LE PARTI BOULANGISTE ET L’ANTISEMITISME
jajours la question d’argent. — Les variations de Paul Déroulede. - Le vice-président de la Ligue des Patriotes et la poudre sans lamée. — Les munitionnaires de la Triple Alliance. — Un journaliste boulangiste délicat. — Laguerre et Rothschild. - Les 135,000 francs du comte de Paris. — Un joli aplomb. — La grandeur des humbles.
L argent ! c’est lui qui a toujours le dernier mot à itre époque il barre le chemin aux idées et, en un ar de main, il transforme les amis en adversaires et
5 adversaires en amis.
Lorsque M. Paul Déroulède est venu fulminer contre ; Juifs à Neuilly, prononcer un discours qui était plus lient due mien, il savait à quoi s’en tenir sur la estion sémitique, il avait eu le temps de se faire une
inion à ce sujet.
3n peut ne pas être antisémite, mais personne n’addtra qu’un écrivain de la valeur de Déroulède ait pu, quelques semaines, changer deux fois d’avis sur ce
Bit.
Quelques semaines après le discours de Neuilly, Béîlède venait au Gros-Caillou déclarer, avec les mêmes stes, les mêmes intonations, la même passion appaite, que l’Antisémitisme était la honte de notre siècle,
6 es Juifs étaient le modèle de toutes les vertus et e ceux qui les attaquent tenaient un langage indigne ne époque civilisée.
jue s’était-il donc passé ?
baquet avait entamé une de ces négociations louches ls esquelles il est incomparable et Pmthschild avait
donné 200,000 francs aux Boulangistes pour les éle fions municipales, à la condition que les candidats i se placeraient pas sur le terrain antisémitique.
Sans doute Déroulède niera le fait. Ce n’est pas i être de noble simplicité, comme de Mun, qui tiw tout naturel qu’on n’approuve pas tout ce qu il fa L’ancien président de la Ligue des Patriotes a le n de Polichinelle, et Polichinelle dans la Gomedie ît lienne est un type de martial dans lequel entre un p< de fourberie ou du moins de rouerie.
Le fait des 200,000 francs versés par les Rothschi n’en est pas moins connu de tous dans la Ligue d Patriotes. La duchesse d’Uzès y a fait allusion da un interview. Un membre zélé de la Ligue, ami Déroulède, investi par le général, a été combattu dessous par le Comité national parce qu’il se présent nettement comme Antisémite.
Je n’accuse pas Déroulède de s’être vendu, d avoirn cet argent dans sa poche, chacun sait qu’il a sacrifié u partie de sa fortune à ses idées. Seulement, il lui i arrivé ce qui arrive à tous les hommes politiques, ] eu besoin d’argent pour continuer la lutte et il est pæ sous les fourches caudines des Juifs. Cette inexora nécessité est précisément le côté dramatique de la situ
tion actuelle.
Quelle logique, d’ailleurs, quelle suite dans les proj: voulez-vous demander à un homme qui vous dit : « souffre cruellement de l’abaissement de ma Patrie, veux quelle reprenne son rang dans le monde, je for une ligue dans ce but et je prends pour vice-présidi de celte ligue un homme qui se charge de fournirai ennemis le moyen de tuer plus sûrement nos soldl
dans la prochaine guerre? »
L’incohérence générale est telle, les cerveaux sor ce point en désarroi que cette extravagance n’impri sionne que médiocrement; mais à une époque de f sens elle aurait soulevé 1 opinion.
Pénétrez par la pensée dans ces réunions du Tugend - ' und où les Allemands se groupaient entre eux après éna, où de vieux généraux comme Blücher, et de eunes poètes comme Arndt fraternisaient dans l’idée le revanche. Un homme arrive et dit à ces patriotes ssemblés : « Je vous propose de nommer ce vieux Juif omme vice-président de votre société. »
— Qu’a-t-il fait ?
— Voilà.... Nous avons découvert une poudre de ;uerre qui nous assurait une certaine supériorité. Ce uif s’est chargé d’approvisionner nos ennemis de cette toudre qu’ils ne possédaient pas.
Vous devinez l’accueil que les patriotes allemands auaient fait à cette proposition saugrenue.
Déroulède et ses amis ont trouvé cela tout naturel.
Sans doute, si j’abordais ce sujet dans une réunion mblique, Déroulède ferait ses gestes les plus extraorlinaires et les ligueurs m’imposeraient silence. Mais à je suis chez moi, dans mon livre; je pose une quesion et le public serait content de voir le président de i Ligue des Patriotes répondre à ce sujet d’une madère nette et précise, puisqu’il a toujours été imposible d’obtenir une explication de Naquet.
Le patriotisme dont vous faites étalage consiste-t-il à évéler nos secrets à l’ennemi et à l’approvisionner de limitions ?
Je ne pense pas que M. Déroulède pousse la mau* aise foi jusqu’à nier le fait.
Il existe une Société centrale de dynamite qui ex- Joite les brevets du chimiste Nobel. Cette Société est Tesque uniquement composée de Juifs, heureusement 'Our l’honneur de notre pays ; elle compte parmi ses dministrateurs Naquet, Arnold, Halphen, L. Bloch, lugène Pereire, S. Halfon, Goudchaux, Bunau-Varilla t enfin le général Lambert, qui, au refus de tous les 'fficiers de l’armée, a consenti dernièrement à en faire >artie.
Cette Société est représentée à l’étranger par des so-
ci étés filiales qui lui sont étroitement rattachées dont la société-mère surveille les opérations.
C’est cette Société de dynamite centrale qui, par sociétés étrangères qui sont des émanations d’el même, s’est chargée de fournir de la poudre sans mée à l’Allemagne et à l’Italie.
Sur ceci, il ne peut exister aucun doute. Tous i journaux, en effet, ont donné des détails sur les n nœuvres faites avec la poudre sans fumée en Allemag et en Italie et, au mois de février dernier, le Parlemn italien adoptait définitivement cette poudre. Voici
dépêche que publiait à ce sujet le Radical :
Rome, 20 février.
Dans sa séance d’avant-hier, la Chambre des députa adopté les conclusions du rapport déposé par le général I îoux, ouvrant au ministère de la Guerre un crédit de 18 r! lions pour la réforme de l’armement.
Le rapport du général Pelloux contient les affirmât ia suivantes :
La Société italienne de dynamite Nobel, dont la fabrbi est située à Àvigliana, sur la ligne de Turin au Mont-Cei! s’est engagée, par contrat passé avec le ministère del Guerre, à fournir rapidement, dans un délai de quelq: mois, la poudre sans fumée nécessaire à la confection = cartouches nouvelles.
La môme Société italienne de Dynamite Nobel a accet une première commande de 450,000 kilogrammes de lan; velle poudre sans fumée.
Par contrat séparé, le gouvernement italien lui a achif pour une période de douze années, le droit exclusif de fali quer lui-même la nouvelle poudre sans fumée, moyenn: une redevance de 1 fr. 45 c. par kilogramme de poudres briquée.
Or, il n’est pas contesté par M. Naquet lui-mêi que la société d’ Avigliana ne soit une des sociéi filiales qui dépendent de la société-mère dont M. I; quet est un des administrateurs.
Une convocation à une assemblée d’actionnaires de i Société centrale indiquait l’ordre du jour suivant i
a. Lecture du rapport des censeurs de la fabrique d’Aviliana.
b. Nomination des commissaires censeurs pour Avigliana ; Isleten et fixation de leurs honoraires.
c. Les actions doivent être déposées au moins cinq jours vant l’assemblée, à Paris, chez M. Geo Vian, 53, rue de
hàteaudun.
Nous avons une autre preuve de l’union intime qui dste entre les sociétés filiales et la société-mère.
La Société de dynamite possède un organe intitulé : e Réveil financier.
Ce journal est la propriété d’une société civile dont in des administrateurs est M. Geo Vian, administraur également de la Société de dynamite, auquel son itriotisme a valu dernièrement d’être nommé député ir les patriotiques électeurs de Rambouillet.
Au moment où les expériences de la poudre sans mée avaient lieu en Allemagne et en Italie, le Réveil lancier invitait ses actionnaires à se réjouir avec lui ï cet heureux succès en leur faisant prévoir la hausse } leurs actions.
Le Réveil financier publiait, dans son numéro du * &out 1889, l’entrefilet suivant :
Société centrale de dynamite.
Nous croyons savoir que des commandes très importantes la nouvelle poudre sans fumée Nobel viennent, d'être tes à une des fabriques de dynamite, et que des pourpar- ’s dans le même but sont engagés, à l’heure actuelle, par rers gouvernements, auprès des autres sociétés du erouDo Société centrale.
Dans son numéro du 18 août, le Réveil , poussant à la tusse des actions des Sociétés de dynamite, disait :
Nous engageons les porteurs d’actions de la Société cen-
96 LE TESTAMENT d’üN ANTISÉMIlfi
traie à conserver ces titres en portefeuille; aux cours actu la marge de hausse n’est pas épuisée, loin de là, caria p value de ces titres est due à l’exploitation par ses fabriq de dynamite de la nouvelle poudre sans fumée de îngem suédois, M. Alfred Nobel, laquelle ouvre un champ des j vastes et des plus féconds à toutes les sociétés qui exploit
ses brevets.
Dans ce même numéro, il ajoutait ;
Nous avons indiqué dans notre dernier numéro les c mandes importantes de la nouvelle poudre sans fumée No faites à l’une des fabriques de dynamite du groupe d Centrale et les pourparlers engagés auprès d autres soci de ce groupe : de ce fait, ces compagnies, déjà si pro tives, vont recevoir un supplément de bénéfices qui < naturellement profiter aux actionnaires de chacune d elb aussi aux détenteurs des titres de la Société centrale.
Dans son numéro du 7 septembre, 1 organe des i ciétés de dynamite célèbre, dans un grand article chances de hausse que -la fabrication et la vente c poudre sans fumée Nobel assurent aux actions de Sociétés. Cet article débute par le paragraphe vant:
L’horizon de la Société centrale de dynamite est désor plus étendu : elle a la bonne fortune que les Sociétés lai qui se groupent autour d’elle, et dont est l’usufruiüère ! régulatrice, vont produire la poudre sans fumée Nobel, nous allons tout à l’heure pouvoir apprécier au point de technique parles explications précises dues à une pium torisée, mais dont pour le moment nous ne voulons qu sagcr les résultats financiers.
Il est impossible de dire plus crûment aux ac naires : « Livrez-vous à l’allégresse, nous avons v<j à l’étranger de quoi tuer vos enfants, vous touchera beaux dividendes ! »
Il est bon de rappeler que le colonel de Bang jamais voulu vendre un seul canon aux nations qt raient pu s’en servir contre la b rance, et qu il a ré
ux propositions qui lui ont été faites en ce sens, noimment par l’Italie. Quanta M. Gifford, l’inventeur du isil de ce nom, il terminait ainsi un entretien avec un i cdacleur de Y Intransigeant : «Je vous serai obligé 'ajouter qu à ma demande il a été formellement stiulé, dans tous les contrats, que, quoiqu’il arrive, les ays composant la Triple Alliance : l’Allemagne, l’Au- •iche et l’Italie, ne pourraient pas acheter le brevet iffard » .
Sans doute on peut comprendre, à la rigueur, que es financiers sans patrie, des industriels même, se isent : « Après tout, nous ne sommes pas en état de lierre, nous avons le droit de fournir, nous fournis- )ns ».
Le côté invraisemblable, baroque, cocasse, que j’ai éjà signalé en tant de choses de ce temps, c’est de voir a homme public, un député se livrant à des opérations 3 ce genre — c’est d’entendre un poète comme Décède, que la Muse de la Patrie a souvent bien ins- .ré, vous dire :
« Parmi les Français il y a un groupe de citoyens qui tnt plus patriotes que les autres, ce sont les Patriotismes, les membres de la Ligue des Patriotes. Il y a i homme dans cette Ligue qui est le second patriote î France, le vice-président de la Ligue des gens ultraitriotes... c est celui qui fournit de la poudre sans fuée à nos ennemis. »
i Franchement, Itobert Macaire lui- même ne se serait is permis de se moquer du monde de cette façon.
Pour donner leur vrai rythme à ces constatations soales d’une si abracadabrante incohérence, il faudrait mvoir foire entendre tout à coup le galop d 'Orphée, musique folle des cancans échevelés et des jambes 1 1 air . La, la, la, la, la, fo, fo, la, fo I Alors seulement i serait dans la modalité, dans le diapason...
Il faudrait pouvoir vous montrer le flegme avec lequel bon Naquet porte ces situations d’un illogisme véri-
tablement stupéfiant. Le député du Ve arrondis ment se promène là-dedans comme il se promène Moulin-Rouge au bras de son compagnon Mermi avec un sourire paisible ; il ne s’étonne de rier trahit la France comme il a trahi tous les partis C’est dans son type et, dans son genre, il est près* aussi intéressant que Meyer. Arthur Meyer, c’est le Juif qui s’incruste, qui se colle visqueusem
(i) C’est là, d’ailleurs, l’éternelle trahison juive. Judas vend Dieu. Deutz vend une femme qui s’est confiée à lui. Les Juif la dynamite vendent la Patrie.
Michel, l’employé du ministère de la Guerre, qui fut guillcii place de Grève, en 1812, pour avoir livré les plans des opérât militaires à l’ambassadeur de Russie, était Juif. Le garçon de reau qui était chargé de porter tous les quinze jours à la reï un état général de la situation de toutes les armes et qui IL; cet état à Michel, s’appelait Mosé, et l’employé aux revues, < on s’était assuré la complicité, s’appelait Salomon.
C’était un Juif également que Glaser, l’espion allemand, qui: le courage de rester de longues années dans un emploi infim ; chemin de fer du Nord, pour se rendre compte des moindre*! tails et qui, pendant la guerre de 1870, devint le directeur gér: des Chemins de fer allemands dans le nord de la France.
Ee lieutenant-colonel Schmidt, qui fut pendu il y a queh mois, en Russie, pour avoir vendu à l’Angleterre des docum concernant la flotte russe, était d’origine juive. Les Russes < reste, ont conservé sous ce rapport les bonnes traditions de N: léon, et ils ne se contentent pas de demi mesures. Quant Juifs, ils s’en défient comme de la peste; ils ne les laissent; rôder autour de leurs places de guerre.
« On sait, disent les Archives israêlites du 22 octobre 1890, le port mixte de Sébastopol va être transformé en port exclus ment militaire. Une décision du Czar porte que le séjour de place de guerre sera interdit aux Juifs dès que cette transforme aura été opérée.
» La Crimée avait été jusqu’ici un des points de l’empire r; dans lesquels les Juifs étaient autorisés à fixer leur domicile t manent. >
Il faut noter que les Juifs qui habitaient là appartenaient secte des Karaïtes, dont nous avons déjà parlé dans la Fr> juive, et que, de l’aveu de. tous, ils étaient tout à fait su péri; aux autres Juifs de Russie. N’importe, la race est là et la R n’a pas confiance.
un parti comme une pieuvre à un rocher et qui - sur ce rocher. Naquet c’est le voyageur, l’inquiet, ist surtout l’imposteur juif par excellence.
Le grand mensonge juif s étale en lui dans toute son pudence. Dans Religion , Propriété , Famille , il déire qu il n y a pas de religion, que la propriété est un ine et. que 1a. famille doit être supprimée : quant à ,il devient épileptique dès qu’on touche à sa religion ; est incessamment iourré dans toutes les sociétés ancières pour augmenter sa propriété, et il aime lement sa famille, que lorsqu’il va passer quinze irs à Londres, il voyage comme un patriarche des nps bibliques : il emmène avec lui sa sœur, son beaure, ses deux belles-sœurs...
.1 est vrai que Naquet trouve moyen de faire payer it cela par Boulanger, c’est-à-dire par la duchesse jzès, qui reluserait peut-être son concours à une vre véritablement nationale et qui vend sa part dans iploitation du vin de Champagne pour nourrir tous Iouddis de Paris.
1 faut avouer que l’état-major boulangiste et les Juifs ient faits pour s’entendre au point de vue de l’âpreté ir l’argent, de l’incroyable sans-gêne à changer de viction dès qu’on y trouvait son intérêt. A Neuilly, ind c’est nous qui mettions la nappe et que Morès ibiait avoir rapporté des États-Unis une cargaison dollars, les Boulangistes étaient tout feu tout nme pour l’Antisémitisme ; ils s’éloignèrent dès ils virent qu il y avait là une cause et pas de caisse... ai raconté à mes électeurs du Gros-Caillou dans îlles circonstances M. de Beileval, M. Delagneau et de Chambure s’étaient présentés chez moi. Ils veînt me faire part de leur intention de transformer •journal, le Démocrate , en un journal antisémile, demandaient de leur donner tout au
‘Us une lettre à publier en tête du journal, qui indi- •t bien son nouveau caractère.
Un mois après, M. de Belleval paradait avec la bai boulangiste sur l’estrade de la salle Elliot et déclai
que l’Antisémitisme . civilisation . progrès {\
plus haut le discours de Déroulède, 2e manière). ( pensez-vous du gentilhomme de Belleval ?
Quinze jours avant l’ouverture de la période éle( raie, je rencontrais M. Delagneau rue Saint-Dominiq au coin de la rue Malar, en face du bureau de poste me dit : « Je suis bien résolu à me présenter corn Antisémite et je compte bien que la Ligue m’aid de ses subsides. »
Je ne pus fournir à cet Antisémite enthousiaste 1 gent qu’il désirait.
« Pas de guerre de race », s’écriait-il, quinze jo après, dans les réunions ! Le bon sens public a fait ; lice de ces attaques contre les Juifs, que rien ne t tifie. »
Tout ce monde-là est à vendre ; le malheur de n< cause, au point de vue du moins du succès appar fut de ne pas avoir de quoi l’acheter.
Il est vrai qu’avec quelques personnages du p boulangiste on n’était jamais sûr de rien. On les au achetés qu’ils se seraient revendus à d’autres le 1er main et qu’on n’aurait pas pu prendre livraison d marchandise. Je parle de certains chefs, bien enter car les serviteurs obscurs de la cause boulangiste fu; toujours d’un désintéressement rare.
Je vais vous raconter une histoire à ce sujet.
Laur, qui était mon voisin et que j’aime beaucoup, parla un jour du rédacteur d’un grand journal bou giste, et me dit : « Mon cher, X*** est dans vos id il se présente au Conseil municipal; il me charg( vous dire que si vous lui garantissiez mille francs j ses frais d'élection, il se présenterait comme cane antisémite. »
— Mon cher ami, lui répondis-je, nous ne roulons sur l’argent de lad uchesse d'Uzès. Morès s’est im] des sacrifices au-dessus de ses forces ; je fais, de i
;ôté, ce que je puis, mais vous savez comme moi ce |ue rapporte un livre, il faut vendre encore un certain îombre de volumes pour arriver à mille francs. Vous rous rappelez le joli conte : la Cervelle d'or, la cervelle du poète, dont on coupe une petite tranche toutes es fois qu on a besoin de fonds ; elle a fini elle-même >ar s’épuiser...
Laur revint à la charge.
— 1 Qu est-ce que c est, lui dis-je, que ce monsieur [ue je n’ai jamais vu?
X , mon cher, c est le plus délicat des hommes.
— Il se présentera comme candidat antisémite; il aettra sur son affiche : candidat antisémite?
J en prends 1 engagement d’honneur en son nom; [ailleurs avec lui vous pouvez être tranquille, c’est homme le plus délicat que je connaisse...
— Tenez, voilà un mot pour Hollebecque.
Muni de ce mot qui lui garantissait ses frais d’éleclon jusqu’à concurrence de mille francs, le rédacteur u journal boulangiste alla trouver Hollebecque. Seuîment cet homme délicat, qui eut, d’ailleurs, deux mille t quelques cents voix, non seulement ne se présenta as comme candidat antisémite, mais il n’aborda même as cette question dans sa profession de foi. Il ne m’a tmais écrit une ligne de remerciements, il ne m’a lême jamais envoyé sa carte...
La seule carte que je reçus fut la carte à payer, que ie fit présenter Hollebecque. Écœuré lui-même, Holleecque essaya bien de mettre en demeure de s’acquitter îlui qui, en réalité, était son véritable débiteur; l’autre y refusa obstinément et comme, en définitive, Holleecque avait ma parole, je lui versai les cinquante louis. Sans doute, dans le monde de Déroulède et de Lauerre, on trouvera cette histoire très drôle, mais enfin y a à Paris quelques gens arriérés qui jugeront que 3 tour ressemble fort à une escroquerie, et à la plus laine des escroqueries, l’escroquerie faite à un conère en se servant d’une idée comme d’un prétexte.
Le plus extraordinaire dans cet ordre, c’est incontes tablement Laguerre. Comme coureur d’argent, il es inouï ; il a trouvé moyen d’avoir cinquante mille franc: de Rothschild au moment même où le banquier de L rue Saint-Florentin pontait sur Constans.
Laguerre dit un jour à un de ses amis : « Mon cher j’ai absolument besoin d’arg-ent pour la Presse. J’a essayé de Donon et de Soubeyran, rien à faire... Vou connaissez Rothschild?
— J’ai eu des relations personnelles avec les Roth schild, mais je les vois très rarement; je ne veux pa me mêler de cela...
— Il faut à tout prix me tirer d’affaire.
— Écoutez, je vais vous présenter à X*** Il pourr peut-être essayer...
X***, que tout Paris connaît, est le Sémite doux, 1 Sémite dont les crochets à venin sont partis, c’est 1 Philinte de Jérusalem et c’est à peine même si quelqu souvenir de Jérusalem apparaît encore chez lui.. Tenez! avec le talent et la valeur intellectuelle e: moins, c’est Saint-Amand. Il a comme notre ami cett heureuse disposition de nature à trouver tout bien, s’extasier sur un dîner tout à fait manqué, à félicite de sa fraîche beauté une femme de quatre-vingt-di ans.
Fils d’un caissier de Rothschild, X*** entra dans 1 vie avec deux millions, et il les employa à faire la fête non point qu’il fût noceur par tempérament, mais parc qu’il avait son idée et que la vie de plaisir lui offra: l’occasion d’obliger des amis... A la fin de l’Empire, : se hasarda à manifester timidement son idée, et il s présenta au Jockey-Club, mais le moment n’était pa venu...
Pendant le siège, X*** resta avec nous; sa vocatio était d’éclairer; il s’engagea dans les Éclaireurs de 1 Seine, y fit son devoir et ne cessa pas pour cela d’ouvri aux amis une bourse qui commençait à se vider. De élections eurent lieu au Jockey-Club à ce moment; i
» admis et il en eut une grande joie. Quelques protestons isolées s’élevèrent bien à la fin de la guerre ntre ces élections faites un peu irrégulièrement au •e des pointus, mais elles ne changèrent rien au ré-
itat.
Gomme le coureur antique, X*** tombait épuisé en ichant le but , sa fortune était dévorée, mais il avait îlisé l’idée dominante de sa vie : il avait rêvé d’être ;mbre du Jockey, comme d’autres rêvent d’être rnibres de l’Académie. Il l’était... Que lui importait reste? Il possédait encore 80,000 francs, les Rothsld les lui prirent en dépôt et lui firent 12,000 francs rente.
Par pure bonté d’âme, X***, qui n’avait jamais vu guerre, se chargea de plaider sa cause près d’Alonse de Rothschild.
.1 débuta par de vagues apophtegmes et sentences pruntés à la sagesse de toutes les nations...
- Il est bon d’avoir des amis dans tous les partis; on sait pas ce qui peut arriver...
jes Juifs n’aiment guère les préliminaires ; en affaires nme en amour, la lormule est la même i « A quelle ire et combien ? »
- Qui est-ce? demanda Alphonse de Rothschild.
- Laguerre...
- Ah ! bien. Il a du talent... Combien demande-t-il?
- Cent mille...
dors le baron reprit l’objet en main et le critiqua en maisseur. « Certainement la pièce est bonne, mais î a été rognée... Le plat est d’un joli dessin, mais naila craqué par places... Le tableau est authenie, mais il y a eu des retouches, des retouches malenttreuses ; il faudra une réparation, une réparation s coûteuse... Va pour cinquante mille, bien entendu ame don pur et simple, sans prendre d’actions, sans a qui engage... »
^aguerre accepta les cinquante mille francs avec nsports. Si le Boulangisme avait triomphé, il aurait
été certainement le ministre de la Justice tout désigi Vous voyez si, avec ce fil à la patte, il aurait pu ap] quer la loi aux Rothschild dans une affaire comme c( du Comptoir d’Escompte ou dans toute autre affaire les Juifs auraient été mêlés. Il aurait été le prisonn de Rothschild comme Thé venet l’était de J acques Mey
Les politiciens de ce « bateau-là » sont évidemm d’une autre race que nous. Le mépris qu’ils ressent i pour l’humanité et pour eux-mêmes leur donne aplomb dont nous serions incapables.
Qui n’a lu les déclarations de Laguerre à ses électe 1 à propos des Coulisses du Boulangisme :
Je ne saurais les démentir, s’écriait le député du XVe: rondisseraent, le 3 septembre 1890, devant le comité du qi: lier Saint-Lambert, puisqu’elles m’ont révélé à moi-même : faits dont j’ai depuis contrôlé l’exactitude. Ce que je dois a mer, c’est que votre député n’a connu que longtemps ap son élection les relations qui existaient entre le général El langer, le prince Napoléon et le comte de Paris. C’est à II dres même qu’un des témoins m’a révélé l’entrevue de Pji gins. A l’heure qu’il est, je ne connais encore que par i journaux les rapports qui ont existé entre le général et le C( de Paris.
« La faute du Boulangisme, disait-il en core à la S des Entrepreneurs, le 31 octobre, est d’avoir eu : politique de compartiments. Nous étions dans un eu partiment ignorant ce qui se passait dans l'autre. Ci ainsique ce n'est qu' après les élections que j'ai app toutes les négociations avec les royalistes et lap venance de l'argent. »
Or, le bon apôtre ignorait si peu les négociatii entre le parti royaliste et le Boulangisme qu’il avait I un des plus actifs agents de ces négociations. Il c) parvenu à extirper directement au comte de P' 135,000 francs en échange d’actions de la Presse. < actions, au nombre de 900, ont été complétées ; 450 autres provenant d’un prête-nom de Laguerre,;
es avait long-temps g-ardées dans un coffre-fort du Crélit lyonnais , elles sont entre les mains d’un administraeurde l’École de la rue des Postes, que M. Bocher a >rié de s’occuper de cette affaire. Je suppose à M. Lafuerre trop d esprit pour démentir mon affirmation ui est formelle. ’
C’est toujours l’opérette. Le 12 juillet 1888, notre °mme vote l’urg-ence sur la proposition de René /affon demandant la suppression de toutes les congréations « au nom de la morale publique » et, c’est un dministrateur de la célèbre école des Jésuites qui 3rt d’intermédiaire aux négociations du directeur de t Presse avec Bocher et le comte de Paris !
Laguerre passe maintenant sa vie dans les salons es Conservateurs et jadis, en compagnie de Constans, faisait servir de pauvres enfants h une comédie maçonique. Les malheureux petits avaient le visage couvert un voile de mousseline blanche portant en lettres .unes des inscriptions différentes. Sur l’un on lisait: anatisme; sur 1 autre : Ignorance ; sur un troisième : risère. Après des discours contre l’Église, origine de us les maux, on enlevait solennellement les voiles... Toute cette cuisine étrangement pimentée ravit le une parti conservateur. Cet Épigone de Balzac, ce astignac de basoche dont l’éducation fut ébauchée ir Thiers et achevée par Clémenceau, semble à beauup la personnification du vrai moderne, du hardi rate aiguillonné par les appétits qui, libre de tout éjugé, exempt de tout scrupule, s’élance à la coniête du Pouvoir, de la Célébrité et de l’Argent.
Sans doute, au premier abord, on est tenté de s’amur de la belle impudence avec laquelle ces gens-là louent leurs électeurs, trahissent leurs serments, entent à leurs promesses, exploitent et mystifient .îr a tour chaque parti pour se procurer un peu plus plaisir et de luxe. Au fond la nausée vient bien vite, ressent autant de mépris pour ceux qui se vendent isi que pour ceux qui les achètent; on a la sensation
106 LE TESTAMENT d’üN ANTISÉMITE
d’un bal masqué dont les fenêtres donneraient sur ur cloaque. Quand on a regardé quelque temps tout( cette foule bariolée se trémousser fiévreusement, on em assez et l’on cherche un coin pour vomir.
Les seuls intéressants là-dedans, ce sont les ingénus les naïfs qui ont cru à la parole des autres avec la can deur d’êtres sincères. Connaissez-vous rien de pin touchant que ce vulgaire fait-divers ?
Un débit de vin de la rue de Frémicourt a été, vendred soir, le théâtre d’un drame étrange. Le patron de l’établisse ment, un sieur L***, âgé de trente et un ans, en revenant vers onze heures, de la réunion Laguerre, au théâtre d Grenelle, avait invité quelques habitués à prendre un verre Tout à coup il se leva et leur dit :
a J’ai une grave communication à vous faire. Je vous pri de l’écouter en silence ; ce sont mes dernières volontés. J fus autrefois fervent boulangiste, car j’ai cru au général, son désintéressement, à son courage, j’ai cru aussi en La guerre. Aujourd’hui toutes les révélations m’ont désabusé.
» Mais je n’ai pas le courage de survivre à la ruine de me illusions et de mes espérances. Je ne veux plus qu’on puiss me reprocher d’avoir été boulangiste, et m’appliquer cett ontrageante épithète. J’en ai assez. » Tirant de sa poche u long couteau, il se le plongea dans le ventre. La mort a ét instantanée (1),
Cet homme du peuple qui se tue comme un Japonai parce qu’il désespère de la République comme Caton, cru à ce que le philosophe anglais appelle « le gran sérieux de la vie. » Cette farce électorale qui fait tar rire les politiciens de profession était pour lui un œuvre grave, il y apportait évidemment une âmedroil et loyale. Il est mort de sa désillusion, mort d’avoir v la vie telle qu’elle était, à l’heure où, dans un salon, h prétendus honnêtes gens faisaient fête au rhéteur véna à l’être prostitutionnel qui, se gaudissant de sa propi infamie, s’applaudissait d’avoir encore une fois m dedans cette « vieille bête de Populo... »
(1) Parti national, 3 novembre 1890.