DE LA DIMINUTION DE I.A VIE
« Les gens que j'ai trouvés en province, dil H. ^ Heine S me faisaient l'effet des bornes milliaires qui portent inscrit sur leur front leur éloigneinent plus ou moins grand de la capitale. »
Et loung, parlant des gens de province: «Ils n'osent pas même avoir une opinion jusqu'à ce qu'ils sachent ce qu'on pense à Paris. » D'où la facilité que trouva la Constituante à diviser la France en départements. Elle agissait sur des morts ^
Les provinces, en effet, n'ayant ni enthousiasme, ni désirs personnels, n'ayant au milieu d'elles au- • cun centre de mouvement, tournent un œil d'envie et de détresse vers cette capitale d'où doit leur venir la lumière^ ; on les entend se plaindre qu'elle les oublie, qu'elle absorbe tout à son profil, mais à qui devraient-elles s'en prendre? Elles sont, cela est vrai du moins de plusieurs, réduites à l'étal de Béotie, de villes mortes ; on voit chez elles des coutumes, des préjugés mérovingiens, on y voit errer les fantômes du moyen âge *, et cependant la sottise, l'ignorance et surtout l'indolence de la
' De rAllemagne, préface.
- Tocqueville, Ane. Rég. et Rév.
^ Il envient aussi des révolutions. (Mai 1871.) ' Voy.,tout récemment, les Charentes, qui craignaient le rétablissement de la dîme à l'aide d'un tableau que possédait le curé.
province aident à la continuation de ces maux dont elle souffre et dont la capitale souffre aussi, c'est pourquoi H. Heine ^ se trompe quand il écrit : « Ce que pense la province importe aussi peu que ce que nos jambes pensent. »
* De r Allemagne.