ANÉMIE
Tant cle fois nous a-t-on parlé et nous parlera-t-on encore es grands principes de 89 ? Nous avons foi que ce n’est pas i un vain mot, alors qu'il s’agit de la plus grande escroqueie publique de tous les temps, chez tous les peuples, escrouerie accompagnée des circonstances les plus odieuses que histoire ait jamais enregistrées.
Veuillez agréer, Monsieur le directeur, avec tous nos reîercieraents, l’assurance de notre haute considération.
Le Président du Comité des actionnaires et obligataires du Panama de Châteauroux et du département de l’Indre ,
Rétault,
Sous-intendant militaire en retraite , officier de la Légion d’honneur , Président d’honneur des Comités indépendants réunis en Congrès dans la Charente, le 17 novembre 1889 .
Il est inutile d’ajouter que l’appel de M. Rétault n’eut as le moindre écho.
Au nom du groupe qu’il représente, M. Rétault avait .ien voulu m’envoyer une adresse de remerciements our avoir pris en main la cause des infortunés sousripteurs de M. de Lesseps. Je mis, de mon côté, à sa isposition, ma vieille expérience du journalisme.
« Demandez, lui dis-je, à M. Monchicourt, de me lisser prendre communication des sommes versées our frais de concours et de publicité; s’il est un honête homme, comme Fallièresl’a proclamé à la tribune,
. ne peut vous refuser cela, car tout ce qui concerne la ublieité doit être public, et les actionnaires ont bien 3 droit de connaître à quoi leurs fonds ont servi. »
M. Monchicourt se garda bien d’accueillir cette deaande qui était, on l’avouera, parfaitement légitime.
Ce qui est amusant là-dedans, quand on connaît les essous de la Presse parisienne, c’est l’attitude de cerlins journalistes. Qui n’a lu les articles indignés conacrés par M. Henri Rochefort à Mary Raynaud? En ehors de longues colonnes dans l’intérieur du joural, il y a cinq ou six de ces chroniques au picrate, tans lesquelles l’infatigable et toujours jeune pamphlé-
taire s’en donne à cœur-joie. Je vous assure que 1 « candidat de la Vidang-e » est arrangé de la belf façon.
Qu’a volé, cependant, Mary Raynaud? Quatre ou cin< pauvres millions. A qui les a-t-il volés ? à des gens qu savaient, à n’en pas douter, qu’on risque quelque chosi quand on veut toucher 30 pour 100 l’an de son argent
Gomment se fait-il que l’écrivain, si dur pour le ban quier auvergnat, reste sans voix devant une flibusterii qui porte sur près de quatorze cents millions? Com ment se fait-il qunl ne réclame pas de poursuites contr< les administrateurs qui se sont joués, avec un si mons trueux sans-gêne, de la naïveté du public? M. Roche fort, qui est à Londres, pourrait d’autant plus facile ment savoir le nom de l’administrateur qui a placé er fonds anglais soixante millions volés par lui dans le Pa nama, que le nom de cet administrateur est connu de tous, meme à Paris. Comment se fait-il que ce justiciei si sévère ne demande pas pourquoi aucune instructior n’a jamais été commencée?
Je n’ai pas la prétention de fournir des sujets à un de nos vétérans du journalisme, mais enfin il me semble qu’il y aurait pour M. Henri Rochefort le thème d’ur article plein de verve et d'ironique indignation dans le spectacle de ce malfaiteur impuni, qui promène dans toutes les cérémonies publiques son grand cordon de la Légion d'honneur alors que, sans compter les suicidés, tant de victimes sont réduites à mourir de faim.
M. Henri Rochefort a été hors de lui lorsque M. Flo quet a refusé de communiquer une dépêche adressée au gouvernement par M. Richaud ; cette colère révèle évidemment un homme qui aime la lumière. Pourquoi ne se joint-il pas à moi pour demander à M. Monchicouri de publier la liste des journalistes qui ont touché sur le Panama? Ici, il ne s’agit pas, comme dans le cas de Richaud, d’une affaire d’Etat, mais d’une affaire sur laquelle tout devrait pouvoir être dit sans inconvénients.
ANÉMIE — ANESTHÉSIE — ATÀRAXIE J 07
« Si le « Ccinluronné », au lieu d’être la bonne fille 511’il est au fond, était d'humeur rancunière, il n’aurait qu’à contraindre M. Monchicourt à faire cette publica- ,ion. Je crois que M. Rochefort en éprouverait quelque îhag-rin. Le public s’apercevrait peut-être que le plus i ceinturonné » n’est pas encore celui qu’on pense...
S’il faut en croire, en effet, ce qu’on raconte, les in- .ransigeants de gauche et les intransigeants de droite rnt été ceux qui ont le plus tiré du Panama.
Ceci vous explique que la Presse n’ait pas réclamé me seule fois que Injustice intervienne dans cette ténéireuse affaire.
Quant aux administrateurs, ils semblent pleins de lérénité. Pour bien graver dans l’esprit de tous le commandement de Dieu qui défend de prendre le bien du irochain, c’est la Nonciature elle-même qui se charge le célébrer le mariage de Mlle de Lesseps avec M. de fontaut-Biron lequel, nous apprend Etincelle, « est m beau, jeune, riche seigneur, ayant un brave cœur le gentilhomme. »
L’hiver, Mme de Lesseps donne des soirées musicales ort courues. L’été, toute la famille se transporte à la .ampagne, où le Patriarche de l’escroquerie mène une îxistence qui ne manque pas de charmes, d’après 'affirmation du Gaulois (1).
M. Ferdinand de Lesseps passe une partie de l’été au châeau historique de la Chesnaie, dans l’Indre, avec sa nom- »reuse famille.
La Chesnaie a appartenu à Agnès Sorel, dame d’Issoudun, iui fut, on le sait, la favorite de Charles VIL L’ancien monunent historique a élé transformé en une maison de plaisance )mbragée de sapins séculaires et flanquée d'une tour molerne. De la terrasse de cette tour, on a une vue splendide ur les prairies boisées et accidentées qui se déroulent à perte le vue.
M. Ferdinand de Lesseps continue à la Chesnaie les tradi-
(1) Gaulois , 18 août 1890.
LE TESTAMENT d’üN ANTISÉMITE
lions hospitalières de la dame d’Issoudun; les habitants du pays Faiment beaucoup , d’autant qu’il est leur doyen et que son installation à la Chesnaie remonte à près d’un demisiècle.
La chasse est la passion favorite de M. de Lesseps ; aussi, est-il constamment à cheval, suivi, comme bien on pense, de toute sa bruyante et charmante progéniture.
Les jours de chasse, c’est une véritable trombe, à travers le pays, de poneys et de chevaux de tout poil et de toute taille. Les jeunes amazones, surtout, sont d’une intrépidité que rien n’arrête, ni les obstacles, ni la fatigue.
Quand le temps nç permet point les exercices sportiques, M. de Lesseps s’installe, dès sept heures du matin, dans son cabinet de travail; il est coiffé, comme à Paris, d’une calotie de velours et revêtu d’une ample robe de chambre à ramages chatoyants.
La note gaie est fournie cette fois par Deipit. Notre confrère, on le sait, en dehors de ses exercices d’auteur dramatique, possède dans les environs du quai Morland un dépôt de pavés d’ours. Quand, dans le tas, il trouve un pavé d’un poids exceptionnel, il l’apporte à Magnard, qui enchâsse dans le Figaro ce spécimen de la littérature ursine comme un exemple du degré où peut atteindre le Béotisme contemporain.
C’est ainsi que nous avons pu lire dans le Figaro un article où il était question de «l’intègre Fallières».
Si ce Fallières avait été non pas « intègre », ce qui est un mot un peu héroïque par le temps qui court, mais simplement « honnête », il aurait compris que la justice doit être égale pour tous, et il aurait chargé un juge d’instruction laborieux d’éclaircir complètement cette mystérieuse histoire du Panama.
Toutes les malversations, toutes les dilapidations, toutes les déclarations mensongères, toutes les dissimulations en matière de comptabilité, toutes les manœuvres frauduleuses sont, en effet, accumulées là-dedans.
Personne n’ignore les efforts tentés pour arriver paisiblement à la prescription ; chacun est au courant
;s négociations honteuses à la suite desquelles Faites a arrêté les poursuites.
M. Delahaye, avec un courage qui l’honore, mais ns oser néanmoins dire la vérité tout entière, avait >rté la question à la tribune à propos de la pétition ;s souscripteurs dépouillés, et demandé à M. Fallières ; qu’il comptait faire. Il n’a pu obtenir qu’une réponse •nfuse et vague, dans laquelle M. Fallières promettait l’un rapport circonstancié serait publié par M. Moniicourt.
Or, le rapport de M. Monchicourt est absolument îe plaisanterie ; il enfile des chiffres globaux, mais il î produit aucune preuve à l’appui de ces chiffres ; il entre dans aucun détail ; il ne produit pas une pièce î comptabilité ; il ne répond nullement aux questions îiont été posées sur le prix réel auquel auraient été lyées les actions du Panama Rail-Road.
11 n’y a pas, dans ce document, fort bien imprimé, ailleurs, sur beau papier, un chiffre qui ne soit odieument majoré, majoré au moins du quintuple, pour ssimuler l’argent qui a été détourné par les adminisateurs. Prenons un de ces chiffres au hasard. Vous ;ez dans le rapport de M. Monchicourt:
Frais d'assemblées générales , insertions et annonces , 852,664 fr. 99.
Voici ce qu’écrit à ce sujet à M. Monchicourt [. Gabriel Odelin, le frère du conseiller municipal de aint-Germain-l’Auxerrois.
La Compagnie de Panama ayant fonctionné de 1881 à 189, cela fait donc neuf assemblées générales .
Donc, chaque assemblée générale aurait coûté :