‹ Le testament d'un antisémiteChapitre 8 sur 32 · ANÉMIE · texte numérisé non relu

ANÉMIE

race ; il tâche de gagner le plus possible pour nocer davantage, pour se procurer plus de jouissances matérielles, pour faire honneur à ses affaires.

Le régime moderne a créé, on peut le dire, un type d’être spécial que l’on serait tenté d’appeler le contribuable; car, en réalité, si on demandait à beaucoup d’hommes de ce temps pourquoi ils sont sur la terre, ils seraient bien embarrassés de répondre et finiraient par vous dire :

— Ma foi, pour faire notre service militaire, pour acquitter nos contributions et pour payer notre terme.

Le gendarme, le percepteur, le propriétaire sont, pour la plupart, la forme visible du Devoir et, dès qu’on est en règle avec eux, on a l’esprit en paix.

Aussi, remarquez-le, ces contributions le Français les paye avec une certaine joie ; il ne se sert pas du tout de ses droits de citoyen pour obtenir la diminution des impôts. Il en est de même du propriétaire : le Français est heureux quand il a rempli ses devoirs envers lui. Chez ce peuple, qu’on prétend livré à toutes les théories subversives, il n’y a pas d’exemple d’assassinat d’un propriétaire. Les insurgés de la Commune, maîtres absolus de Paris, ont tué de vénérables ecclésiastiques qui ne leur avaient fait aucun mal; ils n’ont tué ni un des propriétaires implacables qui avaient augmenté sans pitié le loyer des pauvres ménages, ni un des huissiers qui avaient saisi jusqu’à la cendre des foyers.

Les Français sont admirablement dressés à toute cette organisation fiscale; ils sont comme les méharis qui s’agenouillent pour qu’on puisse les charger plus facilement, ou comme les chevaux de renfort d’omnibus qui, leur besogne faite, vont tout seuls rejoindre leur place au bas de la montée et attendent là qu’on les attelle de nouveau.

Ces hommes si dociles à rendre à César ce qui est du à César, se regardent, en revanche, comme absolument affranchis de toute obligation envers Dieu.

LE TESTAMENT d’üN ANTISÉMITE

Ce qui frappera plus tard l’observateur, quand il étudiera les générations présentes, c’est la facilité avec laquelle un peuple peut se passer de toute religion. Dans les départements qui entourent Paris, il y a des villages où les hommes ne mettent jamais les pieds à l’église. Je ne parle pas ici des hommes affichant des opinions anticléricales. En beaucoup d’endroits la période d’anticléricalisme militant est close. Les paysans et les ouvriers du pays saluent le curé parce que c’est un notable, mais ils n’éprouvent pas une seconde le besoin de penser à Dieu, d’élever leur cœur vers le Créateur, de s’unir par la prière à la Divinité. En dehors des dimanches, ils n’ont aucune notion des fêtes de l’Église et des événements qu’elles commémorent. C’est là tout un ordre de préoccupations radicalement aboli chez eux et, à leur point de vue, ils vivent très bien comme cela.

Quand, par hasard, ils entrent à l’église pour un mariage ou un service quelconque, ils s’y ennuient à avaler leur langue. Ce Sacrifice du Corps et du Sang de Notre- Seigneur Jésus-Christ, sous les espèces du pain et du vin, ce drame si magnifiquement émouvant de la Messe, où chaque parole, chaque geste du prêtre a une signification si profonde, les laisse totalement indifférents ; ils ne le comprennent pas plus qu’ils ne comprendraient une cérémonie dans une pagode. Ils sont tout à fait revenus à l’état sauvage, très au-dessous, au point de vue du sentiment religieux, de ce qu’étaient nos pères au moment où le christianisme pénétra dans les Gaules ; pour les ramener, il faudrait les évangéliser à nouveau, il faudrait des apôtres comme saint Denis ou saint Éleuthère, qui aillent prêcher sur les chantiers ou dans les champs.

Ce sera, je le répète, un sujet de stupéfaction pour ceux qui écriront définitivement l’histoire de ce temps, que de voir avec quelle rapidité ce peuple, qui fut si croyant, qui resta si longtemps idéaliste, en est arrivé à être étranger à toute inquiétude sur l’âme, sur le mystère de la destinée, sur le Divin en un mot, à vivre

3 la vie seule des instincts, dans un matérialisme anquille qui, chez beaucoup, encore une fois, n’a plus en d’agressif contre les ministres du culte.

Il en est de même, d’ailleurs, pour tout ce qui touche

I domaine moral. Je n ai pas 1 intention de déclamer •ntre la corruption des mœurs, ce qui serait parfaiteent inutile; je veux noter simplement à quel degré ir ce point encore les opinions se sont modifîées^en îelques années. Ceux qui appartiennent a ma génétion seront incontestablement frappés de l’exactitude ! ce constat.

II y a vingt ans, les mots : un failli , un voleur , un mdamné pour escroquerie, étaient des mots-épountails , une condamnation pour vol était la mort soile pour un homme. Aujourd’hui, ces termes n’ont us qu’une importance très secondaire.

Sans doute, on s écarte encore du voleur classique, uvert de haillons, armé d’un gros bâton, mais ce n’est s parce qu’il est voleur, c’est parce qu’il est mal mis. IS fleurs habillés comme tout le monde sont les învenus partout.

Grouzet, Jacques Meyer, circulent sur le boulevard tous leurs camarades leur serrent la main.

Mary Raynaud a été nommé à une belle majorité p les rustiques populations du Cantal, auxquelles n’avait pas caché ses antécédents ; il a traité un emlnt municipal avec le maire de Mâcon ; son nom are dans des scrutins au Journal officiel et il "ait été probablement validé s’il avait pu tenir plus gtemps. Il était chargé de la partie financière dans journal monarchiste par excellence, dans l’organe orisé de ce prétendant qui prétend, tout au moins, e un honnête homme et, avec l’expérience que pouent lui donner ses trois ans de prison, il engageait duchesses et les marquises à placer à la Banque •tat les fonds qui n auraient pas été dévorés par le alangisme.

)ersonne ne trouvait cela étonnant et l’on se fût

178 LE TESTAMENT d’üN ANTISEMITE

étonné au contraire qu’on fît mauvais accueil à un gêr tleman comme Mary Raynaud qui, s’il n’était pa absolument honnête, était fort civil en ses manières Un monsieur qui, à Paris, dans un lieu public, refuse rait de s’asseoir à-côté d’un homme flétri par l.estribï naux, passerait pour un- excentrique, un faiseu cV épate...

Tout est singulier, d’ailleurs, en ce temps. Jadi: ceux qui avaient eu des relations plus ou moins diff ciles avec la Justice cherchaient a se faire oublier*, ai jourd’hui ce sont ceux-là, au contraire, qui .courer après toutes les occasions pour se mettre en avant, qui tout prétexte est bon pour attirer l’attention sur ern

Qui n’a entendu parler, en ces derniers temps, d Juif Osiris Iffla?

Osiris a le culte des grands hommes ; il commeni par offrir une statue de Jeanne d’Arc à la ville de Nanc qui ne demandait rien ; il continue en offrant une stati de Guillaume Tell à la ville de Lausanne.

Vous devinez le vacarme que mène la Presse juh autour de ces actes de munificence !

Il n’est donc point mauvais de montrer au publ l’opinion que s’est faite la Magistrature française d< moyens par lesquels ce mortel généreux était arrivé s’enrichir. Voici comment, il y a cinq ans, les conseille] de la Cour d’appel de Bordeaux jugeaient la manièi d’agir de ce Dieu égyptien. Il s’agissait d’une substiti tion de créance faite frauduleusement par Osiris à sc beau-frère Moyse.

Attendu que si on cherche à pénétrer le sens et le mobile < cette substitution pleine d’équivoque, on y découvre une cor, binaison artificieuse habilement organisée dans le dessein i tromper le public sur la vérité de la situation de la nouvel société; que visiblement, en transportant sur la tête de s( beau-frère Moyse la créance irrécouvrable de 330,036 fran avec des conditions de remboursement particulièrement i goureuses et en lui faisant opérer dans la nouvelle société

ersement de pareille somme, Osiris a poursuivi un, double iüt : attirer 1 argent du public dans la nouvelle banque et s’asurer, par ^intermédiaire de son beau-frère, des facilités de emboursement au détriment des autres' créanciers;

Que cette intention frauduleuse se révèle d’abord dans la réparation des actes des 13-14 février 1880, à laquelle Osiris pris une part directe et prépondérante, ainsi qu'en téaoigne lacorrespondance versée aux débats, voire notamment 3S lettres de Foucaud et d’Astruc, de fin novembre, 3 et 7 décembre, enfin la lettre d’Osiris du 15 décembre 1879; Que la fraude apparaît plus sensible encore dans la simulai on qui entache les conventions des 13-14 février 1880, où les aïeuls intéressés d’Osiris se déguisent sous le masque de ession mensongère, de prêt fictif et de versements imaginaires; Quelle éclate enfin et au grand jour, dans la circulaire qui noonce la formation de la nouvelle saeiété et où, à l’aide de ertains procédés de rédaction qui mettaient en relief le nom Osiris à côté de celui d’Astruc, son beau-frère, on insinue au ublic qu’Osiris continue son appui à la nouvelle société (1).

Si nos gouvernants n’étaient pas les misérables qu’ils ont, ils auraient défendu, à cet homme d’avilir Jeanne ’Arc ; ils lui auraient dit : « Bas les pattes ! Il est des gures qui appartiennent à la Patrie, et il n'est pas perîis à un financier douteux de déshonorer dans la mort humble bergère qui vécut pauvre et dont les parents ’avaient rien volé à personne. »

J’ajoute que M. Ruffie, le conseiller d’Etat chargé de Instruction publique et des Beaux-Arts au conseil de Rusanne, pourrait faire, lui aussi, son profit de ce que i dis sur 1 absence de tout sens moral chez nos minis- ’es français.

J’ai connu quelques Suisses : c’étaient tous de très onnêtes gens, un peu raides d’allures, un peu formastes, un peu susceptibles peut-être comme caractère, lais droits et solides sur l’honneur. J’imagine qu’ils ensent comme moi que la Suisse n’en est pas encore

(i) Extrait d’un arrêt rendu par la première chambre de la Cour appel de Bordeaux, le 14 avril 1886.

180 LE TESTAMENT d’üN ANTISEMITE

réduite, pour glorifier ses grands hommes, à accepfi r aumône d’un Juif suspect.

Le Conseil d’Etat de Lausanne n’a point, paraît-il, ; ces scrupules et je pense qu’il fera graver sur le piédv tal de la statue du libérateur de l’Helvétie les consicrants de l’arrêt rendu dans l’affaire Osiris par la Co d’appel de Bordeaux.

Rien, ne peut donner l’idée du ton des lettres adresées à cet Osiris à propos de cette statue, lettrs qu’en bon Sémite affolé de réclame il fait publier i première page dans le Figaro.

Mme Adam fut, paraît-il, l’Isis que cet Osiris cesulta tout d’abord. « M. Osiris, dit 1 q Figaro, confia i jour son projet à l’un de ses médecins, le DP Second,! pria cet éminent professeur d’en parler à Mme Adci dont il est le gendre.

» Mme Adam s’enthousiasma à cette idée et dégna elle-même la ville de Lausanne, comme étant i plus digne de recevoir ce cadeau princier. »

Mme Adam écrivit là-dessus à Osiris une lettre éctvelée et pleine d’épithètes :

Cher monsieur et ami,

Merci de voire belle lettre si patriotique, si noble, si éleu de sentiments et d’une générosité si simple ! Je me perms de l’envoyer à mes amis de Lausanne, mais en leur dénudant de me la renvoyer, car c’est un monument de patr* tisme que je veux garder. Toute ma gratitude comme Fçcçaise et tout mon dévouement à vos œuvres si hautes.

Juliette Adam.

Si MmeAdam collectionne les documents relatifs'] Osiris et à « ses hautes œuvres », elle me permetti, je l’espère, de lui offrir le jugement rendu par la Cor d’appel de Bordeaux ; elle pourra l’exposer sous u: vitrine et montrer à ses invités un homme qui fait es cadeaux avec le produit de ses razzias et qui aurl peut-être plus de droits qu’Atchinoff à s’appeler «s Cosaque du don. »

Quant à Rutile, il est débordant, lui aussi.

Après avoir donné à la France, votre patrie à laquelle nous attachent tant de liens d’amitié et d'affection, le témoi-na-e datant de votre générosité et de votre patriotisme,0 voSs oulez bien aujourd’hui penser à la Suisse, sa République Eur, et en particulier à notre canton de Vaud, cette terre imande si rapprochée de la France par sa situation géo^rahique et par sa vie intellectuelle. &

En acceptant de grand cœur l’hommage que vous daignez .ire à notre pays, nous pouvons vous donner l’assurance°que statue du libérateur Guillaume Tell sera placée dans un tdre digne d elle sur le bord de ce lac que yous aimez. En dus rappelant les origines de notre Patrie sous les traits de îomme en qui s'incarne la conquête de la liberté, elle nous ra également que le dévouement, le patriotisme, la o-énésilé sont les traits distinctifs du génie français et, dans ce iys où les chefs-d’œuvre sont rares, elle sera un monument

ipérissable élevé à la supériorité de la France dans le culte i beau.

Franchement, devant des mascarades pareilles, dent de si indécentes parades, est-ce qu’il n’est pas heuux que, de temps en temps, la voix d’un Antisémite ileve pour crier : A la chienlit!

Ce changement radical dans la laçon d’envisag'er rtains actes est la conséquence de l’entrée triomale des Juifs dans la société parisienne et c’est aux présentants des hautes classes, uniquement, que reînt la responsabilité de cette corruption de la conence française.

Il est clair que, dès que les plus illustres familles vraicnt leurs bras à des financiers enrichis par la ne des naïfs et des gogos, la France devait modifier > anciens concepts sur le Bien et le Mal et les adapaux idées des Sémites pour lesquels l’Argent est it, aux yeux desquels la probité et l’honneur ne sont e des expressions vides de sens. Quand le due de La ’Chcfoucauld-Doudeauville reçoit chez lui les Rothifid et les Ephrussi; quand la duchesse d’Uzcs, la

première duchesse de France, conduit le mai! a M. Hirsch et descend chez lui quand elle va à Londn, quand le duc de Chartres sert de parrain au financi bavarois qui fut le lanceur des lots turcs, ils déclare! implicitement que certaines idées sur 1 honnêteté sel tout à fait surannées.

On mit un certain intervalle dans la descente. I] commença d’abord par dire *. « Sans doute, ce baron fait des tours pendables à Vienne, cet autre a la sp cialité des sociétés véreuses et des coups de Boun éhontés, ce troisième est un filou notoire, mais enfin n'y a pas le fait matériel de la condamnation. » Qua. on vit fonctionner la nouvelle Magistrature, on s’ap eut vite que ceux qu’elle condamnait de loin i loin étaient généralement moins coupables que ce: qu’elle acquittait et l’on en arriva à passer l’éponge : tout, à admettre que le vol était une industrie com i une autre...

Le relâchement est universel et l’on peut dire q< Paris ce qu’on entendait autrefois par la moralité ]i blique a complètement cessé d’exister.

Autrefois la Prostitution était regardée comme 11 honte et le fait de livrer son corps à des homr; moyennant une somme d’argent enlevait toute consi 3 ration à une femme. Aujourd’hui, cette appréciât semble absolument arriérée. Dès qu’elle appartid même d’une façon subalterne, au monde des arts, u femme est reçue sur le pied d’égalité dans les maisi les plus aristocratiques. Les pères et les maris trouvi tout naturel de voir à côté de leurs fdles ou de 1er femmes des créatures qu’ils connaissent pour des pis tituées. Parmi les privilégiées honorées des palis académiques, il en est qui, au su de tout Paris, fit raient, il y a quelques années encore, sur le réperU que les matrones mettent à la disposition des étran^r avec la photographie et le tarif.

Une demi-mondaine entretenue par deux ou t'! amants, et qui ne fait pas d’esclandre dans sa maisi

est bien vue de tous ; aux villes d’eaux, elle fréquente les mêmes hôtels, les memes tables d’hôte que les femmes les plus honnêtes, elle hante les mêmes casinos et personne ne lui fait d’avanie.

Il y a vingt ans seulement, c’eût été une affaire énorme que 1 histoire d un magistrat devenu le gendre de la teneuse du Bal des Vaches , acceptant une fortune amassée sou par sou par l’exploitation de la plus crapuleuse prostitution. Le magistrat convaincu d’une

telle ignominie n’eût pas osé retourner au Palais le lendemain.

Les révélations sur Toutée n’ont guère fait que divertir Paris; on a ri de ce juge propriétaire de maisons ou l’on allait, moyennant deux francs, passer la nuit avec les gadoues ramassées au bal; on a ri de ces petits « cabinets particuliers » à cinquante centimes où es clients et les clientes, quand ils étaient trop pressés allaient opérer sous l’œil vigilant de madame Emile la belle-maman du président de la neuvième Chambre En définitive, Toutée est sorti de là plutôt grandi dans 1 estime de ses collègues ; on a dit : « Il a dix-huit cent mille francs ! » Il représente la Propriété.

Pour moi,^ cette histoire-là évoque toutes sortes de ligures et d’êtres. J’ai connu ce bouge affreux que l’on appelait le Bal des Vaches .

Il était déjà admis dans la jeunesse littéraire que pour faire une loonne étude de mœurs il faut aller dans es endroits où il n’y en a pas... Nous étions donc quelques-uns que passionnait l’observation des bas-fonds de la capitale, et, bien souvent, dans nos tournées à travers les plus étranges réceptacles de la prostitution et de l’ivrognerie, le Vieux Chêne , la Bibine , les Pieds umides, nous repassions par la rue Contrescarpe et nous allions dire bonjour à la mère Emile qui n’était pas

une méchante femme et qui aimait les gens distingues...

Je ictrouvais là un ami de jeunesse, un Hercule de

|3(' le testament d’un antisémite

foire, qui faisait des tours sur le terre-plein qui précède le pont d’Austerlitz. En revenant du lycée Charlemagne, je prenais toujours le plus long et je m’arrêtais devant ce saltimbanque. Parfois, Albert Duruy, qui était d’une force extraordinaire et que tous les exercices physiques attiraient, s’amusait à soulever des poids ; peu à peu, on causa, on se lia.

A une autre extrémité de ma mémoire, je revois la famille Toutée qui jouissait de l’estime de tous à Saint- Fargcau. La petite maman Toutée, très intelligente, très avenante, était une amie de ma tante Joséphine et c’était un nom qui revenait souvent dans ses souvenirs de province.

Quand j’eus passé mon baccalauréat, on m’invita en Bourgogne pour me montrer à la famille et je vis les Toutée, les Lacour et le père Dethou qui était déjà très vieux à ce moment. Mon oncle Saint-Aubin était un des chefs du parti républicain dans l’Yonne, et, au Deux Décembre, il avait été obligé de se cacher dans les bois. M. Lacour, le riche propriétaire de Saint-Fargeau. avait été proscrit aussi et Mme Lacour montrait avec orgueil la plume qui avaitservi à écrire les Châtiment i. et que Victor Hugo lui avait offerte. Ce fut une de mes juvéniles admirations que Mmc Lacour; c’étaitune belle femme un peu mûre, avec des bras superbes ; elle faisai des vers et je me figurais que Mme de Staël devait être comme cela.

Tout ce monde honnête et ardemment républicain ne tarissait pas sur les corruptions de l’Empire et, à chaque tournant de route, le Dr Dethou arrêtait sa carriole d< médecin de campagne pour fulminer contre les mœuri impériales. Quels cris ils eussent poussés tous si or leur eût annoncé, dans un de ces petits salons orné! de fauteuils de velours jaune usé et fané que je voie encore, que sous la République les magistrats iraien prendre femme au Bal clés vaches! Qui eût dit que cette mère Emile, chez laquelle je ne me vantais pai d’aller faire un tour, entrerait un jour dans cette famille

si provinciale, si bégueule et qui prenait des airs effarouchés quand on parlait des bals des Tuileries!

J aimerais a retourner là-bas, a rencontrer le pore Dethou qui doit avoir acheté une voiture neuve, depuis qu’il est député, et à lui dire : « Eh bien! vertueux républicain, que pensez-vous de tout cela? (1) »

Celte décadence morale de la Bourgeoisie, qui se vautre maintenant dans toutes les hontes, n’apparaît bien que lorsqu’on a vu jadis quelque petit coin de province comme ce coin de Bourgogne que je vous crayonne.

Au bas de l’échelle, l’indulgence est la meme. La fille publique, dont l’existence exceptionnelle était jadis comme enveloppée de mystère, vit maintenant comme

(1) Il faut toujours voir le côté amusant des choses. La Magistrature, nul ne l’ignore, qui avait eu des trésors d’indulgence pour les accusés boulangistes, tant que Boulanger eut chance de réussir, fut impitoyable après la défaite envers ceux qui touchaient de près ou de loin au Boulangisme. Toutée, particulièrement, se signala par des arrêts véritablement féroces, et c’est par lui que Maës fut condamné à six mois de prison dans des conditions absolument odieuses.

Lorsque M. Engerand manifesta l’intention d’adresser une question au Garde des sceaux à propos de l’attitude de certains magistrats, il vit venir vers lui un de ses collègues, suppliant et inquiet à la fois.

— Mon cher collègue, lui dit celui-ci, je vous en conjure, n’attaqnez pas^ Toutée... Si vous saviez quelle peine ces attaques lui causent!

Cet homme était Le Senne, le député boulangiste et l’ancien avocat de Maës!

Pendant ce temps-là, Maës tirait ses six mois de prison à Sainte- Pélagie. Engerand vint l’y voir sur son désir et Maës lui dit, en le quittant : « Faites tous mes compliments à mon ami Le Senne! »

, Cest un peu le pendant de l’histoire de Bournand défendant 1 Eglise dans son livre : Le Clergé sous la troisième République. Quand il s’agit de soutenir le livre contre la proscription de la maison Hachette, les députés de la Droite votent contre l’écrivain catholique en faveur de la librairie qui s’est vouée à la propagation des œuvres de Zola et de Catulle Mendès.

186 LE testament d’un antisémite

tout le monde ; elle est amie avec ses fournisseurs qui l’exploitent tant qu’ils peuvent ; elle mange souvent à la même table que le marchand de vin et sa famille , elle caresse les enfants des ouvriers qui sont dans la maison; elle leur achète des bonbons ; l’ouvrier lui dit bonjour quand elle « bat son quart », qu elle travaille,

selon l’expression usitée.

C’est un état d’esprit général. L âme française a été absolument transformée, retournée depuis vingt ans. Il y a un siècle, un artisan de nos anciennes corporations, un garçon ou une fille de ferme de Vendée avaient en ce qui concerne l’honneur, la probité, la pudeur, des délicatesses, des impressionnabilités que n’ont plus la plupart des gens du monde aujourd’hui.

Au fond, en bien des moments, cette vie si basse et bornée à de si vulgaires réalités semble à beaucoup une chienne d’aventure; ils y sont, ils y restent et ils s’y débattent avec une certaine vaillance, une certaine bonne humeur française, mais ils ne se soucient pas de faire cadeau à d’autres d’une existence dans laquelle il

faut se donner tant de mal.

L’idée de famille n’a plus, nous l’avons dit, le caractère qu’elle avait autrefois. Les Français modernes n’éprouvent pas pour leurs parents les sentiments de respect innés chez les générations précédentes, mais enfin ils ne les assassinent pas encore pour les manger quand ils sont vieux ; ils les enterrent encore convenablement; ils achètent une couronne pour mettre sur le cercueil. Ils ne se réjouissent pas davantage de se survivre dans leurs enfants, ils ne se préoccupent nullement au point de vue supérieur de ce que seront ces enfants dans la vie, mais quand il leur en tombe un, ils le nourrissent, ils l’élèvent comme ils peuvent, selon leur rang.

C’est là pourtant une corvée nouvelle pour laquelle ils n’éprouvent qu’un médiocre enthousiasme. .

Si vous voulez, je puis vous fournir la cinq centième dissertation sur la dépopulation: «le Code Napo-

ANÉMIE — ANESTHÉSIE — ATARAXIE î 87

léon, la loi sur les héritages, le service militaire obligatoire... comme remède: un impôt sur les célibataires... » On a répandu des flots d’encre à ce sujet. Malheureusement, ce n’est pas avec une émission d’encre que l’on fait des enfants; si ce système de procréation était susceptible d’un résultat pratique, les enfants quinaîtraient seraient peut-etre noirs, mais enfin il y gn aurait beaucoup en France.

Le seul qui ait dit là-dessus quelques paroles sensées est M. Courcelle-Seneuil qui s’exprimait ainsi à l’Académie des sciences morales et politiques :

La débilité morale est complète. C’est donc un mal moral dont nous soufflons et dont le remède ne se peut trouver crue dans les mœurs et non dans les lois. Si nos mœurs ne s’améliorent pas, nous sommes destinés à nous amoindrir progressivement comme nation, par suite et de la diminution de la quantité des hommes et de l’infériorité de leur qualité, car la dépopulation marche de concert avec la dépression des’ caractères.

Quant aux économistes, ils vous donnent des chiffres* — c’est leur état.

Le D1' Lagneau, le Dr Bertillon, M. Leroy-Beaulieu, VL Levasseur vous aligneront des statistiques tant lu on en voudra.

Le nombre des naissances en France pour une pomlation de 10,000 âmes, pendant un siècle, est fourni )ar M. Bertillon.

De 1770 à 1780 il naît 380 enfants.

L’accroissement annuel de la population, d’après L Leroy-Beaulieu, est donc de :

14 pour 1,000 en Allemagne.

12 — Angleterre.

8 — Autriche.

7 — Italie.

5 — Hongrie.

5 — Suède.

3 — France.

En 1700, selon M. Levasseur, notre pays comptait pour 38 pour 100 dans la population des grandes puissances de l’Europe. En 1780, il ne comptait plus que pour 27 pour 100, et dans ces dernières années, le chiffre est réduit à 13 pour 100.

Enfin, d’après la statistique de Berne, si les proportions actuelles continuent, voici, au siècle prochain, quelle sera la population de la France comparée à celle de l’Allemagne.

France, 64 millions d’habitants.

Allemagne, 165 millions.

M. Leroy-Beaulieu pousse meme la sincérité jusqu’à reconnaître que ce sont les départements primitifs, c’est-à-dire ceux dans lesquels subsiste quelques débris des croyances d’autrefois, quelques vestig'es de vie morale : le Morbihan, la Lozère, le Finistère, les Côtesdu-Nord, la Corse, l’Aveyron, la Vendée, les Landes qui soutiennent encore notre natalité.

Il semblerait dans ces conditions qu’on devrait au moins laisser ces départements tranquilles, et les garder comme reproducteurs ; le gouvernement s’occupe, au contraire, d’y laïciser fortement, c’est-à-dire d’y amener les mauvaises moeurs qui causent la dépopulation du reste de la France. On avouera qu’il est bien singulier de chercher les moyens de combattre un fléau alors qu’on s’efforce de l’introduire dans les pays où il n’existe pas encore.

De temps en temps, à travers les mensonges et les déclamations actuelles, une lueur de sincérité apparaît.

L’idée que l’époque a de ce grand problème de la vie se fit jour au moment où l’on arrêta la Mort aux Gosses la faiseuse d anges des Batignolles, avec cent quarante

femmes qui avaient eu recours à elle pour se faire avorter.

Quelques journalistes, rompant avec le Pharisaïsme général, eurent le courage de dire ce que pense la population des grandes villes, d’affirmer que l’avortement leur semblait chose toute naturelle.

Etpourquoi pas? Dans le passé, enfanter c’est mettre au monde un petit être créé à l’image de Dieu, destiné à adorer Dieu, à le servir, promis, après un court passage sur la terre, à une éternité bienheureuse.

L enfantement c’était pour les plus humbles le souvenir de la crèche de Bethléem, le baptême avec son joyeux bruit de cloches, le cortège des parents et des amis riant au nouveau-né et s’en allant gaîment vers la vieille église où l’on s’était marié.

Aujourd’hui c’est l’accouchement qu’a décrit Zola avec une si étonnante vigueur de réalisme : une femme «qui croit que son derrière et son devant éclatent et enfant roulant sur le lit entre les cuisses au milieu

d’une mare d’excréments et de glaires sanguinolentes. »

Enfanter, pour les femmes du peuple, c’est, d’après les théories du jour, jeter sur le pavé un malheureux qui, après avoir souffert le froid et la faim, après avoir été un client d’Assommoir etparfois un pensionnaire de Maison centrale, ira rejoindre dans le néant le chien qu’on dépose au coin de la borne. Pourquoi, dans ces conditions, infliger à l’infortunée créature qui s’est oubliée dans les bras d’un homme les souffrances et les misères de la maternité?

La Mort aux gosses n’était-elle pas a sa façonune bienfaitrice de l’humanité? Elle n’était pas bien exigeante. pour cinq francs elle faisait passer la chose... Quand on n avait pas d’argent, on donnait un litre de cognac ou une livre de café... Elle opérait dans bar¬

LE TESTAMENT d’üN ANTISEMITE

rière-bcmtique d’un marchand de vin et sa recruteuse

était une porteuse de pain...

Si j’avais été peintre, j’aurais fait un tableau avec cette scène : la servante du boulanger prêchant 1 avortement avec une miche sous le bras et un panier de pains à côté d’elle... La miche et le panier parlent pour elle : ils racontent le mal qu’il faut se donner dans un ménage rien que pour nourrir la marmaille ; ils disent : «Assez de bouches affamées comme cela! Laissez ce fœtus mal inspiré qui a choisi pour demeure un ventre de pauvresse retourner dans le non etre par le chemin des latrines ! »

Gela pourrait s’appeler : les Beux pèlerinages.

On verrait d’un côté les paysannes de la vieille France dont le ciel n’a pas encore béni le mariage, faisant ne longs voyages à travers des routes difficiles pour s en aller vers les sanctuaires révérés boire le vin de saint Loup ou toucher la châsse de saint Germain, afin que le Seigneur exauce leurs prières. En chemin elles s arrêtent devant la statuette de Marie, qui se trouve à chaque carrefour des bois, devant l’image de la Viergemère à laquelle les Gaulois, dans leurs pressentiments du Dieu à venir, avaient déjà élevé des autels : Virgini pariturœ. . . Et ces cœurs simples s’épanchent en de familières oraisons. «O douce Mère, qui avez été bénie entre toutes les femmes et qui avez eu la joie de bercer un poupon qui était . un Dieu, faites que parmi les femmes du village on ne rie plus de ma stérilité, faites que je puisse, comme elles, entr’ouvrir mon corsage, avec l’orgueil de la maternité heureuse, pour donner le sein à un enfant que j’aimerai comme vous aimiez le petit Jésus ! »

De l’autre côté, on aperçoit les clientes de la Mort aux Gosses attendant leur tour en prenant un mêlé sur le comptoir du marchand de vin et demandant qu’on les débarrasse du polichinelle qu’un voyageur sans précaution a déposé dans leur tiroir.

Dans le fond un ministre républicain quelconque, lo

ANÉMIE — ANESTHÉSIE — ATARAX1E 191

Rouvier c!o la Compagnie auxiliaire des Chemins de fer, par exemple, glorifiant la France moderne. «La France, messieurs, elle n’a jamais été plus grande elle vient encore de prêter 75 millions à la Banque d’4n -deterre pour dégager M. de Rothschild qui s4tait un p

etCahen d Anvers viennent de partir pour représenter la I lance dans la commission argentine. Il y a des potsde-vm pour tout le monde, mais, si vous le voulez bienï

“r 1 encombrement au^ guichets des banques juives, les sénateurs toucheront à dix heures et les

députés seulement à onze... »

Peu soucieux de fonder une famille dans le sens qu avait ce mot autrefois, les Français d’aujourd’hui n ont pas davantage la notion du patrimoine qui, né du ravai , en prenait le caractère sacré, du patrimoine qui permane, qui s’accroît par d’honnêtes moyens et que . on légué aux siens. Ils déploient une incontestable activité pour se procurer de l’argent, mais ils se le laissent prendre avec une résignation surprenante ; ils sont aussi serviles a se laisser tondre comme contribuables que iaciles a se laisser voler comme actionnaires.

, y a la encore tout un côté particulier de la vie présente ; il s est créé des industries comme celles de liquidateurs judiciaires et de syndics de faillites, qui n’ont jamais existe dans le passé, et qui ont pris depuis quelque temps un développement inouï. Installez un

syndic dans n’importe quelle ruine, il y trouvera une mine a or pour lui.

Gomment s’y prend-il? Il commence par se procurer un cadavre tout chaud et, souvent, pour l’obtenir, il est ïDlige ne payer des remises fort considérables aux aiagistrats qui le lui délivrent; une fois qu’il l’a, il le fistule et il en extrait parfois des sommes colossales, -certains liquidateurs judiciaires sont riches à cinq ou six milhoEs ; ils ont des châteaux, ils marient leurs filles

à des gentilshommes ruinés. Tout cela est tiré de choses mortes.

Le procédé est très simple. Dans une société financière en liquidation, il y a ceux qui ont volé et ceux qui ont été volés; ceux qui ont volé ont et ceux qui ont été volés n’ont plus; le liquidateur judiciaire se met du côté de ceux qui ont contre ceux qui n’ont plus.

Le service que rend le liquidateur judiciaire aux fondateurs de sociétés en déconfiture est d’un ordre tout psychologique. Le liquidateur sert de tampon entre eux et les victimes pii endort les victimes, il laisse au temps le soin de cicatriser la plaie et il s’en rapporte à l’absence de toute énergie chez les hommes actuels pour faire le reste.

La besogne est, d’ailleurs, aisée ; l’actionnaire ne dit jamais rien. A partie colonel de Noirtin, jamais un père de famille, même en voyant les siens réduits à la mendicité, n’a pris directement à parti un des grands voleurs de notre époque.

Le seul fait que je connaisse dans ce genre s’est passé justement sur ma ligne, à la gare de Lyon, et la scène a eu lieu entre femmes. La ligne de grande banlieue, comme toutes les lignes des environs de Paris, est fréquentée par tout un monde d’enrichis, de manieurs d’argent, d’entrepreneurs qui ont gagné des fortunes dans le Panama ou autres entreprises suspectes. Chacun se connaît et se félicite mutuellement quand un coup a été bien réussi. La femme d’un financier peu recommandable était là au milieu d’un groupe, fort élégante, très entourée, lorsqu’une dame plus que simplement vêtue s’approche d’elle...

— Vous avez là une bien jolie robe, madame...

— Vous trouvez?...

— Eh bien ! cette robe me coûte soixante mille francs, tout ce que mon mari et moi avions économisé pendant trente ans et que votre mari nous a enlevé...

Vous devinez l’agitation dans tout ce petit monde de satisfaits et de repus qui s’écriait : « Si ceux que l’on

dépouille se permettent de crier, où allons-nous? »

La femme du financier, contrairement à la plupart de ses pareilles, était une brave femme; elle faisait du bien sans ostentation, sans chercher à figurer dans les gazettes; au milieu d’un luxe mal acquis elle regrettait parfois la simplicité des débuts... En voyant en face d’elle, en chair et en os, une victime des spéculations de son mari, elle eut pour la première fois l’intuition de ce qui s'était passé ; elle comprit que la splendeur qui l’environnait était faite de la ruine de milliers de pauvres diables; elle entrevit brusquement la réalité affreuse que cachait ce mot vague : les affaires. Elle tomba malade en arrivant à son château, traîna quelques mois et mourut, très sincèrement regrettée dans le village qu’elle habitait...

En faisant une promenade matinale, j’ai rencontré les Sœurs qui pleuraient en revenant du service célébré pour elley et j’ai dit un Pater e, t un Ave pour le repos de celte âme, tout en espérant bien qu’on pendra un jour 1p mari...

Sous le rapport de la passivité, les actionnaires du Panama sont absolument extraordinaires. Ces gens-là ont vraiment des cerveaux d’esclaves, ils sont voués par destination à payer des tributs et des rançons aux Barbares.

Que voulez-vous? Le Français, je vous l’ai dit, ne peut penser par lui-même, il faut que le journal pense et parle pour lui; dès que son journal se tait, il reste muet.

Quant au silence des journaux dans cette question, il est purement et simplement admirable. Vous les avez entendus au moindre incident? « On a mené une comédienne au poste! Quelle infamie! Quelle indignité! On a fait des difficultés pour admettre comme officier de réserve un acteur de l’Odéon ! Cela ne peut pas se passer comme cela! Il fautdes explications ! Qu’en pense le ministre? »

A propos de cette immense escroquerie, qui est une véritable catastrophe pour des milliers de pauvres hères, pas une ligne, pas un mot...

Un homme d’initiative et de cœur, M. Rétault, nommé président du comité des actionnaires du département de l’Indre, essaya d’organiser la lutte; il adressa une protestation contre le rapport de M. Monchicourt au Temps, au Soleil , à la Paix , au Figaro , au Journal des Débats, à Y Autorité, à Y Intransigeant, à la Lanterne.

Voici cette protestation qui n’avait rien que de bien modéré, puisqu’elle demandait uniquement pour les actionnaires le droit de vérifier l’emploi qui avait été fait de leur argent.

Monsieur le directeur,

Au nom de tous les porteurs de titres de Panama du département de l’Indre dont je suis le représentant légal, ainsi qu il appert du procès-verbal dont ci-joint un exemplaire;

De tous les comités de Panama et porteurs de titres signataires de la pétition dont les termes furent votés au Congrès panamiste de Barbezieux (Charente), le 17 novembre 1889, pétition soumise à la discussion de la Chambre, le 21 juin dernier;

De tous les comités et porteurs de titres qui m’ont envojé leur adhésion à la protestation du 13 septembre courant auprès du Tribunai civil de la Seine, contre les dires et résultats du rapport de M. Achille Monchicourt, requête adressée avec lettre recommandée, le 17 septembre, au Tribunal civil de la Seine.

J ai 1 honneur de vous adresser la teneur de ladite protestation, en vous priant de vouloir bien en prendre connaissance.

En vous taisant cette communication, Monsieur le directeur, mes mandants et moi sommes mûs par la pensée que vous voudrez bien vous faire l’écho de nos légitimes revendications, à savoir : que les porteurs de titres du Panama soient admis à désigner parmi eux des personnes qui auraient pour mission de contre- vérifier les dires et résultats du rapport de M. A. Monchicourt.

Page 1