DE LA RÉSIGNATION ET DE L'INDIFFÉRENCE
pies au travail a-t-elle pour cause l'épuisement du sol qui les a trop longtemps nourris; mais elle s'explique surtout par la tendance des mœurs, et on en peut juger quand on voit encore à celte heure le brigandage florissant, sinon favorisé parmi eux.
L'incertitude règne dans la région des faits, la crainte de l'avenir plane sur toute chose, de vagues prévisions de révolutions ou de guerres toujours possibles entretiennent les inquiétudes, il n'y a pas de lendemain, par conséquent pas d'industrie et pas de prospérité.
Quoi qu'il en soit, l'état déplorable de la chose - publique n'empêche point cette sorte de satisfaction qui est le signe d'une résignation niaise et se complaisant en elle-même.
. On préfère ne pas penser au mal pour n'avoir pas les émotions désagréables que causerait sa constatation ; on préfère admettre l'impossibilité de rien changer, parce que, si on ne l'admettait pas, on seiait obligé de chercher des remèdes et de faire pour cela un travail d'esprit pénible, et dont on se sent d'ailleurs incapable.
Ce qu'il y a de pis, pour un peuple, c'est qu'il soit complètement et béatement satisfait, car la loi de sa vie, c'est l'aspiration constante vers un état meilleur ; ce qu'il y a de pis, c'est que la notion
du mieux, qui est l'instrument du progrès, soit perdue.
Cette satisfaction se couvre sous des mots qu'elle invente et qui lui servent d'excuse ; répétant ce qu'on lui enseigne, croyant ou feignant de croire aux sophismes dont on la berce, elle parle, à riieure même où tout dépérit, de la prospérité toujours croissante du pays. Longtemps après que tout est fini pour un peuple, que le progrès s'est arrêté chez lui, que les individualités ont disparu, que la vie a cessé, on entend encore les gens aux illusions tenaces, qui ne voient ni ne pensent, les littérateurs d'habitude, parler de sa gloire, de son . avenir, de ses espérances, rabâcher ses vieilles chansons, exhumer ses vieilles forfanteries, et, quand tout est fini, il lui reste encore les phrases.