‹ Le Testament d'un LatinChapitre 118 sur 168 · DE L'EXTINCTION DES PASSIONS, SIGNE DE LA DÉCADENCE · texte numérisé non relu

DE L'EXTINCTION DES PASSIONS, SIGNE DE LA DÉCADENCE

Les énergies, comme le génie, deviennent rares, même chez les jeunes hommes, qui devraient être les dépositaires de l'énergie du peuple, et à qui manque, non peut-être encore le talent, mais certainement la volonté.

On voit des jeunes gens sinistres comme des vieillards ; la jeunesse est triste, morne, languissante, sans désirs, sans joie, sans emploi pour ses forces; et que de forces ainsi perdues! Ceux qui la guident, comme s'ils étaient pris d'un singulier amour pour le néant, paraissent satisfaits même de son inaction, pourvu qu'elle n'ait pas de passions.

Les passions cependant sont les effets naturels

et nécessaires de la vie, et, ce qui constitue la décadence, ce n'est pas qu'il y en ait de mauvaises ou de pelites, car les mauvaises et les petites passions sont de tous les temps et de tous les pays, c'est qu'il n'y en ait pas de grandes et de nobles, ou mieux qu'il n'y en ait pas du tout.

Un signe de décadence qu'on pourrait regarder comme un progrès ou un symplômede renaissance, c'est qu'il se fasse chez le peuple un assagissement qu'on prendrait pour le fruit d'une modération inattendue ou d'un développement soudain de la raison.

Il n'y faut voir pourtant que l'anéantissement des passions ; or chez les peuples dont les passions constituent à elles seules la vitalité et le caractère, leur disparition et celle des sottises qu'elles faisaient faire sont la preuve que la vie est éteinte chez eux, et, alors, à quoi leur s(ii^virait-il d'être sages? Quand ces peuples-là ne font plus de soltises, concluez qu'ils ne vivent plus.

Page 1