LÉO TAXIL ET LE NONCE DU PAPE
La sincérité du défenseur des Juifs. — Les cyniques mensonges.— A propos du Rosier de Marie. — Un Tartarin de Marseille. —
— Le commodore et le commandeur. — Mon « manoir » de Soisy-sous-Etiolles. — Ce que m’ont rapporté les traductions de mes livres. — La délicatesse des Américains. — Voyage au pays des ordures. — Les Amours secrètes de Pie IX. — La Petite Sœur qui quête. — Les outrages à la Vierge. — Attentats aux mœurs.;
— Une estampe du dix-huitième siècle. — Le Mauvais Livre.
N?,nce du PaPe envoie sa carte à Taxil. — Le sens moral 1 prélat romain. — Les catholiques distingués n’éprouvent
p a rT a x i I* U 1 ^ I ° n m°dé*'ée en Présence des ignominies vomies par laxil. — L œuvre de Saint-Michel. — Le grand saint
u quinzième siècle. — Ce qu’on en fait aujourd’hui — Réserva
des esprits élevés de la libre-pensée devant ce que Taxil l’ami
du Nonce, couvre d’immondices. 4 ’ a 1
Pour leur belle campagne contre moi, les catholiques du Gros-Caillou s’adjoignirent Léo Taxil.
On n attend pas de moi que je polémique contre un adversaire indigne. Il m’a fait peur un moment je l’avoue mais ce n’est pas lorsqu’il a attaqué nos idées c est lorsqu il a fait mine de les défendre. J’ai craint qu il ne fit semblant de soutenir la cause antisémitique ce qui nous aurait absolument déshonoré.
Il nous envoyait à cette époque toutes sortes d’articlês contre; les Juifs'publiés dans le Petit catholique ' et la France chrétienne et que nous faisions semblant a ignorer pour éviter tout contact avec lui.
Il est bon de dire, en effet, pour prouver la sincérité et 1 honnetete du Monsieur qui parle « au nom du haut i cierge », que quelques mois avant de prendre chaleureusement la défense d’Israël et de déclarer que « les noms des Rothschild, des Pereire, des Cahen d’Anvers des de Hirsch, des Éphrussi, des Camondosont universellement estimés », Taxil attaquait les Juifs à outrance
et tes montrait exerçant leurs ravages à Vienne comme a Pans.
A Vienne, disait le Petit catholique du 15 octobre 1889 les Juifs sont à peu près maîtres de toutes choses. D’après de recentes statistiques ils possèdent 40 pour 100 des maisons de la ville et 40 autres pour 100 leur sont hypothéquées ; ce qui revient à dire qu’en dehors des édifices communaux et de quelques palais aristocratiques, toute la fortune privée est entre leurs mains. En 1848, pas un Juif ne possédait un immeuble dans la capitale autrichienne.
Ces immenses richesses leur ont permis de confisquer à leur profit 1 industrie, le commerce et jusqu’à la vie intellec-
tuellc et eolitique de la nation. La Presse, même gouvernementale, dépend de leurs caprices et est dirigée ou rédigée •par eux.
L’instruction publique à tous ses degrés est devenue un instrument docile de leurs haines religieuses; et si le projet de loi scolaire du prince Lichtenstein a rencontré tant d'opposition, c'est que les Juifs n'en veulent point. Il y a des universités où le corps enseignant est peuplé de Juifs; à Vienne, dans une des plus ancie nnes universités du monde et qui, en vertu de ses lettres de fondation, devrait être une université foncièrement catholique, la majorité des professeurs est formée par des Juifs. Si cela continue ainsi, la fameuse science allemande se réduira, dans un temps qu’on peut prévoir, à des cours sur le Talmud et Schout chan-Brouch.
La magistrature, le corps médical, le b arreau sont envahis par des Juifs. La bureaucratie est imprégnée de leurs principes et obéit à leur mot d'ordre. Il y a qu elque chose de plus navrant encore. Grâce aux propriétés qu’ils ont acquises, les Juifs possèdent en Autriche 63 patronats ec clésiastiques; de sorte qu’il y a autant de curés forcés de demander leur investiture à des Juifs! La Cour elle -même n’est plus à l’abri des envahissements sémitiques, et le moment arrivera, sans doute, où les archiducs seront trop heureux d’épouser des filles d'Israël. Seule, l’armée a su tenir les Juifs à distance.
Dans l’élucubration qu’il a publiée contre moi, Taxil déclare que la Franc-Maçonnerie n’a rien à voir avec les Juifs, que « la Maçonnerie n’a pas été fondée par les Juifs et n’est nullement une institution juive (1). »
(1) On ne voit même pas très bien l’utilité de ce mensonge niais. Les Israélites eux-mêmes, en effet, reconnaissent, ce qui est d’ailleurs indéniable, l’origine juive de la Franc-Maçonnerie. Dans Y Annuaire des Archives israélites, pour l’an du monde 5651 (du 15 septembre 1890 au 2 octobre 1891), un érudit fort connu, M. Schwab, a publié un très intéressant article sur ce sujet. En invoquant le témoignage du Talmud et du rabbin Pinhus B.Yair, M. Schwab démontre que la Franc-Maçonnerie est copiée dans ses moindres détails sur l’organisation des Esséniens.
« Ceux qui entraient dans cet ordre, dit M. Schwab, commençaient par ceindre leurs reins d’un tablier de peau; ils le revêtaient en se réunissant pour porter sur eux d’une manière ostensible
UNE ÉLECTION MUNICIPALE EN î 890
A la date du 18 décembre 1889, Taxil montrait dans la France chrétienne la Maçonnerie et la Juiverie associées pour tenter de déshonorer la figure de Jeanne d’Arc.
En France, les sectaires, qui dominent dans les assemblées délibérantes, applaudissent les révolutionnaires du Brésil; ceux-ci les avaient prévenus, depuis longtemps, de leurs projets. Toute la Juiverie maçonnique de Paris et des départements adresse de chaleureuses félicitations aux F F . • . brésiliens.
Chez nous, la secte est plus militante que jamais. Elle n’a plus de trône à renverser; mais les autels sont encore deboul. La foi renaît, les églises redeviennent pleines, le peuple n’écoute plus, comme il y a quelques années, les prédicateurs d’athéisme. Il y a en France un mouvement incontestable de retour à la religion : tels citoyens qui se désintéressent de la politique déclarent hautement que la religion doit être respectée. Aussi, les Juifs et les Francs-Maçons cherchent par quel moyen ils pourront arrêter ce mouvement.
Tout leur est bon.
Un exemple: — On sait à quel point Jeanne d’Arc est sympathique au peuple; elle est la personnification de la France chrétienne; son histoire merveilleuse prouve combien Dieu aime notre pays. Eh bien, en présence des témoignages toujours plus nombreux et plus vifs de l’admiration de nos compatriotes pour l’héroïque vierge de Domrémy, les Francs- Maçons et les Juifs, dignes fils de Voltaire, complotent de diminuer, aux yeux du peuple, la grande figure de la libératrice de la France.
l’emblèrrie de leur zèle et de leur activité. — De même, dans la Maçonnerie, celui qui est reçu au premier degré ou au titre d’apprenti porte comme insigne, dans les assemblées (plus exactement dans les tenues ), le tablier en peau blanche.
j> Il est évident une fois de plus, dit en terminant M. Schwab, que la Maçonnerie se rattache, par l’ensemble comme par les détails, au Judaïsme; c’est d’après lui qu’elle a été formée, organisée et, à son exemple, ces adhérents se trouvent répandus sur toute la surface de la terre. »
Les rares ecclésiastiques qui auraient confiance dans ce qu’écrit Léo Taxil savent maintenant à quoi s’en tenir sur sa véracité.
Ils ont fait, en effet, monter un drame soi-disant populaire, qui va se jouer prochainement à Paris : Jeanne d'Arc est le sujet de cette pièce de théâtre. Et, pour représenter le personnage de la sublime chrétienne, les ennemis de Dieu ont choisi une actrice juive dont les aventures scandaleuses défraient couramment la chronique des journaux boulevardiers. Cette Juive s’appliquera à jouer le rôle de Jeanne d’Arc à contre-sens; elle en fera une hallucinée, une hystérique; elle lui donnera des allures extravagantes; de la sainte fille elle fera une virago folle et grotesque.
Ce complot de la Juiverie boulevardière échouera, nous en avons la conviction. Jeanne d’Arc est au-dessus de toutes les entreprises maçonniques. En dépit de la tentative que nous dénonçons, le peuple admirera et vénérera sans réserve l’héroïque enfant, qui, inspirée par Dieu, a sauvé de l’invasion notre chère patrie française.
Voilà comment parlait des Juifs en décembre 1889 celui qui devait les louer si chaleureu sement eri avril 1890 !
Je souhaite que les Juifs, réduits à employer un pareil défenseur, aient payé convenablement ce malheureux. L’accueil qu’ils avaient reçu des véritables écrivains auxquels ils s’étaient adressés jusque-là a dû les rendre un peu plus larges pour les honoraires. On se souvient de la réponse de Villiers de l’Isle-Adam, au moment même où il se trouvait dans la plus extrême misère. On lui proposa d’écrire un livre pour réfuter la France juive.
— On vous donnera ce que vous voudrez, lui dit-on.
— Oh ! fit-il dédaigneusement, le prix est fait depuis 1800 ans; c’est le salaire de Judas : trente deniers...
Tout ce que Taxil a écrit sur moi est absolument aussi vrai que ce qu’il a écrit sur Pie IX qu’il nous montre abusant des Glelia et des Félicita que leur confesseur a endormies et saturées d’opium pour les livrer à Mastaï.
De tout ce que contient ce volume, je ne relèverai que le passage relatif au Rosier de Marie , parce qu’il permet de saisir sur le vif l’impudence du personnage.
Je m étais étonné, dans Dernière Bataille , que le îosier de Marie insérât des articles de Naquet.
Taxil montre M. Lautier arrivant chez moi pour me éclamer des explications.
Celui-ci ne s’attendait pas à pareille visite. Il s’imaginait robablement, que le Rosier de Marie avait à sa tête un comité e vieilles filles, et que son attaque, que rien ne motivait, prooquerait de stériles lamentations.
Quand il a vu devant lui un vieux militaire, vert et robuste fficier de la Légion d'honneur et qui n’avait pas l’air content" s est empressé de se confondre en plates excuses. Si le ammandant avait élevé la voix, il rentrait sous terre.
Je le demande à ceux qui me haïssent le plus, me oient-ils bien rentrant sous terre a l’arrivée de quelu’un chez moi?
On connaît mes idées en matière de duel. Je n’ai ja lais envoyé de témoins à ceux qui m’avaient le plus lolemment insulté. Je n’ai jamais refusé, je ne refusen jamais une réparation à quelqu’un que j’aurai ittaqué.
Je crois qu à notre époque d’universel mensonge, il >t nécessaire de dire la vérité, et cette vérité, j’entends dire à ma façon, mais il est clair que, par le fait que discute les actes de quelqu’un avec une certaine )reté, je signe à ce quelqu’un un billet à ordre sur oi et que je serais, comme Ferry, « le dernier des ches », si je ne faisais pas honneur a ma signature. Cette considération ne m’a jamais arrêté. Après le îel Meyer, qui fut une simple tentative d’assassinat, ivais pris assez vivement à partie MM. Saucède et /askiewicz qui étaient incontestablement les premiers 'eurs de Paris. M. Waskiewicz, particulièrement, était nnu comme un tireur d’une virtuosité incomparable ; itait le Paganini du fleuret.
L’affaire s’est arrangée entre nous de la façon la us courtoise, comme il arrive presque toujours entre aves gens. Les lettres échangées à ce sujet ont été
publiées par les journaux. Ces messieurs ont reconm les premiers qu’ils s’étaient trompés et j’ai rendu hom mage à leur honorabilité qui était incontestable. Tou a été pour le mieux et j’ai eu le plaisir depuis de déjeu ner avec Saucède chez notre excellent camarade Gastoi Jollivet. Saucède a même voulu, à l’issue du déjeuner m’apprendre un coup à tirer bas et il m'a donné ui coup de fleuret tout en haut, au sommet de la tête., mais je ne lui en ai pas voulu...
Ce que j’ai fait pour MM. Saucède et Waskiewicz, j. l’ai fait pour tous ceux dont j’ai cru devoir parler. Tou le monde sait qu’il n’y a pas à Paris d’homme moin fanfaron que moi, moins capitaine Fracasse, moins estradier de salles d’armes ; personne non plus m doute, je le crois, que pour défendre mes idées je sui très calmement décidé à tout.
Quant à me manquer de respect chez moi, il faudrai être fou pour y songer. J’ai toujours dans la poche d< mon pantalon, comme M. Paul de Cassagnac e M. Henri Rochefort, un excellent revolver qui m’a ét* choisi avec soin par Gastinne Renette, et que je dé charge tous les quinze jours pour m'assurer qu’il fonc tionne bien. On ne pourrait m’assassiner qu’en mi frappant le soir par derrière ; il y a sur le qua d’Orsay un endroit très désert et très sombre qu serait très propice pour cela.
J’ajoute qu’il faut, comme Taxil, n’avoir jamais atta qué que des prêtres et des Sœurs de Charité, et êtr< totalement étranger aux affaires d’honneur, pour s’ima giner qu’il y ait matière à duel dans les deux ligne: concernant la collaboration de Naquet au Rosier di Marie. Dans ce cas-là, M. Lautier ne serait pas vem lui-même. Quand on désire une rencontre, on envoii deux de ses amis, bien certain qu’avec le zèle de l’amitâ ils se chargeront d’embrouiller la question.
La vérité est que M. Lautier se présenta chez mo de la façon la plus convenable, et qu’il fut reçu ei homme bien élevé par un homme bien élevé.
Le directeur du Rosier de Marie n’a rien, d’ailleurs, es allures que lui prête Taxil. L’auteur des Amours zcrètes de Pie IX affirme que j’ai vu devant moi « un ieux militaire, vert et robuste, officier de la Légion 'honneur et qui n’avait pas l'air content. »
Or, M. Lautier n’est pas vieux, il n’est pas militaire, n’est pas vert, il n’est pas robuste, il n’est pas officier e la Légion d’honneur ; le seul point qui soit à peu rès vrai dans le récit de Taxil est qu’il n’avait pas air content. Au physique, c’est un homme entre deux ^es, plutôt incliné vers le second que vers le premier, n de ces hommes dont on dit qu’ils sont sur le retour >rsqu’il serait peut-être plus juste de dire qu’ils sont îr le départ.
i Ce n’est pas un méchant homme, je le crois, mais est un vrai Tartarin de Marseille, un sacristain mériional d’une espèce tout à fait curieuse. Naquet, qui st de Carpentras, lui écrit « mon cher commandeur » ; uant à lui il signe modestement « le command. Lauer », mais il a fini par croire qu’il était réellement immandant.
C'est l’histoire de cet Anglais qui avait fait un voyage Paris ; il avait été tellement malade pendant la traersée de Douvres à Calais qu’il ne voulut plus repasser ï détroit, il se fixa chez nous ; un plaisant l’appela un )ur « le commodore ». Ce nom lui resta; pendant inquante ans il fut pour tout le monde « le commoore X**\ » A la fin il était absolument persuadé qu’il vait commandé des escadres et fait dix fois le tour du londe. Quand au cercle on n’était pas d’accord sur une ucstion maritime, on disait : « Adressons-nous au ommodore » ; et il donnait gravement une consultation. Ces petits travers ne nuisent à personne. Les gens .'esprit se contentent de sourire. Chez certains ommes ces illusions à la longue font si bien corps vec la personnalité vraie, que toucher à l’être imagiaire serait blesser l’être réel au plus douloureux de li-même.
La chose ne devient dangereuse que lorsqu’un Taxi fait sortir cela de la demi-teinte pour lui donner uni accentuation brutale, et transformer un ridicule dont or plaisante en un mensonge que l’on est obligé de démasquer.
Il est donc bon de mettre chacun à sa place.
Avant de devenir président des Avocats de Saint- Pierre, M. Lautier, qui n’a jamais été commandant,; avait été quelque temps comptable dans une maison de banque, puis il s’était occupé de la constitution d’um compagnie d’assurances, la Clémentine , destinée è assurer les églises.
Quant aux Avocats de Saint-Pierre, il m’a été impossible de savoir au juste ce que c’était que cette institution. Un certain comte Agnielli deiMalherbi avait bier. tenté jadis de fonder une société analogue, mais ls secrétairerie d’État romaine avait dû intervenir à la suite d’abus qui s’étaient produits et le projet paraissait avoir été abandonné.
Taxil ne se contente pas de faire de M. Lautier ce qu’il n’est pas ; il lui prête, ainsi qu’à moi, des propos qui n’ont jamais été tenus.
Le discours que m’attribue, en cette circonstance, ce menteur de Taxil, est la continuation des discours qu’il attribuait à Mastaï.
Après avoir bafouillé un bon moment, M. Drumont finil par dire:
— Ah! je suis bien ennuyé de tout ce qui m’arrive... c’esl à me décourager... tout le monde tombe sur moi; c’est à qui m’accablera ; je suis submergé sous les réclamations... On s’entend pour me tromper... Je vois ce que c’est; on me donne, par-ci par-là, de faux renseignements, afin de discréditer mon œuvre... Voyez-vous, c’est moi qui suis la victime en tout ceci.
— Mais enfin, dit le commandant Lautier, de qui tenezvous le mensonge que vous avez imprimé dans votre livre?
— Est-ce que je sais, moi?... Comment voulez-vous que je
e rappelle?... J’ai tant d’affaires, tant de tracas, tant de ucis!... J’en perds la tête... Attendez, je crois me sou- :nir... Oui, c’est cela... Il y a déjà longtemps... Un petit >mme brun, avec des favoris... Non, toute sa barbe, il e semble... Il paraît qu’il me connaissait... Il m’arrêta ms la rue ; il me félicita sur mes ouvrages, sur ma campa- 1e contre les Juifs. .. Et il me dit à la fin : « Vous avez raison ; taper sur Naquet; c’est un faux bonhomme, il mange aux :ux râteliers; en même temps qu’il collabore au Voltaire, il t le principal rédacteur du Rosier de Marie ; il est le premier en rire et à le raconter. »
Voici, au contraire, la réponse textuelle que je fis à Lautier.
«Je n’écris jamais rien sans m’être renseigné avec saucoup de soin et sans être sûr qu’une chose est ’aie autant qu’on peut avoir une certitude dans les îoses humaines. Le fait de la collaboration de Naquet 1 Rosier de Marie m’a été raconté au printemps derer par M. Le Hérissé, avec lequel je déjeunais au ïstaurant Brébant, en compagnie de M. Mermeix, spuis député de Paris et alors rédacteur de la Coirde , et de M. Willenich, administrateur de la Coirde. Mermeix m’a confirmé ce que me disait M. Le érissé et comme, malgré tout, j’avais des gestes de énégation, M. Le Hérissé m’a mimé Naquet étendu ms un fauteuil, après un bon dîner, et s’écriant : Est-ce em...bêtant! Il faut que j’aille faire un article Dur le Rosier de Marie (1). »
J’ai reproduit cette réponse dans le XIX6 Siècle , au ornent où M. Lautier crut devoir protester publiqueient contre ce passage de Dernière Bataille , et ni [. Le Hérissé, ni M. Mermeix, ni M. Willenich ne
(l) Voulez-vous voir ce que cette déclaration si nette devient sous plume de Taxil : oc I1(M. Drumont) écrit inconsciemment ce qui i passe par la tête et il est ahuri lorsqu’on lui demande des explitions. Il ne sait plus de qui il tient ses renseignements; il a ;rdu la mémoire. »
LE TESTAMENT d’üN ANTISÉMITE
m’ont contredit, car ce que j’avais dit était l’expressior môme de la vérité.
On avouera qu’il y a loin de cette déclaration si catégorique au bafouillage que me prête Taxil, et l’or reconnaîtra ensuite que, pour un détail d importance secondaire après tout, le témoignage de trois personnes amies de M. Naquet était une documentation suffisante à l’appui de ce que j’écrivais.
Si M. Lautier avait eu cette franchise, qui manque malheureusement trop souvent dans le parti catholique il aurait pu me répondre : « Votre bonne foi est hors -de toute contestation, vous vous êtes renseigné à desi sources absolument sures ; seulement on a un pei exagéré la portée et l’étendue de cette collaboration Naquet n’a pas été le collaborateur du Rosier d{ Marie dans le sens ordinaire du mot ; nous avons fai simplement campagne ensemble au moment du mou vement boulangiste (1). »
(1) Pour qui sait lire, la lettre écrite par Naquet pour dégage le « cher commandeur » montre que j’ai absolument raison,
a Cher Commandeur,
» Je vois que, malgré mes dénégations, cependant si nettes et s catégoriques, on continue à faire du bruit autour de cette absurde fable: ma collaboration au Rosier de Marie.
» Je pense que, malgré ce qu’elles ont de ridicule, ces allégation «ont de nature à vous ennuyer, tout comme elles me fatiguen moi-même, et, pour y couper court une bonne fois, je viens vou prier d’insérer dans votre journal une protestation énergique d ma part contre des racontars que rien absolument ne justifie.
» Il y a de longues années que j’ai l’honneur de vous connaître Pendant la campagne boulangiste, vous vous ôtiez résolûmes placé sur le terrain de la réconciliation nationale; si avoir suiv cette politique commune c’est avoir été collaborateurs, nous l’avon été : nous avons, en effet, travaillé, chacun dans notre sphère, cette œuvre d’apaisement et de relèvement national.
» Si, par contre, on veut prétendre, par ce mot « collaboration » que je vous ai fourni des articles et que vous les avez inséré? on affirme une chose absolument inexacte et que votre caractèr — j’entends le caractère de votre feuille — ne vous aurait pas plu permis d’accepter que je n’aurais pu vous l’offrir
» Agréez... * A. Naquet. •
C’est là qu est très probablement la vérité. Naquet ;ait lié de longue date avec M. Lautier qui s’était :cupé d’affaires comme lui; il aura fait un article dans Rosier sur le discours de Tours, et, pour se donner 3 l’importance près de ses amis, il aura dit qu’il était ès influent dans le parti catholique, et qu’il était le îdacteur habituel du Rosier cle Marie.
Tout est de même ordre dans ce livre. Ce n’est plus ittaque souvent amusante et spirituelle dans sa perfle que je trouve d’ordinaire chez mes adversaires, est le mensonge bête et grossier, le mensonge lâche paresseux, qui ne prend pas même la peine de s’at- ’er ; c’est l’affirmation de l’ancien Anticlérical, l’ affiliation de faits qu’on sait faux.
J’ai gagné, selon Taxil, 552,000 francs avec mes ires ; 272,000 francs rien qu’avec la France juive !
' Tout ceci est radicalement faux. La France juive fant été imprimée à mes frais, les clichés étant ma ’opriété absolue, j’aurais pu réclamer, sans doute, des ’oits d’auteur considérables, ou partager les bénéfices rec l’éditeur ; or, mes droits d’auteur sur la France rive ont toujours été inférieurs à mes droits d’auteur îrles autres volumes dont les éditeurs ont payé l’im- ’ession.
La chose se comprend aisément. L’essentiel était ors de faire passer ce livre, qui portait une si noble et généreuse idée, qui aurait pu faire tant de bien au lys, de le répandre à travers le monde. Pour réussirt fallait intéresser au succès les éditeurs, et surtou, arpon, excellent homme, dont je regrette la dispari- Dn, mais qui était infiniment plus homme d’argent, us âpre au gain, moins lettré que M. Flammarion. Il t un moment oscillant et sur le point de se laisser rconvenir par les Juifs, qui voulaient étouffer l’œuvre; ais, quand il vit luire le gros bénéfice, il prit son parti, t superbe et répondit à tous : « Nous servons la cause
des idees », et il expédiait toujours... A force de serv: la cause des idées, il finit par acheter un yacht qi prolongea sa vie de trois ans.
Mes droits de traduction ont payé ma maison campagne de Soisy-sous-Étiolles... Or, ma maiso de campagne n’est pas ma propriété.
Cette maison est une véritable chaumière, comm l’ont pu constater les innombrables reporters qui soi venus me visiter ; elle est connue dans le pays sous I nom de « la maison sans fenêtres » ; elle tourne san façon le dos à la route, comme si elle méprisait le vai mouvement du monde qui passe, pour se placer en fac de la Nature et contempler l’œuvre de Dieu...
Cette chaumière, que les Archives Israélites af pellent pompeusement « mon manoir de Soisy-sous Étiolles », contient trois pièces, une pour travailler, un pour manger, une pour dormir, une chambre d’am une écurie pour Bob et un vaste jardin à moitié sai vage. Je loue le tout 800 francs par an, à M. le comt de Vandeul, qui habite 116, avenue des Champs-Él^ sées, et près duquel on peut se renseigner.
Il n’est pas de jour que cette maison ne me soit ri prochce par des journalistes français à la solde d’Israë qui trouvent tout simple que des Juifs allemands po! sèdent, grâce à leurs spéculations éhontées, des de maines immenses et des châteaux princiers.
Vous voyez le pauvre métier de chiens dressés aboyer contre le Français que font ces malheureux es claves de la plume? Ils s’indignent qu’un des leurs s permette d’avoir un toit! Où veulent-ils que je couche cependant? Je ne peux pourtant pas prendre mon sa de nuit à la main et venir frapper à la porte de l’hôte de la rue Saint-Florentin, en disant à Rothschild « Avez-vous une chambre à me donner ? »
Quant aux droits de traduction, voulez-vous savoi comment je les ai fixés ?
J’ai dit au senor Grabulosa, quand il a voulu pu: blier la France juive et la Fin d'un monde en espa
ol (1) et qu’il m’a demandé son prix : « Je tiens simîmentàfaire respecter le principe de la propriété lit- ’aire ; je vous céderai le droit de traduction pour cent nas, et vous n’avez pas à me remercier; c’est bien le )ins que je puisse faire pour un pays comme l'Espagne, i a pris l’initiative de ce tribunal de l’Inquisition, tribu- 1 patriotique et humain entre tous, que les Juifs ont ît attaqué, parce qu’il avait protégé l’honnête Chrén contre le Sémite envahisseur et exploiteur. »
Ceux qui éprouveraient quelque doute sur ce point mt qu’à s’adresser directement à don Grabulosa, rairie de l’immaculée -Conception, 13, rue Buen iceso, à Barcelone. Lui aussi pourra les renseigner à sujet.
Pour l’Italie, mes conditions furent les mêmes, et je pouvais décemment faire moins que de me montrer commodant pour un pays où habite le Pape. Il est vrai e le Pape m’a bien mal récompensé de cette bonne nsée en nous envoyant Rotelli comme Nonce.
La Pologne est chère à tout cœur catholique. La nan martyre a, sans compter, versé son sang pour nous r tous les champs de bataille, et je n’ai jamais songé lemander aucune rétribution au journal Rola , qui a blié tous mes livres en polonais. Plaise à Dieu que )n œuvre, qui a éveillé là-bas tant de sympathies, pu raviver dans l’âme de tous les patriotes polonais haine pour ces Juifs infâmes qui les ont trahis et livrés 'ennemi, pour ces Juifs implacables quand ils peuvent tre impunément, qui à Wilna jetaient nos soldats îssés par les fenêtres, au moment de la retraite de issie !
i) La Francia judia , traducida por D. Rafael Pejoan Pbro, con sura eclesiastica.
7A Fin de un mundo, traducdia por D. Pelegrin Gasabo y Pagès, u censura eclesiastica (avec l’approbation ecclésiastique), — ce veut dire que le clergé espagnol est un peu plus au courant i traditions de l’Eglise et un peu moins asservi aux Juifs que le it clergé français.
LE TESTAMENT d’üN ANTISÉMITE
J’avoue que j’avais fondé quelques espérances su l’Amérique, mais les Yankees ont été plus malins qu moi. Sous ce titre : le Véritable M. Jacob , ils ont pi Jblié une traduction presque intégrale de la Franc juive, et non seulement ils ne m’ont pas donné ui sou, mais encore ils ont ajouté au volume une pré face dans laquelle on me disait des choses désagréc blés...
C’est la Minerva publishing qui fit ce beau cou}: C’est une librairie qui a pour emblème une tête de Mi nerve. « C’est Mercure, dieu des larrons, que vous au riez du prendre pour patron », écrivis-je au directeui auquel cette appréciation fut infiniment moins douloi reuse que ne l’eût été l’obligation de me payer une in demnité quelconque.
C’est un peuple jeune, mais qui promet. En tout cas les citoyens de la République-sœur ont, sur le respec du bien d’autrui, des notions qui ne doivent pas les gc ner beaucoup dans la vie; je comprends que nos Répc blicains leur aient offert une statue de la Liberté ; il sont aussi voleurs les uns que les autres des deu côtés de l’Atlantique.
Les Allemands furent les seuls dont je parvins à ti rer quelque chose. Ils eurent la loyauté de me verse 1,500 francs pour mes droits d’auteur et personne, jf crois, ne me blâmera d’avoir accepté ce léger acompt sur nos 5 milliards.
Quant au prêtre qui, d’après Taxil, aurait refus les cent sous que je lui offrais pour ses pauvres, parc qu’il trouvait la somme insuffisante, je défie l’auteur de Amours de Pie IX de citer le nom de cet ecclésiastiqu< Tous les cent sous que j’ai pu donner ont toujours él reçus aussi cordialement qu’ils étaient offerts, comm l’aumône d’un pauvre à de plus pauvres ; je n’ai p malheureusement en donner à tous ceux qui m'en or demandé. Les droits d’auteur réunis de Dumas père c de Dumas fils, en y ajoutant ceux de Sardou et d’un dizaine d’autres encore, ne suffiraient pas à rebâti
utes les églises pour lesquelles on s’est adressé à moi i une seule année, à ouvrir toutes les écoles libres, ion m'a invité à créer.
Tout ceci, encore une fois, est d’un intérêt tout à fait eondaire.
Ce qui confond l’esprit, c’est de voir l’archevêque de .ris ne pas protester lorsqu’un pareil individu ose dérer qu’il parle au nom du haut clergé, c’est d’enîdre l’auteur des Amours secrètes de Pie IX jiirmer qu’il a mandat de l’Église pour attaquer un l’ivain dont le passé est propre et qui, même lorsqu’il itait pas chrétien, n a jamais écrit contre ce que les 11 é tiens respectent une ligne dont il puisse rougir jourd’hui.
l’ai eu la curiosité de parcourir l’œuvre immonde de homme si cher aujourd’hui aux autorités ecclésiasues. On comprend que les premiers éditeurs de ces i'-es aient été des Juifs : Strauss à Paris, Millaud à irseille. C’est véritablement une descente dans l’Enfer C, dans cet Enfer excrémentiel qu’a décrit Swedeng, dans cette « Jérusalem souillée qui exhale une mteur de rats, et à travers de laquelle des Juifs ttés jusqu’à l’échine courent dans la boue après ïlques pièces d’or. »
1 ne s’agit ici ni des railleries d’un Voltaire ni des luents blasphèmes d’un Proudhon, ni des protestais troublantes de tant de grands révoltés; c’est l’abion pure, c’est la littérature de la Lanterne qui 5ait ces publications et qui fit leur succès; c’est le mud, qui annonce qu’il est de bon présage de rêver matière fécale.
fuel homme n aurait été désarmé par cette ang'éie et douce figure de Pie IX? Le protégé de l’archehé a certainement dépassé contre ce vieillard les nés de l'ignominie humaine.
longtemps Mastaï s’est contenté des vierges que lui aient les couvents de femmes, mais il les trouvait-
LE TESTAMENT d’UN ANTISÉMITE
trop froides. Le général des Jésuites, qui lui sert d( pourvoyeur, lui découvre une Juive, Zhora.
Gomment Zhora a-t-elle pu se plier à la tâche m0rate d simuler l’amour au profit d’un vieillard qu elle deteste?
La vieille Rebecca est là avec sa science puisee dans le, harems de l’Orient. Elle sait comment on peut egarer * l espri d’une jeune fille; elle a servi les passions de tant de vieil lards riches qui peuplaient leurs sérails de beautés à pein nubiles, et qui se fussent irrités que leurs victimes tentasses même les derniers combats de la pudeur aux abois.
Le Gesu est riche ; Rebecca est bien payee; son avidité e. comblée. D’ailleurs, elle a peur, si vieille qu elle soit, eli tient aux derniers jours d’existence que la nature peut eneoi
lui accorder. .
A la moindre révolte, elle sera condamnée sans merci, sai
* . « * 1 rûPl
A IdUlUlllUlC — . . . r .
pitié, et son imagination épouvantée par les sinistres reci que se murmurent à l’oreille les vieilles du ghetto, son un.
que semunuuieutaio.omo ^
gination terrifiée lui montre les cachots profonds, peup d’indicibles tortures, que les chrétiens tiennent en reser pour ceux de sa race.
Mastaï peut venir à toute heure; il trouvera sa bien-aim plongée dans l’ivresse lucide des favorites du sérail.
Lui-même, sous l’influence des parfums enivrants perd
toute mémoire, tout sentiment de la situation reelle. Il s e dormira dans ces paradis extatiques que Mahomet promet ses élus, et que réalisent, sur terre, les drogues extraites . pavot et du chanvre indien. Puis, il se réveillera abat exténué; il lui faudra des heures pour reprendre possessi
de lui-même.
Le remords viendra, lui déchirera le cœur; il fera appe. son confesseur jésuite, et achètera cher le calme et 8'
solution. „ ,
Lorsque le soleil sera disparu, alors sa cervelle sera han
parles souvenirs enivrants; il essaiera de chasser ces rê1 impurs, mais la prière, les exorcismes seront impuissants.
se laissera aller et courra au ghetto.
Les couvents de femmes, si savants qu’ils soient, n ont] la science profonde des harems. Ils endormiront une fera et la livreront inerte, presque morte ; ainsi Mastaï avait raison de Félicità et de tant d’autres, mais combien Rébe était plus savante 1
Ce n était pas un corps inanimé que Mastaï pressait dans ses ras, al oi s que couche sur les coussins de soie, le houka aux nres, il contemplait Zhora, vêtue de gazes diaphanes, qui ccentuaient encore sa nudité et la rendaient plus désirablepan, celait une bacchante furieuse, ivre de désirs inassouvis .sans cesse renaissants, dont les baisers brûlaient comme les morsures.
Quelle honte lorsque Mastaï, revenu à lui, bien tard dans journée voyait hommes et femmes s’agenouiller devant
permait las ?eux> i] se représentait ces scènes or&ie... Prières, signes de croix, rien ne pouvait chasser le uuvenir importun.
I s était réfugié à Castel-Gandolfo, espérant que la distance Imerait ses désirs, mais quand la nuit sereine envahissait lorizon, lorsque les étoiles s’allumaient dans l’azur profond 1 cie ’ (îuan^ la brise de mer s’imprégnait des parfums des angers en fleurs que la chaleur du jour avait surchauffés, >rs, il ny pouvait plus tenir, le désir entier, souverain m parait de lui; il ordonnait d’atteler une voiture légère’ jetu d’un costume civil, accompagné de Valecchio, confit par un cocher sûr, il roulait à toute vitesse, sur la route
udreuse, s’irritant de la lenteur des chevaux, des courbes chemia.. .
ne lendemain, Valecchio le ramenait les yeux éteints, la re pendante, sans voix, presque sans souffle!...
Pauvre Mastaï ! saint et bon Pape ! Qu’est-ce qu’il it dire là-haut lorsqu’il voit Léon XIII envoyer des sfs de félicitation à celui qui l’a ainsi traîné, non dans boue, mais dans le purin !
Vous ne pouvez vous imaginer ce que c’est que de sser en revue, même a la hâte, même en évitant de toucher longtemps du doigt, ces livres de stercore . les Borgia [Histoire d'une famille de monss). A bas la Calotte , les Jocrisses de sacristie , les affe- Jésus, « ouvrage anticlérical, soporifique et miulard, Moniteur officiel des Syllabusons et des Vatilards. » Nous voyons là le R. P. Trousse-Jupes dender qu’on vote une adresse au Pape ; l’abbé Cinqtre-un s’occupe des ouvriers, et il est appuyé par
422 LE TESTAMENT d’üN ANTISÉMITE
l’abbé Belle-Tante, mais le cardinal Hector de la Sodomerie demande qu’on renvoie à 1 année suivante la solution de cette question et il entonne le Veut creator.
Il y a quelques mois, quand parut le curieux volume de M. Quentin-Bauchart : La Caricature pendant le Siège et la Commune , j’eus la curiosité de regarder ma collection ; elle n est pas complète et contient à peine 400 à 500 pièces. Pendant toute une journée, je vis repasser devant moi ce Paris du siège, ce Paris étrange, qui, mourant de faim et toujours sous les armes, trouvait encore moyen d accrocher aux clous de toutes les échoppes près d un millier de charges, de caricatures et de dessins. Rien n’estépargné dans cette œuvre incroyable qui restera comme un des étonnements de l’histoire ; les souverains et les ministres d’hier sont attachés à tous les piloris, les hommes d’Etat républicains acclamés la veille sont jetés aux Gémonies le lendemain.
Rien n’est épargné... je me trompe, et c’ejst une observation qu’on a faite avant moi : une figure n apparaîl jamais au milieu de ces Saturnales qui commencent ai Quatre-Septembre et finissent aux journées de Mai. Pendant ce temps de liberté absolue, dansl effroyable déchaînement de toutes les passions et de toutes les colères, dans l’exaspération de cette ville qui s'est endormie en pleine joie et qui se réveille tout à coup dans les horreurs d’un siège, nul Français n’a eu lame assez vili pour outrager la blanche cornette de la Sœur d< Charité...
On eût dit que ce Paris soulevé ressemblait au Foruni de Rome... La sédition grondait sous l’ardente parolj des Gracches; les sicaires de Glodius étaient aux prises avec les amis de Milon ; on vociférait, on se menaçait on s’égorgeait. Soudain, les clameurs s apaisaient e les poignards s’abaissaient... A l’entrée de la place qu retentissait des cris de la guerre civile, venaient d’ap paraître les licteurs qui précédaient le blanc cortèg des Vestales...
Le premier qui outragea les saintes Filles de Saint- /încent de Paul, le premier qui releva impudiquement a robe de bure sacrée pour tous fut le favori actuel de 'Archevêché et de la Nonciature.
C'est une date, un degré dans l’égout. Si on avait un oouomètre pour indiquer l’étiage du fleuve fangeux qui l coulé sur la France, on trouverait ceci indiqué avec un nom.
La voici la Sœur de Charité, dans Y Album anticlérical (dessins comiques de Pépin sur le texte de Léo Taxil) ; elle a son vrai nom : La petite Sœur qui quête.
C’était pendant le carême. L’aumônier du couvent prêcha m sermon tout à fait pathétique, sur les larmes que font rerser au Christ les péchés des humains. « Mes Sœurs, dit ’abbé qui était un savant, quand une de vous oublie de dire a prière en se levant, du ciel alors tombe une larme du Christ, lacrymci Christi. Quand un impie blasphème, nouvelle arme du Christ, re-lacryma Christi. Chaque péché est une arme, semper lacryma Christi.
Les larmes du Christ pleurant sur les fautes des lommes, vous devinez comme cela prête aux commenaires crapuleux...
La sœur Marie des Anges boit du lacryma Christi ; :11e est saoule à rouler, elle est raccrochée par unrapin, :11e est mise au violon et au bout de neuf mois nous a retrouvons dans le dessin final avec un énorme >edon qu’elle étale.
Il nous faut poursuivre encore et surmonter un dégoût qui se traduit d’une façon tout à fait physique. Un se promenant dans cette sentine, on croit à chaque nstant être arrivé aux derniers hoquets ; on se trompe; 1 y a encore un nouveau monceau d'excréments, une îouvelle flaque de déjections.
La Vie de Jésus-Christ qui traîne sur les quais est >eut-être ce qu’on peut imaginer de plus ignoble dans ;ette œuvre où l’ignoble est partout (1).
(l) Vie de Jésus , par Léo Taxil; dessins comiques de Pépin.
LE TESTAMENT d’üN ANTISÉMITE
La Vierge est couverte d’immondices. Tout ce qui h concerne est, d’ailleurs, le développement d’une calomnie abjecte du Talmud que j’ai déjà flétrie et qu nous montre la Vierge accoupleuse de femmes et engrossée par un soldat nommé Panther.
Tandis que Joseph parlait, Marion avait un peu repris contenance. Elle essaya d’amadouer son fiancé, esquissa une moue câline, pour lui faire avaler la pilule :
— Joseph, mon gros lapin, je vous donne ma parole d’honneur que je suis toujours digne de vous... Aucun homme ne peut seulement se vanter d’avoir baisé le bout de mes doigts...
Ta, ta, ta, je ne prends pas des vessies pour des lanternes... Qui donc, si ce n’est un homme, vous a mis dans cette fichue position?
— C’est le pigeon, Joseph !
Pour le coup, le charpentier se fâcha tout rouge.
La vaurienne 1 elle se moque encore de moi par-dessus le maiché... JNom d une pipe ! C est fièrement heureux qu’elle ait commencé ses cascades avant que nous ayons passé devant le maire... Une fois le conjungo accompli, c’est Bibi qui aurait été dans de beaux draps!...
Là-dessus, Joseph se retira furieux. Il est regrettable que l’évangéliste Matthieu, qui nous fait part de cet incident, ne nous ait pas donné le texte des récriminations du bonhomme aux fleurs de lys. Les paroles que je viens de prêter au fiancé de Marie doivent être bien faibles à côté de celles qu il a dû réellement prononcer. «Vaurienne» et «galopine» sont des qualificatifs fort pâles auprès de ceux qu’a certainement appliqués à sa fiancée infidèle le charpentier vexé; car il, est à présumer que notre manieur de rabot et de varlope n’a pas mis des gants pour dire à Marion tout ce qu’il avait sur le cœur.
Quant à Joachim et Anne, ils en étaient comme des tourtes, ils ouvraient une bouche démesurée, tant chez eux l’étonnement était extrême.
Lorsque Joseph fut sorti, il y eut un attrapage dans toutes les règles. Les mots désagréables grêlaient sur Marion. Le papa et la maman voulaient savoir à toute force quel polisson du voisinage était 1 auteur de ce que Joachim et Anne,
lans leur ignorance des desseins de Dieu, considéraient ’omme une vilaine besogne. Il y avait même un certain cousin, du- nom de Panther, sur qui la mère Anne arrêtait particulièrement ses soupçons; ce cousin Panther n’était pas mal le sa personne et, à un moment donné, avait demandé la oetite en mariage.
C'est la Vierge immaculée surtout qui semble exciter a haine de cet infâme.
C’est sur la Vierge que Y Almanach anticlérical et nèj)ut)licain par Léo Taxil verse de préférence des lottées d’ordures. C’est là qu’on trouve, sous la signature Bibi, une poésie qui réjouira certainement les saons aristocratiques et catholiques du boulevard de la Tour-Maubourg qui ont encouragé Léo Taxil dans sa campagne contre moi.
Gela s’appelle la Vierge aux commodités.
L’art grec, cet art divin qui n’a guère d’impie.
Parmi d’autres Vénus, nous légua l’Accroupie :
Cette Vénus n’est pas Çypris sortant de l’eau.
Ni Cypris de pigeons dirigeant un quadrige,
Et ce n’est pas non plus la Vénus Callipyge,
Non plus la Vénus de Milo.
C’est la beauté, pourtant, splendide, calme, austère.
Dont le corps replié touche presque la terre,
Et dont le dos charmant touche presque aux talons...
Eh bien, lorsqu’au jardin elle vint sous un arbre S’accroupir, elle prit la pose de ce marbre,
Celle dont plus haut nous parlons.
Or, comme elle était là, frissonnante, ses voiles Proprement relevés, aux lueurs des étoiles.
Tout près d’elle elle vit, sous un manteau flottant.
Un être radieux. — C’est la Vierge Marie,
Qui, parlant le français, lui dit: — «Pauvre chérie,
» C’est mon fils qui n’est pas content !...
» Non , il n’est pas content, car trop d ames sont sourdes » Quand il faut visiter et la Salette et Lourdes,
LE TESTAMENT d’üN ANTISEMITE
» Car trop peu sortiraient pures de son creuset...
» Oh mais ! libres-penseurs, redoutez sa colère!... » La Vierge dit, et puis s’évapora, légère,
Au-dessus d’un water-closet.
La plume tremble dans la main en retraçant ces igno- 1 minies, mais il faut qu’elles soient transcrites afin qu’on sache bien ce que c’est que le parti catholique en France, afin qu’on sache bien que le misérable qui a vomi ces saloperies a pu se lever contre moi et dire j qu’il me blâmait « au nom du haut clerg’é » sans qu’une voix autorisée se soit fait entendre pour protester.
La guerre antireligieuse n’était là que pour masquer la plus abominable spéculation, le désir de s’enrichir en corrompant et en souillant les âmes. Dans cet ordre ? d’idées, Taxil publia la Prostitution , un livre qui est 1 recherché aujourd’hui à cause des gravures qui, sans { valoir celles de Rops, un maître dans le genre diabo- : lique, ont le don d’exciter les amateurs de ces sortes de produits ; on saisit l’ouvrage, il protesta en déclarant j qu’il avait bien le droit de mettre en vente un livre 1 d’anatomie.
Il chercha, cependant, un autre moyen de faire de la pornographie sans danger et le trouva avec les 1 Manuels des Confesseurs. On sait ce que sont ces j manuels ; ils sont chargés d’initier à tout ce prêtre qui j doit être chaste par état et ne rien ignorer non plus des 1 fautes ou des vices de l’humanité; ils prévoient tout, ils sont complets comme un livre de clinique. Parfois ils exposent comme cas de conscience des tableaux qui j font songer à quelque article de la Vie parisienne, j comme le cas de Blaisine par exemple.
Blaisine, qui n’ose demander catégoriquement le devoir à son mari, lui fait comprendre par ses regards, par ses caresses, par son attitude, qu’elle le désire. Jacques, qui le voit bien, est-il obligé en conscience de le lui rendre?
Réponse. Il en est de Jacques comme d’un débiteur qui sait le son créancier souffre, quoiqu'il n’ose par bonté ou timité lui réclamer son dû. Comme donc le débiteur est tenu 3 ce cas de payer son créancier, quand il le peut, de même .cques doit rendre le devoir à Blaisine, si cela lui est >ssible.
Il n'en est pas ainsi de la femme, à parler généralement; iarce que, dit S. Thomas, les hommes n’agissent pas vec la même discrétion pour demander le devoir à leurs mmes. Cependant, comme il y a des maris que l’inégalité is conditions, la fierté de leurs femmes, une timidité natu- 11e, mettent dans le cas de Blaisine, leurs épouses sont digées de se rendre à leurs désirs, quoique tacites et directs.
Parfois aussi ces manuels doivent toucher à un doaine qui fait partie de la mission sociale du prêtre, ous avons déjà constaté la légitime émotion produite tir ces désolantes statistiques du docteur Lagneau qui firme, à l’aide de chiffres irrécusables, la natalité touurs décroissante de la France, l’infécondité volontaire î ce peuple qui fait quatre fois moins d’enfants que s peuples voisins, les Allemands, les Anglais, les usses. Pour le salut même de la Patrie, le prêtre doit ppeler à ceux qui s’adressent à lui le véritable but du ariage et la signification de la parole de l’Ecriture : Croissez et multipliez ! » Il doit répéter aux chrétiens îi s’efforcent par tous les moyens d’éviter la charge îs enfants, ce que le poète Martial disait aux payens } son temps :
Quodperderis homo est.
Quelque délicat que soit le sujet, l’Église, en un mot, oit se préoccuper de tout ce qui touche à la perpéîité de l’espèce humaine; dans l’intérêt même de otre race française, elle doit parler, pour en conanrner l’emploi, de ces frêles rubans que certains taris, disciples de Malthus, vont acheter, dans les envims du Palais-Royal, à un gros homonyme de l’ancien >i de Serbie.
C’est ce qu’a fait Mgr Bouvier en citant dans se Diaconales deux décisions de la Sacrée- Pénitenceri sur ce point.
Pour ne laisser aucune interrogation sans réponse ces manuels sont obligés de sonder l’abîme des dépra vations humaines.
On y voit les œuvres mauvaises Ecrites en fauves sillons,
Et les brûlures des fournaises.
Où bouillent les corruptions;
Les débauches dans les Caprées,
Les tripots et les lupanars,
De vin ou de sang diaprées.
Gomme l’ennui des vieux Césars.
Nul n’avait songé à retirer ces livres de l’armoire se crête pour laquelle ils étaient faits ; la plupart des laïques en ignoraient même l’existence. Taxil, ancier élève de, séminaire, savait qu’ils existaient et il eut h monstrueuse idée de les mettre à la disposition des jeunes hommes et des jeunes filles.
Cela s’appelle les Livres secrets des confesseurs dévoilés aux pères de famille, le fameux livre lance par la Lanterne , « seule édition complète publiée par M. Léo Taxil, et contenant les Diaconales de Mgr Bouvier, le Compendium et la Mœchialogie ou Cours de luxure, traité des péchés d’impuretés et de toutes les questions matrimoniales par le B. P. Debreyne, religieux trappiste. »
Dans cette œuvre de scélératesse, Taxil fut véritablement infernal. A. cinq francs, le volume lui semblait encore trop cher; pour arriver jusqu’aux petits et leur révéler tous les secrets de la Débauche, il publia un volume à un franc cinquante et il en inonda la France. [Les Pornographes sacrés : la Confession et les Confesseurs , par M. Léo Taxil ; en vente chez l’auteur et chez tous les libraires.)
Vous voyez l’effet produit par ces lectures dans les nilieux populaires.
Qui ne connaît cette gravure qui est un des chefsl’œuvre de l’art licencieux du dix-huitième siècle : Y onny soit qui mal y pense, « dédiée et présentée i Son Altesse monseigneur le duc de Chartres? » Une eune fille est étendue sur un fauteuil, un livre languis- ;amment retenu sur les genoux par la main gauche. )n ne voit pas la main droite, mais le visage pâmé, les feux noyés par la volupté, ne se chargent que trop de trous dire ce que fait cette main sous la jupe...
Le vrai titre de cette estampe serait le Mauvais livre, e Livre qui éveille les mauvaises pensées, les pensées ubriques, et l’estampe pourrait servir de vivant commentaire à l’œuvre de Taxil.
Des milliers d’êtres, jusqu’alors innocents, eurent, çrâce à ces livres, la révélation de mystères turpides, le vices insoupçonnés, de raffinements inconnus dans e mal. Il ne s’agissait plus seulement de l’attraction lassionnelle qui, au printemps, lorsque les oiseaux bhantent dans les nids et que la Nature est en amour, i toujours, depuis que le monde est monde, fait courir Oaphnis après Chloé et Pierre après Françoise. C’était mtre chose. Tous, désormais, pouvaient avoir accès lans le musée de Naples ; devant des enfants de douze ins on tirait le rideau des alcôves où des courtisanes, expertes en toutes les prostitutions, avaient quintesiencié la Débauche. Pour un franc, les Sodome et les ^esbos se racontaient devant la jeunesse.
Grâce à la propagande maçonnique et à la publicité le la Lanterne, on trouvait ces livres partout et on les •etrouve encore, car Taxil, qui nous raconte qu’il a dé- )ensé 5,000 francs pour meubler « un petit coin », n’a amais songé à retirer ces infamies de la circulation, l’est Mme Taxil, paraît-il, qui est propriétaire des puffications de la Bibliothèque anticléricale et c’est ce jui explique qu’on puisse acheter en même temps, chez e même libraire, L* Empoisonneur Léon XIII et les
LE TESTAMENT ü’UN ANTISEMITE
livres de Taxil honorés , d’un bref de ee pape empoison
nom»
neur
On rencontre ces malpropretés dans les moindre hameaux, noircies par les mains calleuses qui les on feuilletées, maculées de taches de vin ; elles ont pris L place qu’occupaient jadis sur la tablette le livre d< messe, le catéchisme et l'almanach de Mathieu Laëns berg qui suffisaient à nos bons ancêtres.
Parfois, un père de famille a honte ; il a acheté le volume parce qu’on y attaquait les curés et il est dégoût* de ce qu’il lit; il jette l’œuvre ignoble au grenier; ui enfant la retrouve, la lit et, en cachette, la fait lire i ses petits camarades...
Voulez-vous savoir ce que pense de l’homme qui a corrompu tant d’êtres, le représentant du Pape, le Nonce apostolique, Mgr Rotelli, archevêque de Pharsalei Lisez la France chrétienne du 12 juin 1890, qui rend compte de la conférence faite contre F Antisémitisme à la salle des Capucines.
Le lendemain de la conférence, S. E. le Nonce apostolique a fait déposer sa carte chez M. Léo Taxil !
C’est là un traittout à fait « fin de siècle » et qui confirme ce que nous avons dit de l’allure baroque, extravagante, caricaturale et bouffonne que prennent les sociétés qui finissent.
^ Quand on songe à ces innombrables petites filles de l’atelier ou de la campagne souillées par ces lectures immondes, et qu on voit Rotelli fraterniser avec l’auteur de toutes ces cochonneries, il ne faut désespérer de rien. Nous pouvons nous attendre à voir quelque jour le Nonce apostolique, avec ses fines dentelles et son camail AÛolet, se promener bras dessus bras dessous avec les imitateurs de Vodable ou de Menesclou.
Encore la comparaison n’est-elle qu’à moitié juste. Les malheureux qui commettent ces crimes qui épouvantent Paris appartiennent, pour la plupart, plus au
nédecin qü’au bourreau ; ce sont des brutes irresponsables ; ils ont les méninges en bouillie ; ils portent le )oids de toutes les hérédités fatales. Ici, c’est le qrime ntellectuel ; l’élève du séminaire qui se dit froidenent : « Je vais gagner de l’argent en souillant l’âme les petites filles et des petits garçons. »
Alors le Nonce lui envoie sa carte...
Ceci ne nuira pas à Rotelli dans le monde de la Nonciature, près des marquises et des comtesses devenues lévotes après le départ du dernier amant, et pour lesquelles la Religion se réduit à des grimaces et à des sinagrées ; mais plus d’un ouvrier libre-penseur comprendra ma tristesse de chrétien devant un tel spec- .acle et se dira : « Quels ruffians que ces prélats 'omains ! »
Rotelli, lui, est enchanté de lui-même.
C’est le monsignor italien qüi bouleverse toutes les lotions de nos bons chrétiens français de droite et pure conscience. Les nôtres arrivent à Rome pleins d’illusions, avec toute la candeur d’une âme ingénue; on eur dit de déposer la sacoche du Denier de Saint- 3ierre qu’ont gonflée les aumônes précieuses devant dieu de tant de pauvres croyants et, quand c’est fini, out le monde romain, clérical ou anticlérical, noir ou olanc, leur rit au nez.
Ils trouvent des prélats de la maison du Pape pensionnés par Crispi, d’autres servant d’agents secrets à leux ou trois gouvernements à la fois. Us dînent chez me grande dame qui réunit à sa table les membres lu Sacré-Collège et, en sortant, un ami qui connaît rtome aussi bien queM. Henri des Houx leur apprend ce que c’est que cette grande dame; après avoir été célèbre à Paris, elle a épousé le fameux marquis de Vlaubreuil et d’Orvault qu’elle faisait dîner à la cuisine. Le père Schumacher était cocher, le frère vouut assassiner sa sœur et fut envoyé au bagne à la suite d’un procès qui fit un bruit du diable à la fin de .’Empire ; nous avons vu tout cela, nous autres, qui
LE TESTAMENT d’üN ANTISÉMITE
ne sommes pas encore arrivés à l’extrême vieillesse.
Les malheureux sentent que leur foi s’en va ; ils se hâtent de partir, ils ne peuvent plus prier que lorsqu’ils sont revenus en terre française, dans leur paroisse à eux, là où les prêtres sont, comme eux, de braves gens.
Si ces pages lui tombent sous les yeux, Rotelli ne comprendra même pas en quoi sa conduite est honteuse; il a une obnubilation complète du sens moral. La vertu pour lui consiste à payer fidèlement son terme à Calmann-Lévy chez lequel il avait élu domicile en attendant que la marquise de Plessis-Bellière eût déshérité ses parents pour lui léguer un hôtel. Il fermerait impitoyablement les portes de sa chapelle à quelque chrétien honnête et peu fortuné qui souhaiterait être marié là; il l’ouvre toute grande à M. de Gontaut-Biron pour épouser la fille de M. de Lesseps qui a ruiné des milliers de naïfs. Telle est la morale de ce Nonce.
« Il n’est pas politique ce Français, murmurera-t-il peut-être en me lisant ; il n’a pas compris la conbinazione. Léo Taxil est bien avec Son Excellence moussu le baron de Rothschild et moussu le baron de Rothschild est bien bon ; il m’a fait faire des petites affaires. »
Ils sont tous comme cela dans ce pays-là et l’archevêque de Pharsale n’a pas plus de scrupule à faire sa cour aux Juifs que Nigra n’en éprouvait à faire le risotto de l’Impératrice dans une casserole en argent.
Le modèle de tous ces monsignori qui font lire leur bréviaire par leur valet de chambre, tandis qu’ils ont pour livres de chevet Machiavel et l’Arétin, c’est Albéroni dont Saint-Simon nous a raconté les débuts.
Le duc de Vendôme, on le sait, donnait ses audiences sur sa chaise percée et Albéroni fut pris d’enthousiasme au moment où Vendôme se levait. « O culo di angelo! » s’écria-t-il, et il embrassa avec transport. Albéroni fut fait cardinal, Rotelli le deviendra aussi...
Rotelli serait même cardinal depuis un an si l’on
UNE ÉLECTION MUNICIPALE EN î 890 433
l’avait voulu laisser l’oubli se faire autour d’un procès [ui s’est déroulé à la cour d’assises de Pérouse au mois de mars 1890. Il s’agissait d’un pharmacien, que Itotelli connaît fort bien, et qui avait assassiné .son rère à coups de couteau ; le frère était un chanoine pie Rotelli connaît bien aussi.
On a craint que dans le Sacré-Collège moderne le •eprésentant d’une race de fratricides ne parût un peu rop seizième siècle; on a appréhendé aussi que la îouvelle Éminence n’éprouvât quelque embarras pour irêcher aux impies l’exercice des vertus de famille.
Vous savez, Excellence, que je ne suis pas comme votre ami Taxil et que, lorsque j’affirme un fait, c’est qu’il est absolument vrai.
Il faut constater que, pour les catholiques de l’aristocratie, cette carte envoyée au corrupteur de tant de eunes êtres n’a rien de particulièrement révoltant.
Les habitués des hôtels de l’avenue Bosquet n’ont Das les délicatesses, les susceptibilités d’épiderme des plébéiens qui aiment ou qui méprisent violemment; qui, même lorsqu’ils ne fréquentent pas l’Église, soufrent de voir un prêtre tomber aussi bas que Rotelli. L’idée qu’un homme qui a bavé, vomi, expectoré sur ie Christ puisse toucher maintenant les choses saintes de ces mains encore mal essuyées des excréments qu’il lançait jadis à pleines mains contre la Vierge ou les Sœurs de Charité, ne choque pas les âmes prétendues distinguées comme elles nous choquent nousmêmes.
L’accoutumance a produit là son effet ordinaire. Le fait de se trouver trop familièrement et trop fré-v quemment en contact avec le Divin matérialise encore les natures inférieures ; ne pouvant arriver èjpse hausser jusqu’à ce Divin, elles l’abaissent jusqu’à elles.
Pour les femmes comme pour les hommes de ce monde qui ont été élevés dans des établissements congréganistes, les rapports avec l’idée divine, le devoir
LE TESTAMENT d’üN ANTISEMITE
accompli envers Dieu par la prière, l’assistance aux offices a commencé par être une corvée, un pensum. Ce devoir est devenu ensuite une habitude et maintenant il est pour la plupart une attitude, une tenue, une pratique, en un mot. Ils en sont tous arrivés, plus ou moins, au moulin à prières du Japon; ils sont dans le simulacre dont parle Garlyle, dans l’idolâtrie, c’est-àdire dans 1 adoration tout à fait machinale de limage peinte, du morceau de bois doré; ils ne pénètrent plus dans l’essence du christianisme; ils ne se doutent même pas des traditions que certaines figures de saints représentent pour des âmes françaises.
C’est un sens qui manque à ces classes-là. Songez que c’est l'OEuvre de Saint-Michel qui se charge d’imprimer les journaux de Taxil ! que ce sont des Frères, les Frères de l’École Saint-Nicolas, qui composent le journal d’un homme qui a traîné dans l’égout les malheureux instituteurs religieux, qui les avaitréduits à ne plus oser se montrer dans les rues dans la crainte de s'entendre traiter de sodomites.
, Évidemment, ces pauvres Frères restent quand même des gens estimables, mais il est visible qu'ils n’ont pas la notion de leur dignité d’hommes, ce sentiment du respect de soi qui doit subsister quand même chez le Religieux.
Ce ne sont pas des mâles ayant dompté leurs sens pour pratiquer une chasteté héroïque ; ce sont des neutres embrassant ceux qui les ont couverts de fange
et hostiles au fond à ceux qui les ont si souvent défendus.
Pour eux et pour nous, Saint Michel évoque des idées tout à fait différentes. Saint Michel, pour nous, c est le grand Saint national du quinzième siècle, le Saint dans lequel la Patrie espéra pendant la guerre de Cent-Ans. Le sanctuaire de Saint Michel, le Saint Michel du Péril de la mer, 1 imprenable forteresse, était le heu sacré vers lequel se tournaient tous les regards, vers lequel allaient tous les pèlerinages.
On vit là jusqu’à des pèlerinages d’enfants. Des extrémités de la France des enfants se mettaient en route, marchaient droit devant eux... Dans les naïves enluminures des missels, on aperçoit les bons religieux montés sur les remparts et levant les bras au ciel en donnant tous les signes de la plus complète stupéfaction, un jour qu’ils voient une bande de bambins portant le bourdon de pèlerin se diriger vers le moustier.
En chemin, il arrivait des mésaventures à ces gamins en déplacement. Un jour, quelques-uns d’entre eux, ayant grand’faim, entrèrent chez un hôtelier, mangèrent avec un appétit tout juvénile et ne purent payer. L’hôtelier leur flanqua des soufflets et les chassa à coups de pied. En se retournant, il trouva sur le dressoir le prix du repas des enfants et, touché par ce prodige, il courut après les petits, leur remit l’argent et leur demanda pardon.
Tout venait à Saint Michel. C’est dans la forteresse, sous la protection du saint guerrier, que Duguesclin, quand il allait combattre, laissait sa femme Jeanne de Laval, celle qui, par une admirable intuition féminine, envoya à Jeanne d’Arc, au moment où elle partait pour le siège d’Orléans, l’anneau du vaillant connétable.
C’est Saint Michel, qui hantait toutes les imaginations d’alors, qui apparut le premier à Jeanne d’Arc dans le jardin de Domrémy. C’est au cri de : « Saint Michel ! » que Jeanne s’élancait au plus épais de la mêlée ; c’est Saint Michel qu’elle invoquait encore du fond de sa prison.
Allez donc parler de toutes ces traditions naïves et sublimes, enfantines et héroïques à des habitués de la Nonciature ; dites-leur, qu’après tout, cette histoire fut celle de la France, ils vous regarderont comme des hallucinés ou des chimériques.
Demandez à voir YŒuvre cle Saint-Michel. Vous trouverez des Frères en train de lever la lettre devant la copie d’un Taxil et riant sans doute des scatologies
d’autrefois: « La cheville dans le trou... Cinq contre un... La veuve Poignet... » Pouah!
Au milieu de tout cela, le pauvre Saint Michel, qu’on aperçoit sur la vignette de l’OEuvre, portant la cuirasse squammée d’or et brandissant l’épée flamboyante, fait une drôle de figure. Quis ut Deus? dit la devise.
Léo Taxil m’a reproché de fréquenter les pires ennemis de la société, les Jules Guesde et, les Benoit Malon. Je n’ai eu qu’une fois le plaisir de dîner avec Jules Guesde ; il est vrai que j’ai eu des rapports de cordiale amitié avec Benoit Malon, et que j’ai regretté qu’ils aient été interrompus par la maladie qui a forcé le grand écrivain socialiste à se réfugier au Gannet. Ce que je puis déclarer, c’est que parmi les révolutionnaires, les athées, les socialistes, les positivistes que j’ai fréquentés, je n’en ai pas connu un seul qui fût assez malpropre pour écrire la Vierge aux water-closets. Ces plaisanteries de cabinets inodores peuvent être regardées comme très drôles par le représentant du Pape qui envoie sa carte à leur auteur. Dans les milieux intellectuels d’un ordre un peu élevé, elles n’exciteraient que les haut-le-cœur de ceux qui sont le plus hostiles à l’Église.
Pour la plupart des socialistes, l’homme n’est qu’un accident dans la Matière en perpétuelle transformation, le Paradis est vide comme l’était l’antique Olympe, et les poétiques légendes qui ont bercé l’âme enthousiaste de nos pères sont en train de disparaître sous le souffle desséchant de la Science. Louis Bouilhet, dans ses Poésies posthumes , nous a montré le dernier pontife d’un culte qui mourait :
Le vieux prêtre courbé qui porte la colombe,
venant offrir dans le sanctuaire désert le sacrifice suprême à un Dieu qui n’a plus de fidèles. L’heure est proche, selon certains socialistes, où le prêtre de Jésus-
Christ viendra, lui aussi, prier dans la solitude comme priait il y a quinze cents ans le Flamine de Jupiter.
11 est permis aux croyants de s’attrister de cet état d’esprit, mais il faut reconnaître qu’il y a bien loin de là aux puantes vilenies qui ont valu à Léo Taxilla sympathie de l’archevêque de Pharsale qui, à ne vous rien cacher, me semble être un archevêque fort sale...
Quelques-uns éprouvent même, devant ces dogmes dont ils nient le caractère surnaturel, la mélancolie mêlée de respect qu’inspirent les choses qui finissent, lorsque ces choses furent grandes par elles-mêmes et ennoblissantes pour l’âme humaine.
Chez les Positivistes, la Vierge, loin d’être insultée et bafouée, a gardé une place dans les hommages publics dus aux pures images qui ont consolé et grandi l’Humanité. Pour Auguste Comte, la Vierge, intermédiaire entre Dieu et l’homme, jetant dans le rude Moyen Age un élément de tendresse, annonça la part plus grande qui allait être faite à l’amour de l’Humanité dans les préoccupations des peuples.
D’admirables efforts, écrit Auguste Comte dans la Politique positive, furent alors tentés pour instituer le culte systématique de la Femme, précurseur nécessaire de 1 Humanité. On leur dut, au principal siècle du Moyen-Age, la prépondérance croissante du type le plus suave que comportât la révélation occidentale. Cette médiatrice vraiment humaine annonçait mieux que le divin Médiateur 1 état normal de notre culte. Son ascendant graduel, à la lois systématique et spontané, devenait d’autant plus décisif que les âmes supérieures s’efforçaient alors d’humaniser ce type idéal, en repoussant le zèle mystique qui tendait à le dénaturer. Les principales effusions du Dante eovers la nouvelle déesse, s’appliqueront désormais à l’adoration de la Femme et de l’humanité, surtout dans le tercet caractéristique.
In te misericordia, in te pietate.
In te magnificenza, in te s’aduna.
Quantunque in créature è di bonitate.
LE TESTAMENT D’üN ANTISEMITE