LIMINAIRE
Dans mes précédents ouvrages, j’ai mis en relief, >ur tous ceux qui veulent bien s’intéresser à mes traiux, deux épisodes consciencieusement étudiés, desîés à leur faire saisir le mécanisme de la vie contemiraine : Erlanger, ses juges , ses défenseurs et ses ctimes et Une entreprise au dix-neuvième siècle : anama.
Ces pages n’étaient pas, dans mon intention, des actes accusation et encore moins des prétextes à déclama- )ns, mais simplement des lectures pour ceux qui savent ’e, pour ceux qui dans toute la France ont des dispotions à tirer un enseignement de ce qu’ils ont lu.
LE TESTAMENT d’üN ANTISEMITE
En écrivant ces deux études, je m’étais proposé dJ; bien fixer le mouvement de la vie actuelle, de montre! à l’œuvre les Autorités sociales : Parlement, Magistra ture, Presse, Académies; de faire voir à tous commen la Société fonctionnant en mode subversif, tout ce qu semblerait devoir protéger les honnêtes gens, concourait en réalité à assurer, aux gros voleurs le succès d’abord, l’impunité ensuite.
Après ces deux grandes toiles, je vous présente une esquisse d un genre tout différent. A ces deux chapitres de documentation sociale, je vais adjoindre, si vous lè voulez bien, le tableau d’une élection municipale è Paris.
Les proportions, cette fois, sont tout à fait réduites, Il n est plus question de centaines de millions, mais d’un modeste siège de conseiller municipal. Au lieu d’être éparpillé sur une immense étendue et d’aller des bords du Pacifique au ruisseau du faubourg Montmartre, 1 intérêt est circonscrit dans l’étroit espace d’un quartier de Paris. Pour ceux qui ont le loisir et le goût de lire, le sujet n’en sera pas moins suggestif el fécond en réflexions, car, en dehors des idées générales qu il inspirera, il nous permettra par sa nature même de regarder la physionomie de la vie présente dans un petit coin de la capitale.
Par lui-même, le thème principal est fort simple.
Voilà un écrivain qui a conquis la réputation par des œuvres retentissantes. Cet écrivain n’a pas été élevé par les Religieux ; il n’a pas reçu le moindre service du parti prêtre, alors que ce parti était tout-puissant ; il ne s est affirmé chrétien que lorsque l’Eglise a été persécutée. G est alors que, pour la défendre, il a fait entendre une voix qui a eu de l’écho dans le monde entier.
Get écrivain habite depuis quinze ans le même quartier, il occupe un petit pavillon que tout Paris connaît; c’est là que s’est écoulée, sous le regard de tous, une existence qui a été toute de travail.
Au moment des élections municipales, il a l’idée de
oser sa candidature, il se dit : « Ma foi, l’occasion est onne pour exposer mes idées. Les ouvriers de ce uartier sont, pour la plupart, d’origine française ; ils uront peut-être le bon sens de comprendre les dangers ue leur fait courir l’invasion des Juifs allemands qui iennent exécuter chez nous des razzias comme le coup es Cuivres. En tout cas, ajoute-t-il mentalement, j’auii toujours les voix de mes frères les catholiques que, epuis de longues années, je rencontre toujours le diîanche à la Messe, ou à Pâques, à la table de commuion. »
Ce raisonnement n’a rien d’extravagant.
Cet écrivain de quarante-cinq ans, qui a eu un million de lecteurs, ne fait pas preuve d’une ambition ^mesurée en briguant un siège au Conseil munici-
al.
Il blesse les intérêts de personne, puisqu’il n’a as d’adversaire conservateur dans son quartier ; il ne ouble aucun droit acquis. En face de lui il n’a que 3ux concurrents qui aient des chances.
L’un est un Franc-Maçon opportuno-radical, librelïnseur et laïcisateur et ne se cachant pas de l’être. L’autre est un jeune homme de vingt-sept ans, sans icune espèce de mérite, tout à fait en dehors de l’Eglise dont la conduite n’a rien d’exemplaire ; il est la risée ême du parti boulangiste, auquel il prétend apparter.
Dans ces conditions, il est clair que l’homme de vaar, l’écrivain connu, le catholique pratiquant, doit mpter sur le suffrage des catholiques du quartier. En vous montrant les catholiques influents de la cirnscription s’acharnant pour empêcher d’entrer au •nseil municipal cet écrivain qui est catholique comme x, je n’obéis pas aune pensée de rancune personnelle, me propose tout simplement de vous faire toucher du igt ce qu’est le parti catholique, ou plutôt la bassesse, .nbécillité, la lâcheté, la perfidie, l’égoïsme de ceux
i se vantent d’être les chefs de ce parti.
LE TESTAMENT ü’üN ANTISÉMITE
Tel est le but que je me suis propose dans cetti étude pour laquelle je vous demande l'indulgence, cai je suis obligé d’y parler de moi, puisque, ainsi que vous l’avez deviné, il s’agit de l'élection du Gros Caillou, en avril 1.890.
Un tour dans le quartier. — Un peu de statistique électorale. - Les membres de mon Conseil de fabrique. — Monarchistes c bonapai ti.-tes. — Le capitaine Lambelin. — Le baron Legoux — Mon curé. — Un Suisse plein de bon sens. — Les brave gens. — Le syndicat des révoqués. — La lâcheté des gens dis tingués.
Je vais d’abord vous faire faire un tour dans moi quartier. Le monde entier l’a traversé au moment d< l’Exposition et personne ne l’a vu.
C’est un quartier mi-partie, comme on disait de cer tains vêtements au Moyen Age. Il est à la fois aristo eratique et populaire; c’est un mélange de Ménilmon tant ou de Montrouge et de faubourg Saint-Germain il est aristocratique avec l’avenue de Latour-Maubour; et l’avenue Bosquet où s’élèvent de somptueux hôtel modernes, presque campagnard dans le haut de la ru de l’Université avec ses maisons basses, ses terrain vagues, ses enclos où l’on étend du linge à sécher, se poules qui picorent sur la chaussée, ville de garniso avec l’avenue Lamothe-Piquet et les environs de l’Ecol militaire, toujours sillonnés d’officiers et de soldats.
Il y a là des cabarets pleins de pittoresque avec de tonnelles et des enseignes peintes : Au rendez-vou des mariniers ou A la bonne matelote qui datent d temps où le Gros-Caillou était presque la banlieue eto l’on allait dans ces parages manger une friture eomm
Asnicres aujourd’hui ; des rues attirantes par leur )litude meme, cette rue Surcouf, par exemple, hutide, fraîche en plein été, où le pas retentit dans le since comme dans certaines rues du Marais où il ne isse pas dix voitures dans une journée.
Engagez-vous, au contraire, dans les rues avoisiîntes, vers midi ou vers six heures; vous êtes en plein uarlier d'usine. Vous voyez défiler les ouvriers du impemcnt, anciens troupiers pour la plupart, qui ont icore une allure militaire; puis c’est la sortie de la lanufacture de tabacs, de ces cigarières vieilles ou unes, jolies comme un cœur ou bien usées et flétries 3 bonne heure par la double fatigue de la maternité , du travail. Les marchands des quatre-saisons guet- :nt l'ouverture des portes et l’on se presse autour des Ëtitcs voilures pour achèter de quoi préparer le repas a mari qui va rentrer à la maison de son côté. Toutes ;s langues de femmes sur lesquelles pesait la consigne 3 l’atelier se délient à qui mieux mieux et pendant un îart d’heure la rue s’emplit d’un mouvement joyeux. Faites quelques pas en dehors de tout ce bruit, pre- 3z le quai d'Orsay, le long duquel passait le Decau- 11e, et vous vous croirez transporté à cent lieues de iris, sur un mail, un cours, un boulevard de province vous vous arrêterez à rêver sous ces grands arbres li vont disparaître. C’est la question des Moulineaux, >nt j'ai entendu parler si souvent dans les réunions ectorales. Nous voulons tous que la tête de ligne du lemin de fer des Moulineaux soit au pont de l’Alma; compagnie de l’Ouest, pour se faire une amorce et tervenir dans le Métropolitain futur, prétend à toute rce, et malgré les protestations unanimes des habints, installer cette gare à l’esplanade des Invalides; force de pots-de-vin, elle obtiendra ce qu’elle désire saccagera ce quartier de Paris.
Un peu plus loin, vous trouvez le dépôt des marbres, est un endroit tranquille et ombragé, merveilleux >ur le travail avec toutes sortes de statues de grands
LE TESTAMENT d’üN ANTISEMITE
hommes : les unes attendent leur prochaine inauguration ; les autres ont cessé de plaire et on les a remisées 'là jusqu’au jour où leur tour reviendra de reparaître sur les places.
J’ai été bien souvent voir là Clésinger. Il avait un atelier grand comme une halle, mais la porte é.taii trop étroite pour qu’il y pût faire entrer un cheval et h se plaignait avec amertume du gouvernement. Le propre du sculpteur, d’ailleurs, est de se plaindre. Je n’ai jamais vu un sculpteur qui ne protestât pas contre quelque chose ou contre quelqu’un; les sculpteurs s’entraînent ainsi et iis se battent ensuite avec plus d’entrain avec la terre et le marbre.
Quant à la situation électorale du quartier, elle es simple. Le chiffre des voix conservatrices y oscilli entre 1,500 ou 1,400 voix. M. Deville, auxélections municipales du 30 janvier 1886, obtint 1,509 voix; M. Daguilhon Pujol, aux élections du 8 mai 1887, eut 1,411 voix. Aux dernières élections législatives, où les von conservatrices se divisèrent, Cochin eut encore 1,08( voix, exclusivement catholiques.
Or, sur les 613 voix que j’ai pu réunir, je n’ai certes pas eu 300 voix de catholiques et il est facile^ de s’ei convaincre. A peine ai-je obtenu quelques voix à la sec tion de l’avenue Bosquet qui est le faubourg Saint-Ger main de l’endroit, et ce fut la section populaire, la sec tion de la rue Gamou, qui me donna le nombre de voi: le plus élevé. Il s’est trouvé là de braves ouvriers qu se dirent : « Il est malheureux que cet homme aille la Messe, mais il a tout de même raison de demande pourquoi on n’arrête pas des financiers qui volent taD de millions, tandis qu’on arrête et qu’on conduit e prison de pauvres diables qui volent une tablette d chocolat d’un sou. »
Les membres du Conseil de fabrique, avec lesquel j’ai dîné chez mon curé, ont tous voté contre moi, l’exception du vicomte de Damas. Pour faire plaisi
i baron Reille, quelques-uns ont été assez coquins )ur se vanter d’avoir préféré un petit sauteur à un chrém comme eux. J’en vois encore un, un gros poussah rec une tête d’Iscariote, un œil égrillard et une solenté préfectorale, qui me tendait quelque temps après imnônière à l’église. Je ne pus m’empêcher de le reirder avec un tel mépris que le malheureux faillit en isser tomber sa bourse.
Reille s’est félicité publiquement d’avoir fait voter ut entière contre moi une société de secours mutuels r laquelle, paraît-il, il exerce une influence quelnque.
Malgré de Mun, qui fut très bien en cette circonmce, la moitié des membres du Cercle catholique, [quel je paye ma cotisation depuis huit ans, a voté ntre moi.
N’allez pas supposer que je me sois conduit en disante, que j’aie envisagé ma candidature simplement mme une occasion de poser des affiches sur des tirs et d’affirmer mes idées en attendant chez moi le sultat.
J’ai tenté cette épreuve avec beaucoup de conscience, mme je fais tout ce que j’entreprends, même lorsque la ne m’amuse pas. Je me suis placé dans les condi- >ns nécessaires pour avoir un chiffre de voix qui fit nneur à ma cause.
Au temps où il existait encore des partis, les sufiges conservateurs, au Gros-Caillou, se partageaient à u près également entre monarchistes e t bonapar tistes . Le parti monarchiste était représenté par le Comité iction du septième arrondissement, dont le bureau réunissait place Saint-François-Navier, où l’on avait idé une petite bibliothèque populaire.
Le président du Comité était justement un de mes iis, le capitaine Lambelin.
Lambelin est un joli type de soldat, un homme d’aîr, sec, tranchant, un peu aigu dans les angles, proadément bon et aimable quand on le connaît. Au
LE TESTAMENT d’üN ANTISÉMITE
Tonkin, il n’était pas tendre pour ses hommes, mais il obtenait d’eux tout ce qu’il voulait, parce qu’il étail toujours en avant. Dans la vie de Paris, il est le même.1! Au sortir d’une réunion publique orageuse, deux cents personnes criaient : « Vive la Commune! » Lambelin ôte son chapeau et, simplement, sans provocation, sans arrogance, de ce ton raide qui lui est particulier, il dit : « Vive le roi ! messieurs. »
Lambelin, en effet, est un orléaniste fervent. C’est le seul orléaniste passionné que j’aie jamais connu et il n’a pas manqué l’occasion de se faire arrêter au moment du procès du duc d’Orléans, en allant porter une couronne à la statue d’Henri IV.
Cet homme, si distingué sous tous les rapports, n’a qu’un défaut : il admire la Revue bleue. A Haïphong et à Saïgon il l’avait vue sur beaucoup de tables dans les salons européens ; il voulut en fonder une semblable, mais dans un esprit moins sectaire et moins étroit ; à son retour en France, il créa Samedi-Revue , où il groupa autour de lui des écrivains d’élite qui dépensèrent là beaucoup de talent. Comme les Conservateurs ne s’abonnent guère qu’aux journaux plus ou moins judaïsants, Samedi Revue ne vécut qu’un an. Lambelin n’eut, je crois, qu’un médiocre chagrin de son insuccès, car sa fortune lui permet de se payer de temps en temps le luxe d’une revue.
Lambelin vint me trouver et me dit : « Présentez-
vous donc au Gros-Caillou, au lieu d’aller poser la question sémitique dans un autre quartier, notre Comité vous soutiendra en dehors de tout point de vue politique. »
Je me rendis à ce Comité et j’y vis force braves gens comme il y en a encore dans des coins du Paris d’autrefois, des ouvriers, des négociants, de petits rentiers fidèles aux traditions de la vieille France. Je leur exposai mes idées ; ils les acceptèrent et ils acclamèrent ma candidature. Je ne trompai personne. Un des assistants ayant témoigné le désir que je misse sur mon
Tiche : Candidat conservateur , je lui dis francheient : « Non. J aime la probité dans les mois, je trouve 3faste et meurtrier le régime politique que nous subis- >ns, je n ai qu un désir : celui d’en débarrasser ma latrie. Ne serait-ce pas un mensonge, dans ces condians, que de se déclarer conservateur? Comprendrait- 1 un homme qui dirait : « J ai eu le malheur d’attra-
;rla syphilis, mais je suis conservateur et je tiens à la nserver » ?
On me dit en sortant : « Vous pouvez compter sur )us, mais nous ne répondons pas des bonapartistes » Le lendemain matin, le Comité m’envoyait une note : trois francs cinquante, montant du pétrole qui avait ulé pendant cette mémorable discussion et je la payai ec joie, en pensant qu on ne pourrait au moins m’acser d’avoir été subventionné par le parti monarchiste hélai ensuite un fiacre en disant au cocher: « Rue de sbonne », et je m’en fus trouver le baron Legoux
i me reçut avec infiniment d’amabilité et de bonne îce.
Vous devinez bien que le baron Legoux ne me deinda pas de rétablir l’Empire au Gros-Caillou, pas is que Lambelin ne m’avait demandé de rétablir la anarchie. Lettré lui-méme, il me connaissait mieux a personne ; il savait que j’avais toujours vécu en dedes états-majors politiques, que je n’avais aucune mon politique, et que je préférais cent fois, comme s les Français, d’ailleurs, une République honnête in gouvernement monarchique corrompu; que j’airais mieux, par exemple, une République avec un 'ci a Moreno pour président qu’une Monarchie avec Ddicux faquin comme Crispi comme premier ministre 1 me dit : « Vous voulez la punition de ces financiers mopolites^ qui ruinent notre malheureuse France, s voulez 1 appel au Peuple pour essayer de sortir de •oueoù nous nous enfonçons de plus en plus; tous
amis sont d accord avec vous et tous voteront pour s »
390 LE TESTAMENT d’üN ANTISÉMITE
Je m'en fus trouver enfin mon curé. Je n’ai pas, d ailleurs, loin à aller ; mon mur est mitoyen avec celui du presbytère et mes fenêtres donnent sur le jardin. Je vois, le jour, le gros chien ravager les plates-bandes et, la nuit, j’entends la voix sonore du fidèle animal qui défend la maison du pasteur.
C’est un digne homme que mon curé, un curé du Paris d’autrefois plus que du Paris d’aujourd’hui.
Nous avons à Paris des curés très compliqués : le curé financier, comme celui de Saint-Honoré, qui sauta comme un simple coulissier; le curé collectionneur, comme l’abbé Lerrebours, qui arrivera devant le tribunal de Dieu comme devant un jury d’exposition rétrospective, avec une collection de bibelots à faire envie aux célébrités de la curiosité... Mon curé, lui, est sim-i plement curé...
Le mobilier du presbytère est celui d’un prêtre de campagne; le cabinet de travail a pour tout meuble uni vieux bureau d’huissier et le salon n’est guère élégant, i
Mon curé, issu de bonne famille bourgeoise, avait? cependant un patrimoine assez considérable quand ili est entré dans les Ordres, mais il a tout donné, simple-? ment, sans tapage, sans musique.
Nul n’est moins bruyant, en effet, que mon pasteur ;j nul n’est moins « fin de siècle ». Dans le liigh life ca-i tholique de son quartier il est regardé comme une; bête. C’est l’opinion des beaux messieurs et des belles madames ; ce n’est pas la mienne. Avec moi, il cause volontiers, car nous avons un côté peuple qui nous rapproche, et je l’ai toujours trouvé très spirituel, très fin. comme les vieux prêtres qui ont beaucoup vu et beaucoup observé, et d’une conversation tout à fait instructive et profitable. En chaire, il est admirable de simplicité et d’onction, et quand il dit le Pater noster, ij remue vraiment, car on sent qu’il prie avec tout son cœur.
Il faut bien néanmoins que le pauvre curé vive ur peu avec le grand monde. Sa paroisse, je l’ai dit, £
ïüx aspects , elle est tout à la fois aristocratique et ipulaire.
L’élément juif a même déjà mordu un peu le quar- ;r et il est représenté avenue Bosquet par les Cahen ['Anvers, qui me poursuivent partout. Je croise leurs tapage s quand je suis à la ville et je retrouve leurs s de fer quand je suis aux champs.
J’imagine que si l’on avait l’idée de dédoubler la paisse et de donner à choisir à mon curé, son choix ne rait pas long : il choisirait le quartier des travailleurs des pauvres et laisserait le quartier selected à elque curé mondain qui s’y ferait rapidement une ie pelotte. En fait, c’est toujours du côté des rues où n souffre que l’on rencontre ce prêtre selon le cœur Jésus-Christ ; il va la faire le bien, mais presque en chette et toujours sans bruit.
L excellent homme a eu ses épreuves. Les marquises les comtesses du voisinage ont bien essayé de le ùtre dans le train et de lancer dans le Gaulois un >is de Marie quelconque, où des femmes plus ou >ins séparées et divorcées auraient chanté les Langes de la Vierge immaculée sur un air d’Offen- :h ; il n’a rien dit, car il n’aime pas la lutte ouverte, iis il a éludé et, sans en avoir l’air, il a découragé it ce beau monde par une attitude d’inertie appaîte qui cache un esprit très aiguisé. Le beau monde u qu’il n’y avait rien à faire avec lui et il a été por- * ailleurs son cabotinage religieux.
Jonc je vins voir mon pasteur et je lui dis : « Mon u* curé, vous savez que je me présente comme canat au Conseil municipal dans le quartier du Grosllou. »
- Ah ! mon pauvre enfant, comme vous allez avoir mal !
- Que voulez-vous? Voilà les premiers lilas qui îrgeonnent, et j’aimerais mieux seller Bob et m’en )r à Soisy ; mais il faut combattre pour ses idées.
- Que Dieu vous accompagne ! Je sais que vous êtes
bon chrétien et je voterai pour vous. Celui-là aussi, ajouta-il, en me reconduisant et en me montrant le! suisse qui vaquait aux travaux de jardinage.
— C’est entendu, dis-je à cet excellent suisse, vous;
voterez pour moi? !
— Ah ! monsieur, comment ne voterais-je pas pour' vous? De tous les candidats qui se présentent vousi êtes le seul que je rencontre, chaque dimanche, à l’église, quand je fais résonner ma hallebarde en: disant : « Pour les besoins de la fabrique, s’il vous plaît ! »
Cet honnête homme venait de résumer la situation et ce mot restera comme la définitive leçon donnée au baron Reille et à ses méprisables amis; il indiquait où était le devoir à tous ces membres du Conseil de fabrique, à tous ces Tartufes qu’on voit, à certains jours, i cheminer derrière le dais avec des cierges allumés! qu’ils laissent goutter sur les habits des fidèles.
Vous voyez la situation d’ici ; il n’y avait plus qu’une conduite à tenir pour les catholiques du quartier : s’em- ! ployer de leur mieux pour soutenir un candidat qui! était, par sa vie comme par ses écrits, le représentant i de leurs idées. M
Les petits ne faillirent pas à ce devoir et je vis le ! trésor de dévouement qu’il y a encore dans ce bon t monde qui s’en va peu à peu, mais dont les débris subsistent ça et là comme l’image de générations en train de disparaître.
A ce point de vue, une campagne électorale est vrai- 1 ment intéressante. En entrant dans ces maisons devant lesquelles on passe indifférent depuis tant d'années, en grimpant des escaliers obscurs et raboteux, on est étonné de constater qu’il existe encore tant de gens pleins d’ardeur, de foi, de bonne volonté, tant de gens i ne craignant pas leur peine.
C’est un intérieur d’artisan d’autrefois que le ménage ! de ce cordonnier de l’avenue de La Motte-Piquet, qui
Ht SL empressé pour moi. Vous arrivez là, vous trouvez îommc, la femme, l’enfant travaillant de leur état. Dès l’ils ont entendu le branle-bas de combat, tous se ettent en mouvement. Le père, taillé comme un Herile, vous suit dans les réunions publiques et il y fait Itenlir sa voix de stentor, sa bonne voix faubourienne îi sonne vibrante et chaude.
La femme, vaillante comme une Vendéenne, se mul- Pplie pour vous, court le quartier, inspecte le travail ?s afficheurs, prend votre cause plus à cœur que vousême. Elle rappelle les campagnes d’autrefois et De- Ile qui a failli passer et qui a manqué de quelques Dix seulement ; s’il l’avait écoutée, il était nommé ! enfant distribue vos imprimés au sortir de la manudure de tabac ou des ateliers... Tout cela de la façon plus passionnée et aussi la plus cordiale et la plus isintéressée, sans vouloir rien accepter, et en s’ingéant de mille façons à vous faire dépenser le moins argent possible.
C’est le vieux monde des familles de l’enclos Rey l’a décrit Daudet, le monde des artisans de Nîmes ou 's portefaix de Marseille, la race énergique des royales plébéiens que le comte de Chambord n’a jamais i utiliser et qui, pendant près d’un siècle, est restée lèle sans savoir au juste à quoi, prête à se dévouer ns que les politiciens de salon aient jamais soupçonné tendue de ce dévouement.
Les bonapartistes ont, eux aussi, un personnel que m n’a pu abattre, qui voit sans doute ses rangs îdaircir chaque jour par la mort, mais qui n’est pas core complètement dispersé.
Le président du comité bonapartiste du Gros-Caillou, peu fatigué maintenant, fut longtemps le type du napartiste militant, du Ratapoil toujours solide au ste- Ancien prévôt d’armes de régiment, bâti, lui ssi, en athlète, il est toujours superbe dans une réu- )n électorale. Il tient un hôtel garni, passage Saint- >minique, et il a construit là un véritable jardin sus-
pendu où poussent des arbres fruitiers. Rien n’est curieux comme de se trouver tout à coup en pleine verdure, après avoir traversé ce passage vulgaire et maussade où s’entassent, pour ne pas vivre trop loin de i leur travail, des ménages de pauvres ouvriers. <
Le plus aimable auxiliaire que j’aie rencontré dans cette campagne, fut le vice-président du comité bonapartiste. J’ai conservé le souvenir de ce jeune ménage où revivait, la encore, le Paris du temps jadis.
Le mari est représentant de commerce ; la femme est couturière et occupe quelques ouvrières. Quand j’eus gravi cet escalier humide, a la rampe poisseuse, je trouvai cette gracieuse jeune femme au milieu d’un essaim de fillettes et, tout de suite, quand je lui eus expliqué mon affaire, elle se mit à ma disposition gentiment, vaillamment et fit, elle aussi, distribuer des professions de foi tant qu’elle put.
Tout ce monde, remarquez-le, vit de son travail, n’a que très peu de temps à lui. Le mari est occupé toute la journée, il ne rentre que le soir et ce n’était guère que le dimanche matin que je pouvais le trouver chez lui. N’importe ! ces êtres de spontanéité et de droiture sont avec vous dès que vous avez causé un quart d’heure avec eux, les yeux dans les yeux, dès qu’ils vous sentent sincère. Le vice-président du comité bonapartiste n’est pas clérical, mais il a vu dans le commerce les infamies commises par les Juifs et, dès qu’il| a compris qu’en combattant les accapareurs et les voleurs, je combattrai pour la France, il a fait tout ce qu’il a pu pour me seconder.
Même, parmi ceux qui m’étaient hostiles parce qu’ils B étaient boulangistes, j’ai rencontré force gens honnêtes et loyaux, auxquels j’ai été heureux de serrer la main.
Le syndicat des révoqués était installé chez M. Lintzer, marchand de vin, avenue de La Motte-Piquet où habitait M. Catherin, le vice-président du syndicat.
On retrouvait là comme une troisième manifestation | de ce besoin de dévouement qui est dans l’àme du peuple
irisien. Tous ces naïfs avaient cru à Boulanger, ils étaient jetés à corps perdu dans le mouvement, ils aient été cruellement frappés et privés de l’emploi îi les faisait vivre, eux et les leurs. Ils avaient des oments de tristesse, ils sentaient qu’ils avaient été ploités, qu’ils avaient servi d’instrument aux malins : la bande qui s’étaient fait nommer députés et qui 3 dédaignaient, maintenant qu’ils n’en avaient plus ;soin... Malgré tout, au mois d’avril 1890, après la iite honteuse, après les révélations suprêmes, ils oyaient encore à Boulanger, au fuyard, tranquille- 3nt installé à Jersey avec sa maîtresse et vivant dans luxe, gTâce à l'argent escroqué aux Orléanistes, pennt que ses partisans mouraient de faim.
.Quand vous avez pris un vermouth avec des convains pareils, vous avez une vision toute nouvelle de istoire de Napoléon Ier. C’est alors seulement que us comprenez bien la foi que devaient avoir dans cet mme ceux qui l’avaient vu dans cinquante batailles, i étaient entrés avec lui dans toutes les capitales de urope.
de quartier de l’Ecole avec ses taratatas lointains as les casernes, ses cafés d’officiers, ses soldats qui îtrent au quartier, se transfigure soudain et vous miez quel devait être l’état d’âme de tout le peuple litaire qui campait là entre deux campagnes, entre sterlitz et Iéna.
^uoi qu’il en soit je n’ai trouvé, chez ces victimes de politique, que de bons procédés, une attention très mde à m’écouter quand je leur expliquai comment Boulangisme avait été une cause perdue dès que les fs Naquet et Meyer s’étaient glissés là-dedans pour hir tout le monde ; ils m’en voulaient un peu de la rnière Bataille , mais ils reconnaissaient, avec moi,
3 j’avais le droit et le devoir, comme historien, crire ce que je croyais être la vérité.
Jn des leurs, le citoyen Boulogne qui, après avoir nbattu pendant quinze ans dans le quartier pour la
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République, fut brusquement révoqué dans des cir constances particulièrement cruelles, fut charmait pour moi. Il s’était occupé de ces ouvriers du Campe; ment qui sont payés d’une façon dérisoire et qui, aprè de longues années de service, ont fini par obtenir grand’peine un semblant de retraite. En apprenant qu je m’intéressais à cette question, il me remit le volumi neux dossier qu’il avait réuni, uniquement dans 1 pensée que cela pourrait servir à une cause qu’il croyai juste.
Quant à mes concurrents, ils furent toujours pou moi d’une irréprochable courtoisie à partM. Dclagneai qui, après m’avoir demandé de l'argent pour poser s candidature, eut l’aplomb de m’empêcher d’entrer dan une réunion électorale organisée par lui, — ce qui nj s’est jamais fait, je crois, dans une élection parisienne
Lopin était Lopin, il resta Lopin, ce qui était so droit, c’est-à-dire, le parfait conseiller municipal actue l’homme qui évidemment correspond à un état d espr puisqu’on le renomme.
En dehors de lui, il y avait encore trois candidats Sellier, correcteur au Journal Officiel , un grand gaij çon à physionomie ouverte et parlant très bien ; u possibilité, Lclorrain, qui parlait pas mal, lui aussi mais qu’il était impossible d’arracher de la tribun quand il s’y était installé ; enfin, un homme doux, u pharmacien, Yolland, qui venait débiter quelque phrases avec un air d’insondable mélancolie.
Je n'ai eu qu’à me louer de tous. Je ne me suis ps trouvé, dans une seule occasion, en présence d'un êtr appartenant au vrai peuple sans rencontrer de l’aménf et de la sincérité. Dieu sait pourtant si j’ai vu de hommes de conditions différentes 1 J’ai causé avec le représentants de tous les corps d’état : des charboi niers et des épiciers, des grainetiers et des lampiste des marchands de vin et des ébénistes...
Je me rappelle meme avoir causé avec un charci
er d une taille gigantesque et qui, son couteau à la finture, donnait 1 impression d’un sacrificateur antique, aurais fini parle rallier à mes opinions, si je n’étais as arrivé à un mauvais moment. Il venait justement 3 faire ses « petits gras », et de toutes sortes de pâs fumants sortaient des odeurs appétissantes ; c’était )mme une fête de cochonnaille fraîche. On lavait parut à grande eau, et, pour causer, il m’introduisit dans a petit coin où se préparaient des andouilles. Je lui s civilement : « Je ne veux pas abuser de votre temps, tr je vois que vous êtes occupé à des choses utiles, ai voulu simplement vous rendre mes devoirs comme ndidat, je me présente, vous le savez, comme antisélite — ce qui n’a rien pour vous déplaire — et je ■ends la liberté de vous laisser mon programme. » Il e répondit : « Je ne dis pas non! »
Cet homme bienveillant était très aimé des candies* De temps en temps, au milieu d’un discours, on tendait une voix profonde qui s’écriait avec un cent de conviction : « Il y a du bon là-dedans ! » répétait cela un certain nombre de fois par soirée, iis avec un louable éclectisme, quel que fût le caniat, et vous ne pouvez vous douter, quand on est sur tremplin, dans une salle publique ou dans un préau icole, comme cette parole d’encouragement fait lisir.
Parmi ceux que je vis ou qui vinrent me voir, beauap, sans doute, étaient séparés de moi par des îmes, ou du moins, ils croyaient en être séparés, îce aux calomnies répandues contre moi par la esse républicaine aux gages des Juifs, mais ils avaient e certaine sympathie quand même pour l’honnête mme qui combattait pour ses idées.
3n revanche je n’ai pas trouvé un appui, un renseiement, une poignée de main chez les catholiques hes qui habitent les grands hôtels du quartier. Il y i force élèves des Jésuites, pas un seul ne s’est souiu que j’avais jadis défendu ses maîtres.
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Parmi ces fils de famille inutiles et oisifs, il ne s’en es pas trouvé un seul pour venir à moi, pour me dire : « L campagne que vous menez avec Morès doit être biei fatigante; peut-on vous être utile, peut-on vous aider u: peu? Vous devez dépenser beaucoup, avez-vous besoi d’un peu d’argent? Je serai un mois sans faire la pai tie au cercle ou je ne parierai pas aux prochaine courses. »
Tous ces petits lâches sont restés chez eux. Quelques uns, J est vrai, avaient pour excuse leur état de santé comme le jeune conservateur de mon quartier dor: l’histoire à défrayé pendant quelques jours tous les sd Ions de Paris.
Ce représentant des bons principes que j’ai entend faire dans une église une conférence, d’ailleurs asson mante, aux jeunes gens de saint François-Xavier deva épouser la tille d’un des chefs de la Droite. Tout éta convenu entre les parents et la corbeille était déj commandée, lorsque, pris d’un scrupule, honorabl après tout, il vint déclarer au beau-père que, bless impitoyablement par Vénus, il était hors d’état de s marier.
Vous devinez la tête du futur beau-père qui est u homme plein de pompe et de dignité ; il ne s’est coi solé qu’en pensant que le jeune homme avait sa pla< marquée pour l’avenir dans le groupe des Constitutio nels...