir ce qu’est la Justice française lisez ceci lentement et méditez-le :
, * Ce Laveissière, condamné seulement à trois Wfiïlh francs (Vamencle , pour avoir ruiné le second établis
ANÉMIE — ■ ANESTHÉSIE — ATARAXIE 21 i
sement financier de France par de frauduleuses manœuvres, avait un domestique, un nommé Cornet, qui lui volait du vin qu’il revendait à un épicier de Draveil. Laveissière poursuivit naturellement ce grand coupable avec l’acharnement qui convient à un homme d’une conscience aussi pure et, après avoir fait cinq ou six mois de prison préventive, le malheureux Cornet fut jugé à Versailles à la session de mars ou d’avril 1890. Savez-vous à combien il fut condamné ?
— A quatre ans de prison !
Vous entendez d’ici la conversation dans un dîner le magistrats et les propos qui se croisent entre des convives échauffés par la bonne chère dans la capiteuse itmosphère des fins de grands repas ?
Le Financier. — Oui, messieurs, l’abus de confiance... Je lui confie les clefs de ma cave... C’est une mission de confiance, n’est-ce pas ? Les actionnaires cnt confiance en moi, ils se reposent sur les statuts, ils savent que nos opérations doivent se borner à escompter des effets de commerce...
Premier Conseiller. — Qu’est-ce qu’il a à nous raconter son affaire ? Est-ce qu’il en rappelle ?
Second Conseiller. — Mon cher collègue, n’inter- ’ompez pas un Amphitryon qui est officier de la Légion l’honneur.
Le Financier. — J’ai confié cinq mille bouteilles de fin à cet homme. Je dois en retrouver cinq mille... Un peu de ce Château-Yquem, messieurs ?
Troisième Conseiller. — Il est exquis... C’est celui-là que ce pendard dérobait ?...
Le Financier. — Celui-ci est meilleur encore... J’ai cemonté ma cave depuis... Vous suivez bien mon raisonnement, n’est-ce pas ?
Quatrième Conseiller. — Parfaitement !... Alors, ceux qui avaient déposé leurs économies dans votre cave n’ont plus rien trouvé ?
Le Financier. — Précisément... Le misérable avai emporté le vin...
Le Président. — Oui, vous aviez employé les fond qui vous étaient confiés pour un usage déterminé à de opérations de jeu absolument antistatutaires... G’es pour cela que nous avons donné...
Le Financier. — Quatre ans de prison...
Premier Conseiller, à son voisin. — Comment Nous lui avons donné quatre ans de prison?...
Deuxième Conseiller. — Vous avez trop pris d» Château- Yquem... C’est une histoire qu’il vous ra conte... une histoire qui lui est arrivée... Il avait ui homme à ses gages qui a abusé de sa confiance.
Troisième Conseiller. — Abus de blanc-seing... L Gode est formel...
Quatrième Conseiller, avec attendrissement . - En fait de seins, si vous voyiez ceux d’Amélia... El voilà qui sont blancs comme la neige... Blancs seings seins blancs... [Il rit 'bruyamment.)
Premier Conseiller. — Faites attention, il y a ui abbé...
Deuxieme Conseiller. — Notre collègue n’est pa sérieux... 11 n’arrivera pas à la Cour de Cassation...
Troisième Conseiller. — Il y arrivera, mais un peu., cassé.
Le Président. — Enfin, comment tout cela a-t-i fini?
Le Financier. — Quand on s’est aperçu de cett disparition...
Troisième Conseiller. — La Banque de France notre grand établissement national, a donné 140 mil lions pour remplacer ce que les administrateurs avaien enlevé...
Le Financier. — Et alors, ainsi que j’avais l’honneu de vous le dire, on l’a condamné à quatre ans d< prison.
Cinquième Conseiller. — Qui donc ?
ATAIUXIE 213
Deuxième Conseiller. — Un homme qui avait volé u vin...
Cinquième Conseiller. - Un pot-de-vin... C’est affaire Wilson... Nous 1 avons acquitté aussi, celui-là ,h! çà! qu’est-ce qu’ils ont donc tous à nous raconter
os jugements... Ce n’est déjà pas si flatteur pour ous. 1
Premier Conseiller. — Il n’était pas décoré cet omme? 1
Troisième Conseiller. — Mais non, c’était un auvre diable.
Quatrième Conseiller. — Ah oui ! un rien qui aille... Nous en avons à juger un comme cela demain a eu trois mois pour avoir volé un potiron... il n’est as content... Qu est-ce qu’il veut? le maximum? Il aura... Moi, quand j’éprouve le besoin de mander du otiron, j’en envoie acheter chez Je fruitier... Je n’ai
jurtant que mes modestes appointements de conaller...
Cinquième Conseiller. — Et puis les procès de lanciers qui rapportent quelque petite chose...
Le Président, avec beaucoup de dignité. — Oh! essieurs, n’agitons pas ces questions ici ; c’est pour la ïambre du Conseil...
Premier Conseiller. — Encore un verre de ce Châau-Yquem... Il est vraiment très bon... N’oublions is que rue Chabannais on fait les Paies à onze
ures... Quand on arrive trop tard, on est mal placé on ne voit rien.
Troisième Conseiller, en prenant son paletot dans mh chambre. - C’est égal, messieurs, c’est rudeent beau ici... Nous aurions bien pu demander un u plus...
Ce qu’il ne faut pas se lasser de répéter, c’est l’efe dureté de ces hommes qui n’ouvrent leur ?a que lorsqu il s’agit de millionnaires; ist 1 iniquité monstrueuse, exécrable et impie de ces gements.
2 i 4 LE TESTAMENT D’üN ANTISÉMITE
Ceci, je l’ai dit dans la Fin d'un monde et dans Dey nière Bataille , et je le répète encore cette fois, car ] journal passe et le livre reste. Quand le volume est bie usé, bien fatigué, déficelé à force de circuler, on de pense quinze sous pour payer la reliure et l’employi le voyageur de commerce, l’ouvrier, les gens de dro ture qui m’écrivent cherchent, lorsqu’ils ont une m nute à eux, la page déjà lue qui les a fait pense) qui les a remués, parce qu’elle était véridique et sii cère.
Regardons-le donc, le lugubre défilé qui matérialis en quelque sorte sous les yeux de tous l’infamie de ] Magistrature actuelle, indulgente aux riches, implacah aux déshérités. Place d’abord au petit Jahn qui a él crayonné par Séverine un jour qu’elle était dans ur bonne disposition et qu’elle n’avait pas le rayon d’e des Rothschild dans l’œil pour troubler sa vision.
Le petit Jahn est un jeune télégraphiste congédié cause de ses infirmités et un peu aussi pour s’être mê de politique ; il est réduit à gagner sa vie comme peut.
Le voici qui couche je ne sais où, qui mange je ne sa quoi, toujours fier — on peut nfen croire — ne tenda. jamais la main, acceptant plutôt n’importe quelle besogne ' hasard qui lui permette d’avaler une bouchée de pain et o dormir sous un toit.
Un jour — ah ! écoutez ceci, c’est un des incidents les pli navrants et les plus odieux que je connaisse! — on lui <; qu’il trouvera de l’ouvrage à huit lieues de Paris. Hait lieud pour ses pattes d’estropié, que la politique n’a pas guérie au contraire !
Mais, je l’ai dit, ce n’est pas un fainéant. Il se met t route, se traîne, arrive — il n’y a plus de besogne pour b, l’équipe est au complet ! A demi mort de fatigue et de faii, il se couche dans un fossé.
Gomment rejoindre Paris? Gomment revenir? Ses pieï ne le soutiennent plus, tout saignants dans leurs bandagî de chiffons, et la campagne inhospitalière est mauvaise à (i lui semble suspect.
ataraxie
ak Émir